mercredi 8 mars 2017

Sortir des griffes d'un pervers narcissique : de la poésie au thriller.
 
 "Le bébé d'Adèle" Thriller. Editions Cogito
leseditionscogito@voila.fr
06 82 89 18 61 / 02 32 91 39 26
 
Après 14 années de violences et d'enfermement dans un jardin (cf le post de 2009) j'ai peu à peu tout reconstruit.
J'ai refait un jardin, repris mon métier de sage-femme, milite contre les violences faites aux femmes, donne des conférences sur le sujet.
Et même si j'ai perdu quinze années d'écriture, je suis toujours vivante.
Je réécris de la poésie, bien précieux que j'avais cru perdu, et commence un autre roman.
C'est alors qu'"il" revient planer au-dessus de moi.
Il me joint sur les réseaux sociaux en se faisant passer pour une jeune fille de 18 ans victime de violences conjugales.
Pendant plusieurs mois il dialogue ainsi avec moi sans que je n'imagine une seconde le prédateur caché derrière cette jeune fille.
En juin 2015 il se dévoile et me demande de revenir dans sa maison.
Voilà, Barbe-Bleue est droit dans ses bottes, le piège est tendu, la porte du cachot est ouverte. Il pense à moi.
Glacée d'effroi, je me dis alors :
"Je vais le tuer ! C'est la seule façon de m'en débarrasser !"
Je laisse les ouvrages en cours et commence, le soir-même, à écrire un genre nouveau pour moi, un genre qui s'impose : un Thriller !
 
Tous les jours, pendant un an, des centaines d'heures, dans une grande fébrilité, de façon impérieuse, mon héroïne prend forme, s'entête malgré d'improbables moyens et le danger permanent. Comment le piéger ? Comment le faire avouer? Et malgré tout survivre?
 
Ce thriller, Le bébé d'Adèle, vient de paraître aux Editions Cogito.
Ce n'est pas mon histoire. Elle, mon héroïne, elle n'est pas moi, elle est quelqu'un d'autre ; et lui, le Mal absolu tapi dans les méandres glacés de son cerveau, guettant sa proie, lui aussi est quelqu'un d'autre.
Les personnages et les situations se sont créés "presque tout seuls", comme s'ils me tombaient du ciel. J'en rêvais beaucoup, j'engrangeais sans doute, et me jetais sur mon cahier dès le réveil.
Ce fut parfois terrible.
Durant l'écriture de certaines scènes, je m'effrayais moi-même, j'inquiétais mes chats qui m'observaient, dubitatifs et quelque peu sidérés.
J'étais à mille lieues de ma propre histoire. Et pourtant je me libérais, page après page, je m'extirpais des griffes.
Je réparais.
Aujourd'hui, j'ai à nouveau de l'espace pour un autre roman, et pour la poésie.

lundi 19 janvier 2009

1 - Cris

Ce blog est devenu un livre publié aux Editions Cogito fin août 2014.
06 82 89 18 61 / 02 32 91 39 26


Prologue

Les bras enserrant ma poitrine, je scrute les lueurs du soir; j'entends le bruit de la machine et guette avec effroi le crachement du moteur. Le feuillage détrempé s'écoule dans mon cou, je suis contre le mur, dans le chèvrefeuille, j'attends. La machine à broyer est en marche, je la vois parfaitement, jaune et rutilante, gueule ouverte au ras du sol. Le ciel flamboie, on a crié quelque part, je tourne le cou, affolée, la machine gronde, où a-t-on crié ?
Je m'enfonce dans le chèvrefeuille, des branches souples se referment sur moi. C'est mon sang, mon coeur, (oh mon Dieu !) mon coeur, une boule dure qui oscille entre la terre et la machine qui détruit.
La machine a déchiré la bordure, pulvérisé les sauges, le bleu nuit éclate dans les roues et disparaît, happé par la terre. Une odeur âcre remplit l'espace. Les pivoines, les delphiniums, les angéliques, les épilobes, tous s'écroulent, heurtés, démembrés, écrasés. La sève jaillit, étoile un instant le froid du métal qui vibre. On a crié quelque part. Où ? Tout disparaît, les tiges fermes des phlox, des monardes et des grands tabacs blancs, éclatent vers le ciel, craquent et retombent en miettes.
Je recule. C'est ma propre chair, veines dénudées, qui résonne entre mes tympans ; je recule, je m'enfonce un peu plus dans l'enchevêtrement du chèvrefeuille, je sens la pierre du mur derrière, le nid des pinsons est dans mon cou, j'en devine la paille sèche...


Il a broyé mon jardin.
Il le broyait, massif après massif, saccageant la roseraie, rosier après rosier.
Il broyait le soir, au coucher du soleil, pour que je ne puisse prendre des photos
et plus tard, l'accuser.
Il savait que j'avais commencé à l'accuser, contre toute attente, malgré toutes les constructions d'enfermement, d'isolement et de terreur tissées par lui année après année,
pour que ma soumission soit totale, que jamais un mot contre lui ne sorte de ma bouche.
J'avais commencé à l'accuser, et il voulait me tuer pour cela. Il y pensait. En attendant,
il détruisait mon jardin...


Le ciel rougeoie. Le corps puissant qui dirige la machine se stabilise, les bras raidissent aux commandes, les bottes piétinent et souillent ; au-dessus, le visage se tord.
les roses pendent au bout des branches, lourdes de pluie et d'automne, nacrées, frémissantes.
Le premier rosier est happé sur son flanc droit, mutilé, traîné sous le fer ; le suivant reçoit les roues puis le choc de la machine qui le broie en pivotant, un autre est fauché par l'arrière, la machine, crachant, en fait une bouillie de bois dur suintant de sève qui crève vers le rouge sang du couchant. Les roses en pétales explosés crépitent et disparaissent dans la boue soulevée de la terre soudain nue. Les roues et les lames prennent à revers, reviennent, chacun est pulvérisé jusqu'au pied de greffe qui s'ouvre et saigne, l'onde de choc gagnant jusqu'aux racines déchirées, écartelées, arrachées.
Enfouie dans le chèvrefeuille, je me noie, entraînant le nid des pinsons.
Le cri sort enfin de ma bouche.

Je dois raconter l'histoire...