<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-9031899281444699341</id><updated>2012-02-16T18:47:09.862-08:00</updated><title type='text'>crisdansunjardin</title><subtitle type='html'>Description d'une violence conjugale psychologique organisée dont l'enjeu est un jardin (14ans de vie avec un pervers narcissique).
 Travaux démesurés, enfermement, terreur.
 " Je suis entrée dans la toile d'araignée en chantant,
lentement je m'y suis engluée ; 
 enserrée de toutes parts, je chantais toujours.
Jusque quand ai-je chanté ? "</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Salvia</name><uri>http://www.blogger.com/profile/09212169517391202046</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>13</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9031899281444699341.post-7778696222536337197</id><published>2009-01-19T09:01:00.000-08:00</published><updated>2009-02-22T14:05:35.844-08:00</updated><title type='text'>1  -  Cris</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:0;"&gt;&lt;span style="font-size:0;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:0;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:0;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:0;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:0;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:0;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:0;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:0;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:0;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:0;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:0;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:0;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;Prologue&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les bras enserrant ma poitrine, je scrute les lueurs du soir; j'entends le bruit de la machine et guette avec effroi le crachement du moteur. Le feuillage détrempé s'écoule dans mon cou, je suis contre le mur, dans le chèvrefeuille, j'attends. La machine à broyer est en marche, je la vois parfaitement, jaune et rutilante, gueule ouverte au ras du sol. Le ciel flamboie, on a crié quelque part, je tourne le cou, affolée, la machine gronde, où a-t-on crié ?&lt;br /&gt;Je m'enfonce dans le chèvrefeuille, des branches souples se referment sur moi. C'est mon sang, mon coeur, (oh mon Dieu !) mon coeur, une boule dure qui oscille entre la terre et la machine qui détruit.&lt;br /&gt;La machine a déchiré la bordure, pulvérisé les sauges, le bleu nuit éclate dans les roues et disparait, happé par la terre. Une odeur âcre remplit l'espace. Les pivoines, les delphiniums, les angéliques, les épilobes, tous s'écroulent, heurtés, démembrés, écrasés. La sève jaillit, étoile un instant le froid du métal qui vibre. On a crié quelque part. Où ? Tout disparaît, les tiges fermes des phlox, des monardes et des grands tabacs blancs, éclatent vers le ciel, craquent et retombent en miettes.&lt;br /&gt;Je recule. C'est ma propre chair, veines dénudées, qui résonne entre mes tympans; je recule, je m'enfonce un peu plus dans l'enchevêtrement du chèvrefeuille, je sens la pierre du mur derrière, le nid des pinsons est dans mon cou, j'en devine la paille sèche...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Il a broyé mon jardin.&lt;br /&gt;Il le broyait, massif après massif, saccageant la roseraie, rosier après rosier.&lt;br /&gt;Il broyait le soir, au coucher du soleil, pour que je ne puisse prendre des photos&lt;br /&gt;et plus tard, l'accuser.&lt;br /&gt;Il savait que j'avais commencé à l'accuser, contre toute attente, malgré toutes les constructions d'enfermement, d'isolement et de terreur tissées par lui année après année,&lt;br /&gt;pour que ma soumission soit totale, que jamais un mot contre lui ne sorte de ma bouche.&lt;br /&gt;J'avais commencé à l'accuser, et il voulait me tuer pour cela. Il y pensait. En attendant,&lt;br /&gt;il détruisait mon jardin...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le ciel rougeoie. Le corps puissant qui dirige la machine se stabilise, les bras raidissent aux commandes, les bottes piétinent et souillent; au-dessus, le visage se tord.&lt;br /&gt;les roses pendent au bout des branches, lourdes de pluie et d'automne, nacrées, frémissantes.&lt;br /&gt;Le premier rosier est happé sur son flanc droit, mutilé, traîné sous le fer; le suivant reçoit les roues puis le choc de la machine qui le broie en pivotant, un autre est fauché par l'arrière, la machine, crachant, en fait une bouillie de bois dur suintant de sève qui crève vers le rouge sang du couchant. Les roses en pétales explosés crépitent et disparaissent dans la boue soulevée de la terre soudain nue. Les roues et les lames prennent à revers, reviennent, chacun est pulvérisé jusqu'au pied de greffe qui s'ouvre et saigne, l'onde de choc gagnant jusqu'aux racines déchirées, écartelées, arrachées.&lt;br /&gt;Enfouie dans le chèvrefeuille, je me noie, entraînant le nid des pinsons.&lt;br /&gt;Le cri sort enfin de ma bouche.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Je dois raconter l'histoire...&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:0;"&gt;&lt;span style="font-size:0;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:0;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:0;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9031899281444699341-7778696222536337197?l=crisdansunjardin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/feeds/7778696222536337197/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9031899281444699341&amp;postID=7778696222536337197&amp;isPopup=true' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/7778696222536337197'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/7778696222536337197'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/2008/01/cris-dans-un-jardin.html' title='1  -  Cris'/><author><name>Salvia</name><uri>http://www.blogger.com/profile/09212169517391202046</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9031899281444699341.post-5038522410374360769</id><published>2009-01-18T08:35:00.000-08:00</published><updated>2009-03-17T13:30:05.664-07:00</updated><title type='text'>2 -   La rencontre  ( l'alouette et le miroir )</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'ai rencontré Hubert Botal en février 1990 à Paris, lors d'une réunion-récital de poésie. Je m'y rendais le coeur léger sans savoir qui m'attendait là, lui, d'une grande prestance, le mouvement charmeur, le langage imagé, intelligent, racontant le passionnant "Big Bang", les premières secondes de création de l'univers, élégant et botté. Ce fut cela qui m'attira et me plut : ses bottes. Il n'était pas là par hasard. Il venait de divorcer, était seul et cherchait une nouvelle femme, La Numéro 5.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Durant ses longues années d'études, de doctorat et de recherche en agrochimie, il épousa la Numéro 1, puis la Numéro 2, puis la Numéro 3, qui elles aussi poursuivaient des études et préparaient des thèses. Vint ensuite sa période de création d'entreprise, son puissant désir d'ascension sociale et d'argent, il épousa alors une femme chef d'entreprise, belle et riche, issue d'une grande famille d'industriels, la Numéro 4.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je tombai, au sens propre du mot car il s'agit là d'un précipice, dans la période suivante, obligée dans son glorieux parcours, sa période intellectuelle.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Son ami Michel Tragin, économiste, avait pour compagne Guilaine, pure littéraire dont il se prévalait beaucoup, et qui deviendra pour moi, malheureusement peu de temps, une véritable amie. Hubert Botal cherchait le même genre de femme. Il avait écrit à plusieurs femmes poètes dans un but de rencontre.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La traque avait commencé, j'étais sur la liste.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'avais publié plusieurs recueils de poésie et écrit des textes dans des revues. Hubert Botal avait contacté mon éditeur pour me rencontrer, lequel l'avait invité à ce récital de poésie.&lt;br /&gt;Nous nous vîmes peu de temps lors de cette réunion, je devais rejoindre mon poste de nuit à l'hôpital, cependant, cette nuit-là, sur mon lieu de travail, tournant entre mes doigts la carte de visite qu'il m'avait laissée, je perçus une annonce de clarté dans mon paysage; il avait lu ma poésie et l'avait aimée, il était venu pour moi.&lt;br /&gt;Je n'ai pas vu le chasseur, ni le piège, ni l'affût, j'ai vu un esprit brillant, un homme débordant de charme et séduisant, qui m'attendait.&lt;br /&gt;J'étais en instance de divorce et assurais depuis quelques mois un emploi de puéricultrice de nuit. J'avais choisi ce poste après mon départ de Lorient, pensant avoir davantage de temps pour écrire, mais j'étais fatiguée de la vie à Paris; la nature, les bêtes, les ciels me manquaient. J'envisageais de regagner la province et de reprendre mon métier de sage-femme. J'avais décidé, avec l'argent partagé du divorce, d'acheter une maison quelque part où je trouverais du travail, dans le sud-ouest. Ma fille, Jeanne, qui avait dix neuf ans et vivait avec moi, serait restée à Paris pour y terminer ses études.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Mais tous ces projets furent balayés. Après ce passionnant " Big Bang ", les bottes, le charme, cette rencontre du 10 février, tout se passa très vite. Hubert Botal m'invita dans sa maison de Ludère, et dès mon arrivée, m'avoua d'une voix tremblante qu'il m'aimait, me cherchait depuis toujours. Je fus étonnée, bouleversée: nous ne nous connaissions pas, comment pouvait-il m'aimer, décider ainsi, en si peu de temps, de passer sa vie avec moi? Je ne m'interrogeai pas longtemps, son amour, son charme, me submergeaient. J'étais venue, j'illuminais, disait-il; il avait trouvé un trésor, répétait combien je sentais bon, criait son bonheur, déposait sa vie à mes pieds. Nous ne nous sommes plus quittés.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;l&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;***&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#33ccff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#33ccff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Hubert Botal déployait son amour, le montrait à tous, le chantait, le clamait partout. Jamais je n'avais été adulée, admirée, fêtée de cette façon. J'étais la femme, l'Unique. Tout en moi était louangé, célébré, magnifié. Trop, disait ma fille, tout en se laissant elle aussi, porter par le charme.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Notre rencontre n'était pas due au hasard, je sentais bon. Il avait chassé, flairé, rabattu et piégé une proie idéale, laquelle lui ferait de l'usage (la précédente n'avait duré que trois ans, elle avait de la famille, des parents, des frères qui l'avaient protégée, retirée des griffes). La chasse n'avait pas été vaine, le prédateur exultait; j'avais le bon profil, et surtout, le bon mental.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Le miroir fut installé dans la joie, l'ivresse, le ravissement. Alouette éblouie, je me laissai entraîner dans ce tourbillon verbal et charmeur, intelligent, brillant de mille éclats tournés vers moi. J'étais la femme qu'il voyait dans ses rêves, je devenais la merveilleuse princesse, la divine, la belle adorée. Je confiai à une amie : &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;- Nous nous sommes enfin rencontrés. Seule la mort pourra nous séparer.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;J'étais à lui pour toujours.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;i&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;i&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#ff6600;"&gt;&lt;strong&gt;L'alouette et le miroir&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;i&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ingénieur agronome et chimiste de haut niveau, il avait laissé la recherche où il s'était pourtant distingué pour créer une société expérimentale d'agrochimie, " Alimex ". Il était brillant, entreprenant, décideur, fonceur, séduisant, extrêmement gentil et prévenant. Son intelligence et sa culture se révélaient avec superbe, séduisaient, enchantaient. De plus, c'est un excellent violoniste. La musique, puissante vague, douce au début, accueillie dans la joie, envahit ma vie.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Durant ces premières semaines, j'avais peine à croire au miracle qui se produisait : comment un homme tel que lui, aussi brillant et séduisant, pouvait être à ce point amoureux de moi?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Qu'étais-je pour déclencher tant d'amour? A ses côtés, je devenais talentueuse, belle et attirante, reine d'un royaume que j'avais ignoré. L'alouette, tout près du soleil, était en état d'admiration absolue, s'élançait dans le miroir en chantant sa joie, volait éperduement vers les bras ouverts du beau prince charmant.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Jamais je n'avais été aussi heureuse, aussi aimée, protégée. Je vivais sous un ciel lumineux les plus beaux jours de ma vie; je le contemplais, l'écoutais, craignais de le décevoir, j'étais amoureuse. Il affirmait l'être aussi, comme jamais de sa vie.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;- Ta poésie est pleine de blessures, disait-il, parle-moi de tes chagrins.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je parlais. J'ouvrais mes grilles, abaissais mes remparts. Il écoutait si bien, sa main caressant mes épaules.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il avait lu ma poésie avant de me connaître, je sentais bon.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Environ trois semaines plus tard, j'entr'aperçus, dans un autre visage, la violence et la domination. J'aurais dû m'enfuir. Mais comment l'aurais-je pu? J'étais déjà très amoureuse, persuadée d'avoir trouvé l'homme que je cherchais depuis si longtemps, soulagée de pouvoir enfin poser mes bagages. Je me sentais protégée par lui à tout jamais, j'avais trouvé mon creux, mon abri.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'étais charmée, au sens propre du mot, déjà capturée. Ce jour-là, il s'était vite repris et avait débordé, à nouveau, d'amour et d'attention. Je me souviens pourtant avoir été choquée, dérangée, par ces quelques instants. J'y pensai souvent durant toutes ces années.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Nous habitions en banlieue et il voulut, de manière urgente, deux choses: que je cesse de travailler, et un appartement à Paris. Je devais recevoir, suite à mon divorce, une certaine somme d'argent qu'il considéra très vite comme sienne; il téléphona même à mon ex-mari deux mois après notre rencontre, en avril, la procédure étant à peine engagée, pour lui demander d'activer le paiement et le menacer d'un avocat. L'argent me fut donné sous forme d'actions qu'il transforma aussitôt pour pouvoir en disposer.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Très vite, il trouva dans le neuvième arrondissement un superbe appartement dans lequel il fit faire des travaux et que nous louâmes. Nous sortions beaucoup, il m'emmena en Italie plusieurs fois, et jamais je ne réalisai que tout cela, l'appartement et les voyages, se faisait avec mon argent. Nous étions ensemble pour toujours, il le répétait sans cesse, j'avais totale confiance.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Nous passions les week-ends dans sa maison de Ludère, non loin d'Orléans, ancienne maison de pays isolée, fichée dans un hectare de terrain en friche bordé par une rivière, laquelle deviendra notre maison principale en 1994.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Longtemps après, j'appris que mon argent servait à nous loger et à nous faire vivre à Paris, en location, alors qu'il rachetait la moitié de la maison de Ludère à son ex-femme qui l'avait acquise avec lui deux ans avant notre rencontre. Il s'était bien gardé de me le dire, avait toujours parlé de "sa maison". Avec mon petit capital, j'aurais pu racheter cette moitié de maison. Mais le plan d'Hubert Botal était autre, tout autre. Mon argent disparaissait dans le courant pendant qu'il investissait. La belle vie que nous menions à Paris, et dont il se servait pour achever de me séduire, était en fait payée par moi, lui permettant de devenir rapidement propriétaire à part entière. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il calculait, me dépouillait, me couvrait de mots d'amour.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je ne voyais rien, j'étais amoureuse; la toile était tissée, prête, je m'y avançais en chantant.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;j'arrêtai de travailler sous sa pression. J'avais travaillé toute ma vie et n'ai pas cessé facilement. Il répétait que j'étais fatiguée, qu'il était ridicule de s'épuiser ainsi pour un si pauvre salaire (qu'il méprisait autant que mon métier). Je travaillais la nuit et il s'ingéniait à m'empêcher de dormir le jour; après quelques mois de ce régime, je manquai effectivement de sommeil. En avril, je pris un poste à mi-temps et voulus continuer ainsi ; mais un week-end, à Ludère, il refusa de rentrer à Paris alors que je travaillais le dimanche soir et je dus téléphoner pour prétexter une maladie. J'étais désemparée, sachant les problèmes que mon absence soudaine provoquait à la maternité de l'hôpital. Je savais aussi que cela se reproduirait, que notre relation ne pourrait se poursuivre ( il commençait à menacer) si je continuais à travailler, même à mi-temps. Je l'aimais, l'admirais, j'avais toute confiance en lui. Il parlait beaucoup d'amour, pour toute la vie. Il répétait que tout serait plus facile si je ne travaillais plus, je pourrais l'accompagner dans ses voyages professionnels, j'aurais du temps pour écrire, il faisait miroiter une très belle vie. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Malgré la forte pression, les débuts d'agressivité par rapport à cela, je " tins " encore quelques mois.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;La violence parfois transparaissait, quelques secondes; il se reprenait aussitôt, disait alors des mots d'amour, devenait tendre, jouait du violon pour moi. Je le voyais colérique, rageur, mais ses emportements ne duraient pas et son amour semblait infini, grandissant de jour en jour. Il voulait me voir heureuse, répétait-il, et mon travail était un handicap. Il m'aimait tant, ne pouvait supporter de passer une nuit sans moi. Comment pouvais-je le faire souffrir ainsi?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je le croyais, étais subjuguée, captée, envoûtée par ce délire amoureux.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Pauvre, pauvre. J'avais encore de l'argent, des amis, un travail, la proie n'était pas acquise, il était prudent. Il tendait la toile.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je cessai de travailler en août 1990, six mois après l'avoir rencontré.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;A partir de ce jour je fus, sans m'en rendre compte au début, sous sa dominance, et c'est ce qu'il voulait. Mon argent disparaissait jour après jour, je n'en gagnais plus, je n'avais rien, je dépendais de lui et c'est ainsi qu'il me voulait.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Il avait un plan pour l'élue, avant même de la rencontrer.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Le miroir, la toile, le gouffre, tout était prévu.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Comment aurais-je pu déceler un tel plan? Je croyais aux mots d'amour, j'y ai cru longtemps, même sous les insultes, les humiliations et la cruauté des premières années. Je voulais y croire. Je voulais être aimée.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Il charmait. Il régnait par le charme, tous acceptaient qu'il régnât. Il voguait, puissant destructeur, le mensonge éclatant,&lt;/span&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt; claquant comme un drapeau.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Au centre de sa personne, seul Dieu vénéré, rayonnait l'argent. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;L'argent qui lui octroyait, dans la froideur et l'impunité, la jouissance d'abattre, d'humilier, d'asservir, et de vaincre.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;A Paris, après avoir cessé de travailler, je me fixai une règle d'écriture très stricte, cinq heures par jour obligatoires. J'écrivis des nouvelles qui parurent dans des revues, un roman qui, après un accueil favorable, ne fut finalement pas publié. Hubert Botal répétait que je ne savais pas me vendre, que c'était un sérieux handicap. Lui savait très bien faire cela, il se considérait comme un excellent commerçant. Il ne m'a pourtant jamais aidée. Il déplorait simplement, en plaisantant et en riant, mon manque de savoir faire, disait :&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- C'est dommage, tu n'iras jamais bien loin dans ces conditions.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je commençai un nouveau roman, " Fiona ", pensant que si ce dernier était accepté, je pourrais, à la suite, faire éditer le premier.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'en étais là lorsque nous sommes venus habiter Ludère en 1994, et que le jardin accapara toute ma vie.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Dès 1990, j'avais organisé à Ludère, avec mes amis et les siens, des week-ends à thème. Il y eut " le parfum ", " la rue ", " les maisons perdues ", " la Saint Jean ", et même un début d'atelier d'écriture. Guilaine, la compagne de Michel Tragin évoquée précédemment, m'avait fait entrer dans son cercle d'amis. Ainsi je rencontrai Hélène Risant avec qui je fis une partie d'émission de radio très réussie sur le thème des " maisons perdues ". Elle aussi devint une amie chère; nos rencontres étaient une joie. Malheureusement, Guilaine traînait un mal de vivre inguérissable, buvait de l'alcool blanc et prenait je ne sais quelle substance qui la faisait sombrer.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je me souviens d'un après-midi où Guilaine et Michel Tragin étaient à Ludère en week-end avec nous. Guilaine, dans un état déplorable, ne pouvait plus tenir debout, je la soutenais avec peine. Je me rappelle les regards et le discours des Hommes " Grand Agrochimiste " et " Grand Economiste ", tous deux assis au soleil, les pieds posés sur la table et sirotant un alcool, assénant leur supériorité, baissant les yeux sur ces pauvres femmes, à jamais inférieures, à des lieues en-dessous d'eux, et dont ils avaient la charge, pesante. Ils en tiraient quand-même quelques avantages, et ils en riaient.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je me sentis humiliée, et démunie, absolument démunie devant un tel comportement. Hubert Botal jubilait dans ce discours.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Guilaine et Michel Tragin rentraient à Paris et je me souviens (je revois tous les détails de cet instant, le bois fendu de la barrière, la portière de voiture), pendant quelques secondes, avoir voulu partir avec eux, arrêter tout avec Hubert Botal, m'échapper. Je ne l'ai pas fait. Pourquoi? C'était en mai 92. Guilaine se suicida en juin.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Quelques temps auparavant, à Paris, Guilaine m'avait mise en garde:&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Hubert Botal n'aime pas les femmes, avait-elle dit, il n'aime personne, il est vide de sentiment, comme Michel. Ces hommes-là mènent à la mort...&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je m'étais récriée, puis, devant son regard triste, m'étais tue. Savais-je déjà, au très profond, que mon amie disait vrai? Cet après-midi là fit résonner ses paroles mais Guilaine n'en perçut rien; elle était trop mal, elle allait déjà vers sa mort.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ces journées à thème, " les journées de Ludère ", comme on les appelait, se sont arrêtées fin 92. Hubert Botal ne les supportait plus.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;C'était moi qui organisais ces rencontres, je prenais trop d'importance, j'acquérais du pouvoir. Il éclata en crises de colère terribles ( elles firent partie des premières ) avec insultes humiliantes, menaçant, rabaissant mes amies d'insupportable façon. Je ne comprenais pas, à l'époque, les raisons de cette hargne violente, il n'en donnait d'ailleurs pas, il interdisait, cela devait suffire. Il hurlait:&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je ne veux plus voir ces petites connasses écrivailleuses chez moi !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Sans raison formulée, ce qui ajoutait à mon désarroi, devant un déchaînement d'insultes, aucune discussion n'était possible.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je mis donc fin aux rencontres de Ludère.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Après ces violentes crises, survenaient des périodes d'accalmie, charmeuses, durant lesquelles il redoublait d'amour et de gentillesse. Je retrouvais l'homme que j'aimais et la joie absolue, la confiance et le lumineux bonheur des premières semaines de vie à ses côtés. Je pensais alors qu'il fallait s'adapter à son caractère, éviter de faire ce qui lui déplaisait. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Lentement, je me soumettais.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il y eut pourtant quelques révoltes de ma part, lors de ces premières crises. Je partis plusieurs fois sur la route en pleurant, à pied dans la nuit avec quelques affaires dans un sac. Où allais-je? La gare était à des kilomètres, les villages étaient endormis, il y avait un bois à traverser. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je n'ai jamais osé prendre la voiture, qui était pourtant la mienne, terrorisée à l'idée de le laisser sans voiture dans cette maison isolée, et de la rage qui s'ensuivrait. La peur était là, déjà.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'allais au bout du chemin et revenais, me répétant que j'allais le quitter mais qu'il fallait organiser mon départ. Au retour, il me couvrait de mots d'amour et le lendemain, je ne pensais plus à partir.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Une nuit pourtant, après une soirée particulièrement violente, toujours dirigée contre " les journées de Ludère " et mes amies, je déclarai que je le quittais pour toujours, rentrais à Paris et prenais ma voiture. J'étais à la porte, éperdue, fouillant mon sac pour trouver mes clés.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il bondit, me gifla, arracha le sac de mes mains, le déchiqueta tout en jetant son contenu au travers de la pièce, mit les clés de voiture dans sa poche, verrouilla la porte de la maison et dit d'un ton très calme:&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Maintenant tu peux partir où tu veux, j'en ai rien à foutre.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Puis il alla se coucher.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je tremblais de tous mes membres, j'étais terrorisée. J'ai pensé à rassembler mes papiers, à sortir par une fenêtre, à faire quinze kilomètres à pied pour rejoindre la gare, mais j'étais transie, je ne pouvais pas bouger. Il m'avait giflée, c'était la première fois. Ma main glacée tremblait sur ma joue brûlante. Je me recroquevillai sur le canapé, pleurai longtemps en me répétant : &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;" Demain soir nous rentrons à Paris. Je trouve du travail, je le quitte, j'arrête." Je tremblais et je pleurais.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dans la nuit il vint me chercher, me ramena dans son lit, m'enveloppa de mots doux, de déclarations d'amour. Nous rentrâmes à Paris et il ne fut plus jamais question des " journées de Ludère ".&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il se montra très amoureux pendant quelques temps. Il m'offrit un nouveau sac à main, superbe, sans omettre d'en signaler plusieurs fois le prix, sous entendant que j'étais responsable de la destruction du précédent. Je l'avais " énervé " en voulant, stupidement, partir dans la nuit.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Pourquoi ne m'étais-je pas sauvée à cette époque? Je pouvais facilement reprendre un travail de sage-femme, en remplacement ou intérim dans un premier temps. J'avais des amis, une oeuvre à poursuivre. Pourtant je ne dis rien à personne, je continuai à donner l'apparence d'une femme heureuse et comblée.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;En fait, les périodes de délire amoureux, de célébration et d'adulation qui suivaient les crises violentes, brisaient à chaque fois toutes mes velléités de fuite. Je l'aimais, je l'admirais, je l'excusais. N'étais-je pas responsable, ainsi qu'il l'affirmait avec force (et quelquefois avec la main levée) n'étais-je pas responsable de ses colères? Il ne s'en excusait jamais; lui n'était coupable de rien.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Il se disait éperdument amoureux de moi, pour toujours, comme si rien ne s'était passé.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Je n'avais jamais été aimée et fêtée de cette manière. Pauvre, pauvre. J&lt;/span&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;e voulais lui plaire, me faire pardonner de l'avoir énervé. Il fallait faire des efforts, être plus tolérante, l'accepter tel qu'il était. Après tout, ses colères ne duraient pas, à force d'amour, elles s'atténueraient peut-être, il fallait être patiente.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;A Ludère je ne pouvais plus, et ne le demandais plus car les crises violentes me faisaient peur, recevoir d'amies. Je les voyais à Paris, dans la semaine, mais, la chose était entendue, plus dans cette maison où nous passions tous les week-ends et les vacances. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;La toile d'araignée dans laquelle j'allais m'engluer se tendait, car il oeuvrait pour notre déménagement définitif à Ludère. Que je voie mes amies à Paris ne le gênait pas, il savait que nous allions partir.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;L'isolement et la soumission devaient se faire progressivement, sans que je puisse m'interroger et trop m'effrayer, &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;sans que je puisse avoir la moindre idée de ce qui allait advenir, ce qu'il voulait pour moi, en fait de bonheur, depuis le début : que je me prenne dans sa toile patiemment tissée et qu'il puisse m'y garder, à sa merci et à disposition, " légèrement vivante ".&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;zz&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Les violences éclataient toujours à Ludère. Il y en eut bien quelques unes à Paris, mais moins menaçantes, et très courtes. Craignait-il que cela s'entende ou se voie? A Paris, je pouvais facilement m'enfuir et trouver refuge chez une amie. Terrifiée, affolée, je pouvais commencer à parler, dire ma détresse, et trouver de l'aide.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;zz&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Sa toute puissance se révélait mieux dans cette maison isolée, ma peur, et mon angoisse, y étaient plus palpables.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Enfin, il était indispensable, sous peine de me voir fuir aussitôt, de me préparer à la vie qui m'attendait là-bas : le travail forcené, l'isolement, la terreur, la brutalité, le décervelage,&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;des week-ends et des vacances à perpétuité.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9031899281444699341-5038522410374360769?l=crisdansunjardin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/feeds/5038522410374360769/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9031899281444699341&amp;postID=5038522410374360769&amp;isPopup=true' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/5038522410374360769'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/5038522410374360769'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/2008/01/la-rencontre-suite.html' title='2 -   La rencontre  ( l&apos;alouette et le miroir )'/><author><name>Salvia</name><uri>http://www.blogger.com/profile/09212169517391202046</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9031899281444699341.post-5086777396799285760</id><published>2009-01-17T08:37:00.000-08:00</published><updated>2009-02-10T11:04:13.650-08:00</updated><title type='text'>3  -  Le piège</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Nous nous mariâmes à Ludère en avril 1993, date choisie par lui comme étant une bonne opération par rapport aux impôts. Il avait, quelques semaines auparavant, acheté les champs, onze hectares qui devaient se transformer en jardin, et qui donc, lui appartiennent. Cela n'était pas innocent. J'étais heureuse de l'achat des champs, heureuse de notre mariage, je ne pouvais imaginer les chantages et cruautés que cela allait entraîner; je ne savais pas à quel point et de quelle manière il allait me faire travailler sur cette terre qui lui appartenait. Lui le savait. Il m'avait vue à l'oeuvre depuis plus d'un an. Il savait que j'y mettrais de la passion et m'attacherais à cette terre. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;En 1992, après avoir nettoyé et désherbé autour de la maison, notamment le talus qui n'était que glaise, ronces et herbes centenaires et qui devint une merveille cent fois photographiée, après avoir pioché des semaines durant, enlevé les cailloux, amendé et tenté les premières plantations, je commençai à défricher, dans le prolongement, ce qui deviendra l'amphithéâtre, un immense roncier de 400m² en dénivelé, une sorte de trou en arc de cercle, qui avait servi de décharge.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je déblayai, arrachai les pieds de ronces et aplanis à la pioche, construisis des murets pour maintenir la terre quand la pente était trop rude. J'avançais mètre par mètre, au prix d'efforts insensés, glissant dans la pente, embourbée, éreintée. Cela pendant des dizaines de week-ends.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je retirai des tonnes de détritus, de cailloux que je portais à la rivière pour en consolider les rives et boucher les trous formés par les crues. Nous n'avions pas de machines à cette époque, je travaillais à la main avec pioche, bêche, barre à mine, seaux et brouette. Oui, il m'avait vue à l'oeuvre, il savait que je m'attacherais à cette terre.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Début 93, après qu'il eût acheté les champs, le travail devint énorme. Le terrain était en friche, abandonné depuis trente ans.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je passai des milliers d'heures à déblayer les troncs morts, à débroussailler derrière lui qui enlevait le gros des ronces et des arbres écroulés, à refaire le lit de la rivière à la pioche ( j'y trouvai nombre de fers à cheval qui ne me portèrent pas bonheur ), à extraire la vase du lavoir, au seau, et faire avec celle-ci des îles sur la rivière, enlever les cailloux dans les champs, aplanir les pentes, traiter pendant des jours les oseilles, orties, chardons, repousses de ronces sur douze hectares avec un pulvérisateur à dos. Et tant d'autres travaux.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Jusqu'en juillet 94, date de notre installation à Ludère, nous n'y passions que les week-ends, mais dès le vendredi, puis dès le jeudi. Hubert Botal travaillait pour sa société, prenait du temps pour le violon et la musique, tandis que j'oeuvrais et m'éreintais dans les champs de l'aube jusqu'à la nuit. Je venais également y travailler lorsqu'il était en voyage professionnel ou autre. En 1993, mon argent avait disparu, il ne m'emmenait plus, il n'en était même plus question? D'ailleurs, répétait-il, " il fallait s'occuper des champs ! "&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il ordonnait les travaux, dirigeait, vérifiait; tout était " urgentissime ". Je dépendais entièrement de lui et il le faisait savoir. Il fallait travailler.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Pourtant, j'étais bien dans les champs (on ne pouvait encore parler de jardin, ni de parc, à cette époque) seule pendant des jours. Le travail ne me pesait pas, j'étais persuadée, et Hubert Botal m'entretenait dans cette idée, que j'en récolterais les fruits un jour. Je travaillais dans la durée, créais de la beauté, déjà, même en déblayant. Je voyais ce que ce terrain pouvait devenir, j'avais une foule d'idées de plantations, d'harmonies, de couleurs, j'en rêvais la nuit et le matin, dès l'aube, voulais sortir pour admirer le travail de la veille, et poursuivre. La passion s'installait, déterminée, mon besoin de création trouvait ses marques. Hubert Botal en montrait un contentement et cela me donnait des ailes. Je voulais toujours lui faire plaisir. Même si pour lui, rien n'allait assez vite, il voyait avancer le nettoyage. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il me faisait des listes de travaux à effectuer, et les listes étaient longues.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;tt&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;hh&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;Samedi 22 mai 1993&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;hh&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Temps toujours sec, j'arrose les petits assoiffés. Binage du séquoia et du tilleul, la terre est craquelée, je m'épuise avec la binette et termine à la pioche. Je remets le désherbage à plus tard et traite en urgence (liste H) les repousses de ronces et d'orties, le champ de la maison, le champ vert, le trou des hêtres ( au passage je les bine et les arrose, ils sont si petits ). Il restera le champ du haut, à faire au plus vite si le temps reste sec.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je passe la débroussailleuse sous les ifs et le grand frêne, continue vers le talus, les herbes et rejets d'aubépine sont plus hauts que moi! Les ronces nécessitent d'être enlevées à la main, d'où la longueur du travail, mais le résultat est magnifique, la vue plonge vers la rivière, les ifs et les houx sont superbes ainsi dégagés.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je laisse les euphorbes, quelques beaux genêts et trois cotonéasters, résultat de mes boutures d'il y a deux ans. Je nettoie le prunellier ( lierres et ronces ) et sacrifie des églantiers rampants et sans avenir, agglutinés sous les ronces.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je retire encore des algues de la mare, qui reviennent sans cesse. L'eau, dessous, est cependant très claire. Je ne regrette pas les heures passées à enlever la vase car tout est assaini, je revois deux carpes Amour. Les iris sont en fleurs, les arums ont repris. Je ne retrouve pas les cosmos, sans doute dévorés par les limaces ( faire des ronds de cendre ).&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;A la rivière, je dégage les barbelés laissés au sol ( liste H ), arrache les ronces, passe la débroussailleuse sur la pente et nettoie les noisetiers au passage. Je rentre à la nuit, et trop chargée d'outils, je laisse les barbelés. Penser à les ramener demain, sinon...&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;jj&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je relisais mes carnets. J'ai tout écrit dans mes carnets, jour après jour, j'ai ainsi l'historique du jardin, de ma vie durant ces années. J'avais les larmes aux yeux en relisant l'enthousiasme, la joie, l'exultation dont je débordais déjà, alors que j'étais le plus souvent dans la boue, à peiner sous des charges ahurissantes, à me battre contre des ronces géantes, des pierres, des glaises. Je ne rentrais qu'à la nuit, les bras et les genoux endoloris, les mains blessées.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Pourquoi tant de fougue et de ferveur? Je voulais lui faire plaisir. Je n'avais jamais créé de jardin, j'apprenais dans les livres. J'avais soif de beauté, d'harmonie. Hubert Botal se disait ravi, comblé par le travail dans les champs, je travaillais pour lui plaire, je m'épuisais pour ne pas le décevoir.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il pouvait demander et demander encore, aucune tâche ne me rebutait.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;hh&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Cela justifiait-il tant de fougue et de ferveur? Je ne saurais le dire. Je n'étais bien que dehors, seule dans mon royaume qui allait devenir mon jardin. Je le créais avec mes mains, mon corps, ma sueur, et déjà, je le sais par de petites annotations dans mes carnets, je fuyais la maison.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;uuu&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Les injures pleuvaient, les interdictions, les punitions, les ordres contradictoires, les gifles, la brutalité, le mépris, les sarcasmes et les humiliations. Déjà il tordait sa bouche pour m'insulter, une grimace effrayante à laquelle je me suis habituée, je disais qu'il serrait les dents, doux euphémisme. Ces crises de violence étaient toujours suivies de périodes d'accalmie durant &lt;/span&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;lesquelles il redoublait de charme, d'amour et de gentillesse.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Mais il ne s'excusait jamais, ne reconnaissait jamais la violence de son comportement. Il disait, normalisant et banalisant son attitude, qu'il s'agissait là de "petites disputes" sans importance; simplement, je l'avais " énervé ". La faute m'incombait totalement.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;C'est sans doute pour cette raison que je tremblais et pleurais longtemps à la suite de ces violences, alors que lui pouvait jouer du violon, téléphoner gaiement ou s'endormir du sommeil du juste dans les minutes qui suivaient.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je ne savais pas quand ces crises allaient survenir, ni vraiment pourquoi elles éclataient... Une contrariété extérieure, des plans calculés minutieusement qui ne se passaient pas comme prévu, ou pas assez vite, également, je m'en aperçus par la suite, tout ce qui avait trait à l'argent et toutes les formes d'autorité qu'il ne pouvait pas contrer.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Au fil des années, étant assuré du pouvoir absolu qu'il avait sur moi, ces crises de violence prirent un caractère de démence, de férocité, et il garda la même attitude de négation des faits, en l'accentuant. Lui était toujours très gentil et c'était moi, l'abominable.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il assénait cela avec un tel aplomb, une foule de détails inventés, refaisant l'histoire à sa façon en mentant ignoblement, que je ne pouvais répondre, ne voulais que fuir, car si je tentais de me justifier, la violence précédente était remplacée par une autre, plus cruelle et terrible, faisant intervenir des choses de mon enfance que j'avais eu le malheur de lui confier au début de notre rencontre ( très peu, car j'avais vite pris conscience qu'il s'en servait pour me faire mal, mais suffisamment pour qu'il puisse m'anéantir; de plus, fouillant mon cerveau, il pointait des détails, des situations qui, à mon grand désarroi, avaient réellement existé ) et des attaques très humiliantes sur ma féminité.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il fallait donc fuir, et je passai beaucoup de demi-nuits dans le jardin, et bien des nuits dans le grenier ( après l'épisode du sac déchiqueté, je ne suis plus jamais partie sur la route ).&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Après ma fuite il se calmait, prenait son journal, sa pipe, un alcool, considérant qu'en m'enfuyant, j'admettais être responsable de sa crise de violence qui d'ailleurs, pour lui, n'était qu'une simple dispute. Il expliquait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tous les couples se disputent, c'est normal ! sur le ton, j'imagine, du père incestueux disant à son enfant " Tous les papas font ça ". Il normalisait son attitude. Je n'étais pas dupe, le lui disais :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Ainsi, tous les hommes insultent leurs femmes, les giflent, les violent et les menacent de mort?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il ne répondait jamais directement ( aucune discussion concernant son comportement ne fut jamais possible, il campait avec force dans le déni et le mensonge ) et il répétait, à nouveau menaçant :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- C'est normal de se disputer, il serait temps que tu le comprennes !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il torturait psychologiquement avec cette attitude qui est allée en s'accentuant. Il pouvait m'insulter, me menacer, m'humilier de toutes les façons, puisque au bout du compte, il le répétait sans cesse, sur tous les tons et même en chantant, il était très gentil. Il avait inventé plusieurs chansons dans ce sens, qu'il chantait tous les jours en scandant les mots, et surtout après les violences :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Il est gentil Hubert- Il est pas méchant- Il est très gentil Hubert- Vive Hubert ! Vive Hubert ! Vive le bel Hubert !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Jeanne, ma fille, l'entendit souvent chanter ainsi. Elle ne savait pas ce que cela cachait, pas vraiment, bien qu'au fil des années elle fut témoin de certaines humiliations, interdictions, punitions, mais elle ne savait pas à quel point cette violence voulait m'abattre, m'asservir. Comment aurait-elle pu imaginer de telles cruautés? Je ne racontais rien, au contraire je le défendais, le protégeais, lui trouvais des excuses.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je ne disais rien, mais ressentais souvent une sourde angoisse en l'entendant chanter sa gloire et sa gentillesse, un malaise, une menace, car tout en chantant, il savait que je savais. Ses chansons n'étaient pas innocentes, rien en lui n'est innocent. Me torturer ainsi devant ma fille et sans qu'elle n'en sache rien, devait lui procurer du plaisir; et il le montrait.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;De même, " il faisait son bébé ", comme nous disions : il se mettait à avancer avec prudence et déséquilibre comme un enfant qui marche depuis peu, il parlait en zézayant et terminait en décidant :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Ze suis pas méçant ! Ze suis a-tta-çant !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Comment pourrait-on reprocher quoi que ce soit à un petit enfant? On y est " attaché ", envers et contre tout. On excuse tout.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Après m'être enfuie dans le jardin, m'être un peu calmée dans l'amphithéâtre ou près de la rivière (&lt;em&gt;mon merveilleux jardin, mon doux, mon unique, mon inouï, à jamais imbriqué, enchevêtré à la violence&lt;/em&gt;), après m'être sauvée donc, je revenais vers la maison en grelottant sous la lune. Combien de fois l'ai-je regardé du dehors, lui, par la fenêtre, tremblante, désespérée? Il était si calme, si détendu, souriant à la lecture d'un article, ou éclatant de rire au téléphone. La musique résonnait, poussée à fond pour interdire de rentrer. Plus tard, il baisserait un peu, cela signifierait qu'il daignait me revoir, qu'il pardonnait, que j'avais l'autorisation de rentrer.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Mais je n'osais pas rentrer, restais immobile, transie dans la nuit.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;tt&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Sans me le formuler, je comprenais déjà qu'il n'avait pas de sentiment, ni pour moi, ni pour personne. C'était sa force. Au tréfonds de moi, je me savais liée à un monstre, mais comment partir? Où aller? Je n'avais plus d'amis, n'avais aucune autonomie financière, mais surtout, surtout, j'avais honte de la manière dont il me traitait et refusais que quiconque le sache; tout comme j'avais honte et peur, enfant, que l'on découvrît que ma mère me maltraitait. Sans cesse, je faisais des parallèles entre les deux situations; il y conduisait bien sûr en m'insultant à propos de mon enfance.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je rentrais mais ne voulais pas aller dormir dans notre lit, je ressentais une vraie répulsion, surtout après les attaques sur ma féminité. Avant notre déménagement définitif à Ludère, il y avait un lit dans la petite chambre au fond du couloir, pièce qui se transformera en bureau bibliothèque après le déménagement, puis, après l'achat de la petite maison de nos voisins en 1999, à nouveau en chambre destinée à ma petite fille Elise, lors de ses séjours; j'avais là une table pour mon travail sur le jardin.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je vécus entièrement dans cette petite chambre la dernière année, mais longtemps auparavant, j'y passais déjà toutes mes soirées, Hubert Botal s'étant approprié la grande salle à vivre. Il en avait peu à peu évacué les affaires qui m'appartenaient et auraient encore pu m'y attirer. Il les déposait à la porte du couloir, déclarait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Emporte ça dans la pièce du fond, ici, ça fait désordre !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Si je répliquais, le ton montait, il criait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je ne veux plus voir ces saletés ici !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il vida facilement cette pièce de mes choses, elles étaient peu nombreuses. Je n'avais jamais pu vraiment m'installer dans cette grande salle car Hubert Botal l'occupait totalement depuis toujours, envahissant l'espace avec ses discours et sa musique (on ne pouvait y échapper). Il n'y avait pas de place pour moi. Là il jouait du violon, il travaillait, téléphonait des soirées entières, affalé sur le canapé, le whisky à portée de main, la musique résonnant en permanence. La seule pièce à vivre de la maison était "sa pièce". Il avait une méthode sûre et efficace pour m'en faire sortir, quand il ne me jetait pas tout simplement dehors en me poussant : il haussait la musique à fond.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La musique, avant lui, était de la joie pour moi. Avec lui, elle devint alarmante, dangereuse, menaçante. Omniprésente, elle précédait, accompagnait mon angoisse et ma peur, grandissait sous les insultes, aggravait les humiliations. Quand il poussait le bouton à fond, je savais que des violences se préparaient, je m'affolais, le coeur serré jusqu'à la nuque. La musique servait la terreur. Même en période d'accalmie, j'étais affectée lors des repas que nous prenions dans cette salle par la musique obligatoire, que je ne choisissais jamais ( il m'était interdit de toucher à la chaîne stéréo ), et toujours trop forte.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il conservait aussi dans cette pièce, toujours près de lui, le seul téléphone de la maison.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Quand je revenais après ma fuite dans le jardin, chaque pore de ma peau refusait qu'il me touche et, les premières années, je tentai d'aller dormir dans la petite chambre du fond. Plusieurs fois, il retourna le matelas avec moi dedans et me traîna dans notre chambre.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Lorsqu'il n'y eut plus de lit dans cette pièce, j'allai dormir sur le canapé mais dans la peur, car il venait également m'y déloger. Finalement, j'adoptai le grenier. On y accédait par un escalier extérieur, ce qui compliquait mon éventuel retour forcé, je m'y sentais plus en sécurité. Ceci jusqu'à l'achat de la petite maison en 1999. J'allais alors y dormir après les crises de violence, mais la maison n'était pas chauffée, je ne m'y sentais pas à l'aise, n'osais pas me déshabiller et dormais avec mes vêtements et mon manteau. Avec le temps, je préférai me réfugier dans cette petite chambre du fond où j'ai ensuite vécu, dans le lit d'Elise, et je m'y enfermais à clé.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;De toutes façons, et à toutes les époques, il fallait très vite réintégrer la chambre conjugale. Pour que la violence cesse. Au bout d'une nuit ou deux je revenais, descendant un peu plus bas chaque fois.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je pensais à mon jardin, imaginais l'agencement des nouveaux massifs, les harmonies de couleur, les plantes à diviser ou à introduire; j'organisais, je créais de la beauté, des paysages, je m'extrayais du réel. Pour ne pas être avilie jusqu'à un point de non-retour.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Une période d'accalmie, amoureuse et charmeuse, s'installait ensuite. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;A chaque fois, durant ces périodes, je reprenais confiance, retrouvais l'homme que j'aimais, j'espérais.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Cependant, ces périodes devinrent de moins en moins longues, de moins en moins fréquentes, de moins en moins calmes. Je n'espérais plus.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;uu&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;uu&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Juillet 1994&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;uu&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Nous quittons Paris et nous installons définitivement à Ludère. Nous transportâmes le lit de la chambre du fond dans le grenier, et j'accomodai dans cette pièce minuscule, mon bureau et ma bibliothèque, après avoir enlevé la vieille tapisserie et repeint les murs. L'ordinateur ramené de Paris se montrait capricieux. A l'époque, je poursuivais " Fiona ", mon second roman, qui s'agençait bien; j'avais l'intention de le terminer à Ludère. J'écrivais aussi de la poésie, je décidai, après " Fiona ", de préparer un nouveau recueil. Je voulais conserver le rythme parisien : écrire du lundi&lt;/span&gt; au jeudi, et garder les fins de semaine pour le jardin.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dans les mois qui suivirent le déménagement, après tous ces travaux dans la chambre pour la transformer en bureau, travaux qui n'intéressaient absolument pas Hubert Botal et que j'effectuai dans la plus totale solitude, je sombrai dans une immense tristesse. Lui affirmait que sa nouvelle vie le comblait de joie, répétait combien il était heureux de ce changement, du loyer à Paris qu'il n'aurait plus à payer ( il est vrai que mon argent avait disparu ), des voyages qui n'étaient pas astreignants puisqu'il travaillait dans le train. Il allait sans cesse à Paris, retrouvait les " copains " avec qui il collaborait, sa société prenait de l'ampleur, j'avais tous les détails de ses succès le soir.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Nous parlions beaucoup des champs et des travaux pour les transformer en jardin, mais dès que j'abordais mon travail d'écriture et mon installation dans la pièce du fond, il n'écoutait pas et changeait de sujet. C'était pourtant ce dont je voulais parler. J'étais mal installée, je manquais de place et l'ordinateur ne fonctionnait plus que par à coups depuis le déménagement. Il s'agissait d'un vieil ordinateur, au rebut dans sa société, qu'Hubert Botal m'avait donné. J'utilisais le traitement de textes depuis peu de temps et, en cas de panne ou d'erreur, j'avais besoin de son aide; il me l'accordait volontiers à Paris.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Mais à Ludère, tout se compliqua. Il ne répondait pas à ma demande ou, si j'insistais, lançait l'habituelle phrase :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je n'ai pas que ça à foutre ! Je travaille, moi !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il fallait alors attendre pendant des jours le moment propice pour oser demander de l'aide, plus précisément, attendre qu'une visite soit prévue. J'annonçais alors incidemment :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Puisque tu n'as pas le temps, je demanderai demain à ton copain de me réparer l'ordinateur.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Hubert Botal le remettait alors en marche le soir même, en s'énervant et en frappant du poing dessus, ce qui a sans doute raccourci les jours de ce monceau d'électronique fatigué. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Très vite, je n'osai plus quémander de l'aide. J'écrivais à la main, mais ne pouvais mettre au propre quand je le désirais, je me désespérais. A pas comptés, j'avançais vers l'idée d'achat d'un ordinateur correct. Quand il eut compris ma demande, il éclata :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu plaisantes ! Avec les impôts et l'argent qu'il va falloir pour les champs ! D'ailleurs il marche très bien cet ordinateur ! Tu n'es pas fichue de savoir t'en servir, c'est tout ! Tu ferais mieux de t'occuper des champs !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il bondit vers la chaîne stéréo, Hector Berlioz et la Symphonie Fantastique grondèrent, faisant vibrer les murs. Le débat était clos. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je descendis mon ancienne machine à écrire du grenier, elle avait souffert d'humidité, déraillait, se bloquait... Et les champs étaient là, qui attendaient.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Un soir, alors qu'il semblait être de bonne humeur, je lui confiai ( pauvre, pauvre ) que je me sentais triste et déprimée, n'avais plus aucune facilité pour écrire, n'allais plus nulle part, ne voyais plus personne. Il entra dans une colère terrible, je fus terrorisée par les poings serrés brandis vers moi, sa bouche tordue. Il hurla :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu te fous de moi ! Tu as tout fait pour venir habiter ici !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Qu'avais-je fait? Je n'avais aucun pouvoir de décision et c'est lui qui, pendant des mois, avait oeuvré pour transférer le siège de sa société à Orléans.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu as tout fait et maintenant tu déprimes ! Tu n'es qu'une enfant gâtée et capricieuse, une cinglée, une faignasse ! Tu adores le jardin ! Tu peux en faire toute la journée ! De quoi, mais de quoi te plains-tu? ( il continua dans un langage ordurier intransmissible ).&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'étais une " faignasse ", je ne " foutais " rien, les champs étaient à l'abandon, lui seul travaillait !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le 5e quatuor de Béla Bartok, féroce, se déchaîna, des monstres furent lancés et me poursuivirent loin dans la nuit du jardin.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ce discours était truffé d'insultes et de mensonges. Je m'éreintais dans les champs tous les jours, il le savait, il voyait les travaux avancer. Alors pourquoi ces accusations fausses, éhontées, proférées avec un aplomb formidable? &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Ce fut le début d'une attitude qu'il accentuera, au fil des années, jusqu'au délire, et qui me perturbera à l'extrême, en me submergeant d'effroi : il commençait à nier mon travail, à nier mon existence même; et moi, qui voulais être reconnue par lui, admirée, complimentée, aimée, je m'acharnais alors à travailler davantage. Encore et encore, toujours davantage. Pour qu'il reconnaisse mon existence.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'essayais encore d'écrire " Fiona " le soir, mais je manquais de courage après les journées de travail harassant dans les champs. De plus, j'écrivais mes carnets et faisais beaucoup de recherches sur les plantes dans toutes sortes de livres; je remplissais des cahiers de notes et de descriptions.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je laissai " Fiona " en grand abandon, la reprenant de temps à autre, jamais longtemps, au cours des dix ans qui suivirent. L'ordinateur s'éteignit définitivement. En 99, Hubert Botal en ramena un autre, également au rebut, tout aussi vieux, qui rendit l'âme peu de temps après.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;hh&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Je ressentis longtemps la grande tristesse de mon début d'installation à Ludère, ces deux-trois mois pendant lesquels j'essayais désespérément d'écrire, les résolutions que je tentais de prendre et qui toutes, se fracassaient. Pressentais-je le bord du précipice, l'isolement et la cruauté qui m'attendaient là? Percevais-je la toile dans laquelle je m'engluais? Le piège qui se refermait?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;uu&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Lui ne voulait qu'une seule chose : que je travaille dans les champs, que je transforme cette friche en jardin. Il le répétait de toutes les manières. J'étais d'accord, j'avais déjà bien commencé et j'y étais tous les jours, de l'aube à la nuit.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Mais quelque chose m'angoissait, que je ne pouvais nommer. Aucune communication n'était possible avec Hubert Botal. La tristesse et le chagrin lui étaient totalement étrangers, pire, leur simple évocation déclenchait des explosions de hargne et de rage.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il était entendu que j'avais ce que je voulais, que j'étais parfaitement heureuse, il hurlait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu ne vas pas me faire chier avec tes états d'âme !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Septembre 1994&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;yy&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;A partir de cette date, je travaillai en moyenne dix heures par jour, trois cent soixante cinq jours par an dans ce qui devenait mon jardin; par tous les temps. L'été je travaillais onze à douze heures par jour, un peu moins l'hiver, les clairs de lune n'étant pas toujours suffisants ( les dernières années, je terminais des travaux à la lampe torche ). A partir de cette date, je n'allai plus jamais nulle part, même pour un week-end.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Nous avions depuis quelques mois un jeune Berger Allemand, Lobo, et très vite, Hubert Botal voulut un deuxième chien. J'étais réticente, disais qu'il était difficile de se déplacer avec deux Bergers Allemands, de partir quelques jours en voyage par exemple.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- De toutes façons, avait-il rétorqué, il n'est plus question d'aller où que ce soit, il faut s'occuper des champs !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ainsi les choses étaient dites, et les deux chiens devinrent la raison invoquée pour également refuser toutes les invitations. Jusqu'alors nous avions passé les Noëls à Nice, chez ses parents, la dernière fois avec Lobo, tout jeune, que nous avions emmené. Mais cette année-là, il éclata :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Avec deux chiens ! Dans l'appartement de mes parents ! Voyons tu plaisantes !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;De plus il était impensable, " hors question ", de laisser la maison, devenue à présent notre maison principale, sans surveillance. A partir de cette date, il alla donc seul passer Noël chez ses parents, je restais pour garder la maison et les chiens.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Néanmoins, je ne regrettai jamais Lilith, notre Bergère Allemande qui arriva fin 94. Elle calma Lobo qui avait tendance à fuguer, elle fut douce et tendre, et m'a sans doute sauvé la vie en avançant un jour, alors que j'étais à terre et blessée, son museau tremblant entre mon visage et les poings qui menaçaient de me tuer.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Sachant que toute demande était irrecevable et provoquait la colère, je n'éprouvai bientôt plus aucun désir de voyage. Dans un régime de terreur, on apprend vite. Avec le temps, Hubert Botal n'eut même plus à trouver des excuses, car, et cela le comblait, il jubilait, il en riait avec ses amis, je répétais que je ne voulais plus jamais quitter mon jardin.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je ne veux plus jamais quitter mon jardin, disais-je, même pour un jour, même pour une heure !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;hh&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Quel triomphe pour lui ! Il affichait sa satisfaction, que j'étais seule à connaître, je voyais son léger sourire : il avait manoeuvré pour m'enfermer dans mon jardin, si excellemment que moi-même à présent, m'interdisais d'en sortir.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;oo&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Cependant, lorsqu'il partait en voyage d'affaires ou autre, je passais de beaux jours à Ludère, à savourer chaque seconde, sans musique, sans alarme, sans angoisse, seule avec mes chiens, à oeuvrer pour la beauté dans mon royaume.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;gg&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;hh&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Mon jardin s'étendait sur trois hectares, depuis la maison jusqu'à la rivière. Je le créai seule, l'embellis jusqu'au bout et l'entretenais. Je transformai en pelouse ces trois hectares de champ en friche, pelouse qui servait d'écrin aux massifs et aux plantations et que je tondais seule pendant toute la saison. Hubert Botal traversait pour aller vers ses arbres plantés dans les champs, au-delà de la rivière, mais n'y travaillait pas.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je plantai des milliers de plantes. Plus de huit cent rosiers dont beaucoup de rosiers anciens, de rosiers anglais, des centaines de variétés; soixante trois conifères nains en massif, une cinquantaine de lilas, toutes les espèces, dix sept magnolias, plus une centaine d'arbres et arbustes en groupe ou isolés. Je créai l'amphithéâtre après avoir mis des années à le préparer, quatre cent mètres carré et environ cinq cent plantes en multitude de variétés : rosiers, rhododendrons, azalées, seringats, conifères, graminées, vivaces etc...&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je dessinai et creusai les onze massifs de rosiers au-delà de l'amphithéâtre, avec sept pergolas, des arches, et qui constituent la roseraie, tous bordés de népétas et sauges bleues descendant en langues successives vers la rivière. Je créai les huit massifs de plantes vivaces, le jardin du parking avec rosiers, une multitude d'iris bleus répondant aux glycines, muscaris et alysses en bordure, incalculables.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'organisai les plates-bandes autour de la maison et couvris le mur de clôture de rosiers, clématites, géraniums vivaces, soit plus de trois cents plantes. Je fis un potager ( j'y consacrais une heure tous les matins, du printemps à l'automne, prise sur mon temps de sommeil ), et le bordai d'une centaine de boutures de buis.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le lavoir fut dégagé d'une vase centenaire à la pelle et au seau, je le brossai pierre par pierre, vint à bout des mousses et des lichens et le bordai de fleurs blanches et bleues.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;En 2002, je désherbai les pentes de la rivière sur cent cinquante mètres et plantai plus de cinq cents plantes, fougères, graminées, hostas, euphorbes et tant d'autres. Je poursuivis la plantation de camélias dans la pente et plantai entre eux une centaine de bruyères.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je creusai pendant des semaines le pourtour de la mare afin que le dessin s'harmonisât enfin avec l'élancement des grands aulnes, et installai des massifs de plantes vivaces et arbustives à dominante bleue au bord de la rivière, du côté des magnolias.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Partout dans mon jardin, les massifs regorgent de boutures, de divisions de plantes déjà installées, de graines que j'ai semées. Ils comprennent aussi tous mes cadeaux de Noël, d'anniversaire et de rencontre ( lorsque la date arrivait en période d'accalmie ). A partir de 1994, Hubert Botal ne m'offrit plus que des plantes, de celles qu'il convoitait et désirait posséder; mes cadeaux étaient souvent somptueux, choisis avec soin, leurs emplacements déjà décidés par lui : il les possède puisque créé sur sa terre, le jardin lui appartient. Je mis longtemps à vraiment percevoir cela, malgré les multiples signes, les interdictions de visites, les discours qu'il tenait en qualité de maître absolu, mais c'est bien ainsi qu'il concevait mon travail forcené : &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je faisais un jardin pour lui, et pour lui seul.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;oo&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Mon travail était incommensurable, irrationel. Pour les personnes qui me connaissaient et voyaient, ma vie était incompréhensible, voire anormale et délirante. La plupart d'entre elles finissait un jour, par me le dire. Je parlais alors de passion, de beauté, de goût pour la solitude et l'isolement. Je ne disais pas la peur, le désespoir, la honte, qui souvent me faisaient courir dans mon jardin, travailler jusqu'à l'épuisement.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9031899281444699341-5086777396799285760?l=crisdansunjardin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/feeds/5086777396799285760/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9031899281444699341&amp;postID=5086777396799285760&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/5086777396799285760'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/5086777396799285760'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/2008/01/le-pige.html' title='3  -  Le piège'/><author><name>Salvia</name><uri>http://www.blogger.com/profile/09212169517391202046</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9031899281444699341.post-7730220407359410423</id><published>2009-01-16T08:39:00.000-08:00</published><updated>2009-03-12T13:23:46.431-07:00</updated><title type='text'>4 - Jardin mon inouï, mon merveilleux</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;tt&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;tt&lt;/span&gt;Mardi 13 septembre 1994&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;Le jardin est beau, caryoptéris en fleurs et bien dodus cette année, rudbeckias et gaillardes font de belles couleurs mouvantes, encore des phlox bleus, des roses trémières et des delphiniums. Je tonds avec beaucoup de mal (herbe haute et mouillée) la partie agrandie au bas de l'escalier des Fééries. Bon résultat. Je pense pouvoir mettre cette parcelle en pelouse l'an prochain.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je fauche l'herbe du parking avec la grosse machine que je maintiens difficilement tant elle vibre, tant elle est lourde. Je finis la pente des Douglas, prépare pour la plantation des millepertuis. J'abats les bosses à la pioche, tant bien que mal, les pluies d'automne finiront d'aplanir. Encore des pucerons lanigères sur le pommier à fleurs Everest. Je coupe les branches atteintes et gratte les plus grosses avec goudron appliqué ensuite. Dans la nuit, je transporte mes bois de taille jusqu'au feu du haut. Au passage de la rivière une chouette Effraie me frôle dans un doux bruit. Plénitude.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;oo&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je faisais, le lundi matin, les courses pour toute la semaine, groupait le marché, la banque, la pharmacie, le supermarché, les achats pour le jardin (engrais, traitements, amendements, outils, plantes etc...) et l'essence pour les machines et la Roover, voiture qui servait à circuler dans les champs, cinq ou six bidons par semaine durant toute la période de tonte. Après quoi je ne ressortais pas de la semaine. Hubert Botal faisait les courses pour le week-end, il n'acceptait pas que je fasse le marché du samedi, car, disait-il, " je ne savais pas faire ".&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je me levais entre six heures et six heures trente, toujours largement avant lui. Ma toilette, le ménage et le linge menaient à huit heures trente (s'il le fallait, je poursuivais le ménage le soir, une fois la nuit tombée), heure à laquelle je commençais dans le jardin. Je refusais de me mettre en retard, il y avait tant à faire, surtout l'hiver quand les jours étaient plus courts, je guettais la pendule.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je m'octroyais une demi-heure le midi pour déjeuner, debout dans la cuisine qui donnait sur la terrasse et le jardin, rentrais vers dix neuf heures pour préparer le dîner. Dès que les jours rallongeaient, je repartais travailler après le dîner. Les week-ends, Hubert Botal était présent le midi et le déjeuner durait plus longtemps. Ces jours-là, il travaillait dans la partie des arbres qu'il plantait dans les champs, l'arboretum commencé au-delà de la rivière. Il commençait tard, prenait une longue pause après déjeuner et finissait vers dix sept heures.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Hubert Botal a toujours travaillé " normalement " dans sa partie. Il ne faisait pas un jardin, il plantait des arbres dans des champs girobroyés. Il entretenait les haies et les clôtures (14 hectares entourés de barbelés, renforcés de grillages) l'aide-jardinier le secondant beaucoup dans ces tâches.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La beauté, là-haut dans sa partie, c'était moi qui la préservait en traitant régulièrement les grandes oseilles et les chardons (des journées avec un pulvérisateur à dos), en piégeant les taupes, en désherbant le pied des arbres, en traitant les troncs contre les mousses et les lichens, en ressemant de l'herbe sur les traces de feux qu'il faisait un peu partout.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le jardin que je créais, mon merveilleux, s'étendait sur trois hectares devant la rivière, il aurait pu être visité dès 1997. En 2003, devenu splendide, il était, aux dires des spécialistes, sans équivalent dans la région. Il joignait à son étendue, à la beauté mille fois rehaussée et soignée, un nombre incalculable d'espèces et de variétés de plantes toutes étiquetées et datées par mes soins. Il fit l'objet d'un reportage important dans une revue consacrée aux jardins, fut photographié et louangé par les sociétés d'horticulture et les écoles, les paysagistes, les animateurs de visites d'art et d'histoire. Cela malgré une menaçante interdiction de publicité.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;A nouveau, je faisais parler de moi, et je constatai, au fil des années, à quel point Hubert Botal ne pouvait en accepter l'idée. Personne n'allait voir ses arbres, ils étaient encore petits, regroupés dans les champs et, malgré ses efforts pour y entraîner les visiteurs, n'attiraient pas grand monde. Les gens préféraient passer du temps dans la roseraie, visiter les grands massifs de plantes vivaces, les arbustes décoratifs, les grandes collections de lilas, magnolias, conifères nains, le lavoir fleuri... Le tout agencé sur une immense et impeccable pelouse. Cela lui devint insoutenable. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il avait manoeuvré pour m'enfermer dans ce jardin, pour me faire disparaître aux yeux du monde, créant par un travail insensé une oeuvre qu'il s'approprierait au bout du compte et de ma résistance, et voilà qu'on m'admirait à travers mon jardin, qu'on me félicitait ! Cela n'entrait pas dans son plan. Dès 1996, il fut entendu que ce n'était pas mon jardin. Il répétait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- La terre est à moi, tu n'as jamais rien foutu ici, tu n'as rien ! La maison est à moi, le jardin est à moi, tout est à moi, tu es ici chez moi ! Tu n'as rien parce que tu ne fous rien !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Que répondre, que dire face à un tel discours? Je ne prétendais à rien, admettais ne rien posséder, mais à partir d'une friche j'avais fait ce jardin, il le savait bien, j'y travaillais de façon délirante tous les jours, de l'aube à la nuit, le jardin était toute ma vie.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il continuait, contre toute évidence :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu ne fous rien de la journée ! Tu traînes et tu rêvasses ! Tu n'as jamais rien foutu ici ni ailleurs ! Tu es Zéro !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cet invraisemblable discours était habituel, je l'ai dit, il niait mon travail, niait mon existence même. Plus j'essayais de me justifier, de faire valoir l'évidence, plus la hargne montait, la bouche se tordait, les poings menaçants se tendaient. Je ne pouvais pas lutter. Il hurlait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Ce jardin c'est de la merde !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ce qui ne l'empêchait pas de vanter à l'extérieur, avec emphase et exaltation, ses rosiers, ses lilas, ses fleurs... en un mot, " son jardin ". Quiconque le rencontrait, savait après quelques minutes qu'il possédait un jardin extraordinaire. Il ne tarissait pas, en parlait avec passion, avec fougue et brio, donnant toujours le nombre exact de rosiers, de variétés, de massifs, multipliant les noms savants de plantes et d'arbres.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Mon jardin glorifiait son image.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;hhh&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;A partir de 1999, par l'intermédiaire d'une revue de jardinage ( j'en reparlerai ) il m'accordera deux jours par an pour montrer mon oeuvre. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;kkk&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Il autorisa, je le compris plus tard, pour des raisons bien précises : d'une part, la rédaction avait accepté que les visites fussent annoncées dans la revue, sans nom et sans adresse, d'autre part, mon jardin fut le seul jardin privé choisi dans la région. En consacrant le jardin, le journal valorisait les discours qu'Hubert Botal tenait à toutes ses connaissances et amis parisiens à ce propos.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Et puis, il était indispensable qu'il autorisât " un peu ". Le jardin n'était pas terminé, il fallait que je continue à travailler, à multiplier les massifs, à embellir, à planter encore et encore.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Ce " peu ", ces deux jours de visites, devait suffire à me motiver. Et cela suffit.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;jjj&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ces deux jours furent fixés au mois de juin, et des centaines de personnes, en différents groupes, ont pu voir mon jardin. Certains visiteurs se manifestaient dès le mois de janvier pour retenir une place. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Au cours de l'été, je bravais parfois l'interdiction et emmenais des petits groupes pendant les absences d'Hubert Botal; avec la peur au ventre (beaucoup de visiteurs ont constaté cette peur que je ne réussissais pas toujours à cacher). J'étais en infraction, me sentais coupable d'avoir désobéi, mais j'avais tant besoin de montrer, même un peu, quelques heures, cette oeuvre à laquelle je travaillais tant.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ma vie, ( je ne sortais jamais, même pour aller voir d'autres jardins, ne faisais partie d'aucune association, travaillais de manière délirante pour faire et entretenir ce jardin très peu visité ), ma vie intriguait les spécialistes. Tous ceux qui entendaient parler du jardin voulaient le visiter, ils repartaient émerveillés. Peu à peu, et sans aucune publicité, nous acquerrions, mon jardin et moi, une notoriété qui rendait Hubert Botal extrêmement agressif.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il n'avait pas prévu cela. Il insultait plus que jamais à ce propos.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Que je travaille de l'aube à la nuit tous les jours de l'année lui convenait très bien, il avait toujours âprement poussé dans ce sens, mais que j'en retire quelques succès et compliments n'était pas tolérable. Dès lors il attaqua sur la création notamment, sur mes connaissances en matière de plantes, c'est à dire sur le fond même de mon travail, et surtout, sur l'argent que cela coûtait.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ddd&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La totalité du jardin, lequel se transformait en parc, les collections de plantes et d'arbres rares, l'entretien énorme que cela représentait, les machines (tracteur et broyeur, tracteur-tondeuse, débroussailleuses, girobroyeur à main, Roover pour parcourir quatorze hectares, petites machines, outils multiples etc...), ainsi que le salaire des aides-jardiniers, représentait notre premier budget.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il s'agissait de son argent, c'était lui qui achetait, rien n'était trop beau pour le jardin :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- C'est moi qui travaille pour payer, je paye, répétait-il, tout m'appartient !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je l'ai dit, le jardin glorifiait son image. Il le vantait à l'extérieur avec une verve et un enthousiasme fougueux, mais me reprochait sans cesse l'argent dépensé et l'existence même de ce jardin.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Lorsque, déstabilisée, décervelée, épuisée par sa mauvaise foi et les discours ou ordres contradictoires truffés de mensonges effrénés, je décidais d'arrêter la création de massifs, il agressait jusqu'à ce que je reprenne. Il lançait, frappant au bon endroit, comme toujours :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu es incapable de rien poursuivre jusqu'au bout, tu fais des caprices, tu ne feras jamais rien de bien car tu ne termines pas ce que tu as commencé ! Tu es nulle ! Tu es Zéro !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ces attaques m'affolaient, mon perfectionnisme, flagrant, étant connu de tous. J'aime les travaux à long terme, m'acharne à toujours aller au bout de ce que j'entreprends. Le travail ne m'a jamais rebutée, ni les heures passées à faire mieux ce qui était déjà bien. Je n'en avais jamais fini avec la perfection, c'est en ce sens que mon jardin était merveilleux.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Entre les ordres contradictoires, qui tous entraînaient des agressions :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu ne fais pas alors que j'avais ordonné !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Puis, à propos de la même chose :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu fais alors que j'avais interdit !...&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;... Je n'avais en réalité pas le choix. Je poursuivais les travaux, quelque chose d'incontrôlable m'y poussait.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ainsi, en 2000, il fit énorme pression avec menaces pour que je crée un dernier massif de rosiers, et me reprocha ensuite violemment, avec les mêmes menaces et pendant des mois, l'argent qu'il avait coûté. Il fit de même pour la seconde partie du massif de plantes vivaces et d'arbustes entourant la petite maison. Après 2000, véritablement égarée, affolée par ces attaques incessantes, injustes, orchestrées par d'ignobles mensonges et une incommensurable mauvaise foi, je n'entrepris plus rien qui fut onéreux, bouturais, multipliais, divisais les plantes et fis beaucoup d'échanges avec mes amies jardinières rencontrées en 2001 et gardées cachées de lui. L'une d'elle, Marianne, remaniait son jardin et me donna quantité de plantes et de rosiers.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Lui, glorieux, continua à acheter des arbres rares et coûteux, de nouvelles machines pour les champs. Il n'était jamais question de ses dépenses, il s'agissait de son argent, il en faisait ce qu'il voulait.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;kkk&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;jj&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;L'argent&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;jjj&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Avec l'argent qu'il me donnait, j'entretenais les deux maisons, achetais les engrais, traitements, amendements, tuteurs, outils, étiquettes ( j'entretenais des milliers d'étiquettes ), et l'essence de toutes les machines, cela pour la totalité du parc, pour ma partie de jardin donc, mais aussi pour lui, et les listes étaient longues. Le drame survenait s'il manquait quelque chose. Je payais aussi les aides-jardiniers, les salaires et les charges. Il reprochait sans cesse :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Avec tout le fric que je te donne, tu n'es pas fichue de...!&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je lui expliquai maintes fois, avec comptes à l'appui, que je reversais en grande partie l'argent donné dans les salaires, entretenais les biens communs, faisais l'essentiel des courses. Il n'en avait que faire, déchirait les papiers sans même les regarder et poursuivait ses accusations. La communication, là aussi, était impossible. De toutes les manières, par tous les vents, j'étais coupable. L'argent, totem dressé au centre de sa personne, servait à tous les dénigrements, à toutes les humiliations.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;m&lt;/span&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;uu&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je n'avais rien pour moi. Le jardin grandissait, Hubert Botal l'exigeait, le célébrant toujours davantage à l'extérieur, mais il n'augmenta jamais la somme octroyée pour l'entretenir. J'étais au plus juste. L'hiver, j'économisais pour pouvoir payer l'essence des machines et de la Roover durant l'été. Je n'achetai ni vêtements, ni chaussures pendant des années; ma fille me donnait de vieux pull-overs et pantalons pour le jardin, c'était là que j'usais.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il me condamnait et m'humiliait à propos de dépenses que lui-même ordonnait, dépenses que j'étais obligée de faire sous peine d'agressions et d'insultes de sa part.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il répugnait aussi à reverser mes remboursements de sécurité sociale. Il s'agissait pourtant de petites sommes, je voyais régulièrement une gynécologue. Je refusai d'en parler et cachai ces consultations après qu'il m'eût insultée et humiliée à ce propos, bafouant ma féminité avec une infinie cruauté. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les papiers arrivaient après le versement des sommes sur son compte; il ne les retrouvait soi-disant pas, bien que la date fût indiquée, affirmait les avoir déjà remboursés, m'accusait, se plaignait de reverser des sommes jamais perçues, (ayant pourtant dans les mains les papiers faisant foi ) enfin, lançait le tout en hurlant :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu me fais chier avec tes maladies !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Souvent j'abandonnais, préférais ne rien demander. Je reculais le moment de consulter un dentiste ou un ophtalmologue, car si je n'obtenais pas les remboursements cela ferait un trou dans mon budget que je n'étais pas sûre de pouvoir combler. J'avais toujours peur de manquer d'argent, de ne plus pouvoir acheter ce qu'il fallait pour lui, et les listes étaient longues. Je me privais sur mes besoins personnels. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Peu à peu, n'ayant pas d'argent pour moi, je n'eus plus de désir pour moi, envie d'être belle ou bien mise, ce désir je ne l'avais plus que pour le jardin, je ne pensais qu'à être au mieux pour le jardin, " opérationnelle ", &lt;/span&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;veillant à chaque instant sur sa beauté. La mienne ne m'importait plus. Peu à peu, je ne pris plus soin de moi.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Pourtant, devant les autres, Hubert Botal se montrait très généreux; pour paraître, l'argent dépensé ne se comptait pas. Ainsi, lors des fêtes qu'il donnait de temps à autre, les tables débordaient de victuailles prises chez un traiteur en trop grande abondance (une semaine ne suffisait pas pour épuiser les restes), de vins coûteux, de champagne, alors que je travaillais dans le jardin avec des bottes percées et des vêtements déchirés.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Parfois, il insistait pour m'emmener " faire les soldes ", il l'annonçait haut et fort à toute sa société. Je finissais par l'accompagner mais n'achetais rien. Ce qui m'aurait plu me paraissait trop cher et je savais que ces dépenses, comme toutes les autres, me seraient ensuite reprochées. Devant les magasins il n'insistait d'ailleurs pas, regardait sa montre. Il avait toujours, où que nous soyons ensemble à l'extérieur, des " coups de fil urgentissimes à passer ".&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je l'ai emmenée " faire les soldes ", clamait-il ensuite, mais elle n'a rien voulu acheter.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il ajoutait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Ceci dit, il ne faut pas l'emmener dans une pépinière !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il laissait entendre que j'étais dépensière et lui coûtais très cher, mais qu'il ne pouvait rien me refuser.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;En fait, nous n'allions jamais ensemble dans les pépinières, les plantes étaient commandées, la plupart étaient livrées. Il se montrait très généreux pour le jardin, lequel représentait un énorme budget, mais généreux pour lui. Son besoin de m'y faire travailler en esclave, la réalisation de ce besoin, était à ce prix, et cela ne lui pesait pas. Il exploitait sa terre, comme il disait. Avec mon travail qui ne lui coûtait rien, et la permanente satisfaction ( véritable jouissance ? ) de m'asservir.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il offrit quelques cadeaux, au début, mais il fallait tellement remercier, tellement répéter que oui, cela me faisait très plaisir, que j'appréhendais qu'il m'en fît et fus soulagée quand il n'offrit plus que des plantes. Des semaines après il répétait encore :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je me demande si cela t'a vraiment fait plaisir, tu m'as à peine remercié.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;ou :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu ne mets pas mon collier ( même et surtout si je l'avais porté la veille ) je me demande s'il te plait, c'est dommage.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ou : &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- On en vient à regretter de t'offrir quelque chose.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il fallait réaffirmer que oui, il me plaisait, et remercier encore.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Une de ses ex-femmes, la Numéro 3, avait un jour jeté par la fenêtre du cinquième étage, le stylo précieux qu'il venait de lui offrir. Combien je la comprenais ! Le stylo n'avait pas été retrouvé. Ce geste, qui me fut raconté par sa mère, puis par son frère, confirma les dires d'Hubert Botal lors de son divorce conflictuel, à savoir que cette femme était folle et hystérique.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Nous l'avions bien vu, c'était clair, elle était complètement folle ! dirent-ils tous.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Elle s'est sauvée un jour, après 11 ans, a fui le domicile conjugal, disant que son mari la terrorisait, l'injuriait et la frappait. Bien sûr elle était folle, elle n'avait pas de témoin, nul ne l'a crue. Les personnes qui l'ont recueillie après sa fuite ont témoigné qu'elle était dans un état psychique délabré (mais cela est normal puisqu'elle était folle) et absolument démunie financièrement. Il gagna le divorce, des témoins reconnurent que le couple se donnait des marques d'affection en public. Comment pouvait-il la terroriser? Un homme si charmant ! Des propos injurieux? Des coups? Des menaces? Voyons, il était très gentil avec elle ! Elle était hystérique, bien sûr, folle, elle avait raconté n'importe quoi.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les dernières années, courbée sur la terre, démunie, décervelée, vidée de toute force, pareille à un zombie, je pensais souvent à cette femme, pensant qu'elle seule aurait pu comprendre et m'aider. Oh ! Combien j'aurais aimé la retrouver !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ttt &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;jjj&lt;/span&gt;Dimanche 3 septembre 1995&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;J'ai traité les ronces qui repoussaient le long des haies déjà faites, arraché les petites, dégagé la rivière à nouveau et passé la débroussailleuse plus en amont ( à petites doses cette fois car mon doigt et mon pouce sont encore douloureux des excès de machines du début de semaine ).&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Ai tondu jusqu'à la mare, puis le petit verger du nouveau champs. Devant la beauté qui en résultait, j'ai tondu le grand verger après avoir ramassé l'herbe fauchée et l'avoir mise en tas pour la brûler. Travail énorme. Piégeage de taupes et aplanissement des bosses à la pioche. J'ai les bras et le dos très douloureux suite au bêchage d'hier. Apprendre à diversifier les tâches. Ne pas bêcher ou biner plus de cinq heures de suite. Jeanne a appelé : Elise va avoir deux dents.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;kkk&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;bb&lt;span style="color:#000000;"&gt;Vendredi 3 octobre 1995&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;lll&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Il ne pleut plus et, à part quelques brumes le matin, il fait un temps estival. Moins de champignons, plus de golmottes, mais un premier " pied bleu " sous les aulnes près du pont. Je profite, à contre coeur, du beau temps et traite les ronces et les orties qui ont repoussé le long des haies terminées, de la barrière du haut au bois de la source. Je déteste cela mais... liste H. &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Enfin j'attaque le dernier escalier de l'amphithéâtre avec le déblaiement de l'ancien trou à compost, rempli de pierres ( énormes ) et de glaise. Je fais d'innombrables voyages de brouette et bouche, avec les charges, les trous des bords de rivière. Ensuite l'escalier, avec un amoncellement fou de cailloux ( jetés là autrefois, sans doute, à la suite de la décharge ) que je transporte aussi à la rivière pour refaire son lit qui s'effondre par endroits (souvenir de ragondins). Je réussis à combler l'immense trou près du lavoir.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je garde des pierres pour refaire deux murets, les cailloux enlevés ayant laissé une dépression trop importante, et plante, bien à l'abri, trois abélias grandiflora. Cela rend très bien. A voir avec le temps car j'ai toujours des doutes sur les distances de plantation. Entre mes allers et retours, je pense à l'installation des rhododendrons et azalées mollis, aux immenses trous qu'il faudra faire pour les planter, toujours dans les détritus de décharge. &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;A la nuit, je finis de biner le massif côté Mélèze, jusqu'à l'escalier des Féeries.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;jjj&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;kkk&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Contre toute évidence, il soutenait que je ne " foutais " rien dans le jardin ni dans la maison, que je n'y étais pas ( où étais-je? ), que je n'agissais pas, que j'étais Zéro, nulle et inexistante.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Ces affirmations étaient à ce point ahurissantes ( il y en eut bien d'autres dans le même style ), qu'elles n'auraient pas dû m'affecter. J'aurais même dû en rire tant elles étaient dénaturées et invraisemblables. Mais je n'en ai jamais ri. Ces mensonges hallucinés étaient lancés dans un contexte de violence froide et absurde, avec détails précis et preuves monstrueuses de mon inexistence, qui ne prêtaient pas au rire, mais à la peur.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Je vivais dans le paradoxe et la torture morale, brandis sur moi comme des massues hérissées de mensonges, je m'affolais, courais en tous sens, m'engloutissais dans le travail, seule réalité tangible. Là, j'existais. Dans l'outrance, dans la démesure, le jardin embellissait de jour en jour. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Pourtant, je continuais à penser qu'il fallait travailler davantage, embellir encore le jardin, encore, encore, pour qu'enfin il reconnaisse mon existence. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ggg&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;kkk&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;strong&gt;Les commandements&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;kkk&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Il mentait avec un aplomb tel, niant l'évidence, que cela m'anéantissait. Ou me mettait en colère. Je n'ai pas un caractère coléreux ni violent, je ressasse plutôt, essaie de comprendre, avance en me culpabilisant souvent. Il jouissait lorsque j'atteignais la colère, laquelle frôlait alors le désespoir. Il avait même inventé une chanson dans ce sens, qu'il chantait volontiers devant mes fille et petite fille. Elise la chantait aussi, sans savoir bien sûr ce qu'elle représentait, elle était simplement drôle :&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;" L'embêter, l'embêter&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;cc&lt;/span&gt;lui casser les pieds&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;cc&lt;/span&gt;faire en sorte qu'elle n'en puisse plus&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;cc&lt;/span&gt;qu'elle perde son sang froid... "&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cette fois encore, il banalisait. Il m'embêtait tout simplement, ce n'était pas très grave, on pouvait même en rire. Mais sachant sa bouche tordue, son visage haineux et ses mensonges délirants, ses ordres contradictoires pour être sûr de " m'épingler ", une mauvaise foi qui me laissait haletante, j'entendais ces chansons d'une autre manière. De ma vie je ne m'étais mise en colère de cette façon, je le disais au début, ajoutant même que cela était bon pour moi de m'extérioriser. Pauvre, pauvre, j'étais loin d'avoir compris. Ce n'était que le début, je voulais croire qu'il ne m'apportait que du bien; j'avais confiance, je l'aimais, j'excusais tout.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Avec le temps il sut bien provoquer ma colère, mais ne put jamais déclencher de la violence en moi. J'en suis incapable, en quatorze ans, j'ai au moins appris cela.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Car il essaya de toutes les manières, et à la fin, il la prépara d'ignoble façon ( j'en reparlerai ), pour qu'elle se déclenchât devant témoin, mais il échoua.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ma colère même était minable, je bredouillais, cherchais mes mots, voulais encore me justifier, tandis qu'il continuait le réquisitoire, imperturbable, glorieux, vainqueur. Je ne pouvais pas lutter, j'avais d'avance perdu. Ses prodigieux mensonges devenaient vrais, il avait raison, il savait, il jugeait. Sa bouche alors reprenait sa place. Dans son visage glacé, quelque chose rutilait, marquait la satisfaction, le plaisir. D'un ton froid, il assénait ses dernières vérités, toujours les mêmes : j'étais " une incapable, nulle en tout et faignasse, une puanteur, une salope, une pute, personne ne pouvait m'aimer ".&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les " Nuits " de Xénakis ou les " Fugues " de Bach assistaient au jugement, m'encerclaient, chacals hurlants dans des nuits de cauchemars. Je suffoquais, m'enfuyais dans le jardin, poursuivie par la musique géante, servante de terreur et de mort.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;jjj&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;jjj&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ee&lt;/span&gt;23 décembre 1996 &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ff&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;Il fait froid, - 8°&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;H. est à Nice pour Noël avec ses parents. Les enfants sont au Mexique. Je vois toutes sortes d'oiseaux à la recherche de nourriture, notamment des courlis, des gros derrières rouges non identifiés, des bécasses à la rivière. Les merles, les pics, les geais s'abattent sur les pommes restées au sol. Je place du lard, du pain et des biscuits dans les mangeoires des chèvrefeuilles qui se transforment en volières.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je délimite la suite de la roseraie, dégage les feuilles mortes des érables en grattant fort et débarrasse les conifères nains des vieilles épines. Impossible de travailler le sol durci par le gel, aussi fais-je du nettoyage en hauteur. Les chiens me suivent pour un grand tour de vérification. Lorsque je m'arrête pour regarder les plantes recroquevillées ou les bourgeons gelés, ils prennent la position de l'ours et décrètent que ce temps n'est pas humain !&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Les rosiers en jauge semblent résister, les céanothes, les solanums aussi. Le jardin de l'escalier blanc, que je n'ai pas eu le temps de nettoyer, est dans un état lamentable. &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Tout est silencieux, infiniment gris, glacé. Heureusement mes chiens sont là, ils veulent me lécher la main, j'enlève mon gant pour donner ma peau nue. Mon jardin est partout autour de nous, immobile, enfoui dans l'attente des beaux jours. Mais à quand les beaux jours?&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;hhh&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;jjj&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Il répétait sur tous les tons que le jardin lui appartenait, qu'il pouvait en faire ce qu'il voulait, il menaçait de le passer au round up, ou au broyeur. Je ne pouvais parler de rien, ni m'enthousiasmer, surtout à propos du jardin qui était pourtant toute ma vie, sans qu'il dénigre ou rabaisse aussitôt. Et ceci, à partir de 1999, même en période d'accalmie.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il ne fallait pas montrer des signes de fatigue ou d'épuisement le soir, bras et dos endoloris, mains écorchées après des heures de bêchage, de désherbage, de taille ou de binage, car cela provoquait une immédiate crise de colère. Sa bouche se tordait, il grondait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu ne fous rien de la journée ! Tu ne vas quand même pas avoir le culot de te plaindre !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Je créais une oeuvre qui ne m'appartenait pas, dont j'étais dépossédée psychiquement jour après jour, qui était à sa merci, à propos de laquelle je ne pouvais m'exprimer, ni montrer enthousiasme ou passion, ni être fière, ni la faire découvrir, ni simplement dire que je l'aimais.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Je ne réalisais cela que par à coups, mais quand soudain j'en prenais conscience, je m'arrêtais, pétrifiée, mon coeur battant jusque dans mes tempes. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;J'aurais voulu prendre mon jardin dans mes bras, le tenir serré contre moi, poser ma tête dans son cou... "Mon merveilleux, pourrons-nous nous protéger? Ma beauté, qu'allons-nous devenir?"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;hh&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je ne lui parlai plus de mon travail. Je l'écoutais, pendant des heures, raconter le sien, et surtout la merveilleuse manière dont il dirigeait les employés de sa deuxième société. Je sus ensuite de quelle odieuse façon il les avait traités, comment il en avait véritablement " brisé " plusieurs.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;yyyy&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;lll&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Anne Ménéri et François&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt; Bériot venaient régulièrement passer des week-ends à Ludère. Je les aimais, c'était la fête pour moi quand ils venaient. François, chercheur scientifique, a un caractère doux et tolérant. Hubert Botal le persécutait fréquemment sans toutefois aller trop loin car il voulait garder la relation. Il le persécutait néanmoins. Il se servait devant eux, pour allumer la cheminée, d'articles de chercheurs, en clamant haut et fort : &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Au moins ces papiers auront servi à quelque chose d'utile !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Hubert Botal avait abandonné la voie royale, mais pauvre, de la recherche, pour aller vers l'argent. Il enviait les purs chercheurs, voulait les abattre. Il lançait volontiers devant François des diatribes destructrices contre les instituts de recherche et les chercheurs, disant :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Il faut faire sauter tout ça ! Ca coûte cher et ça ne sert à rien !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il ne tenait pas ce discours devant n'importe qui, notamment pas les scientifiques avec qui il travaillait dans le cadre de sa société. François avait refusé de travailler avec lui et, de par son caractère, était une victime idéale. Il tentait de défendre sa communauté, cependant, il avait d'avance perdu.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ces vexations et sarcasmes étaient fréquents mais de courte durée. Hubert Botal redevenait ensuite tout à fait sympathique. En effet, Anne Ménéri, pianiste professionnelle, lui était utile pour faire, lors de ces week-ends, de la musique de chambre avec lui. Hubert Botal décidait des morceaux à jouer, du temps et des horaires de répétitions. Il ordonnait des promenades et des travaux obligatoires dans les champs. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'avais de la peine pour François, perdu dans ce genre d'activités. Hubert Botal se plaignait d'être obligé de jouer avec lui, pianiste amateur, qui ne possédait pas la virtuosité d'Anne. Hubert Botal aussi est amateur, mais il a une très haute opinion de lui-même.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cette peine, et la tendresse que je ressentais pour eux, j'évitais de la montrer devant lui, sachant que j'étais en infraction. Je ne pouvais aimer, ni être aimée par personne, cela faisait partie des règles à respecter pour vivre avec Hubert Botal, règles au nombre de dix que j'ai un jour écrites et affichées dans la cuisine. Elles y sont restées un certain temps :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;jjj&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;strong&gt;Commandements&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;sss&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;- Ne jamais montrer du bonheur ou de la joie, de la tristesse ou du chagrin devant toi.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;- N'être aimée ni admirée par personne. Ne jamais parler de moi. Admettre que je n'existe pas.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;- Ne jamais montrer d'attirance, de curiosité ou de sympathie pour quelqu'un.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;- Ne jamais te contredire, ni discuter tes ordres, ni réfuter tes mensonges et tes contre vérités.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;- Ne jamais rien te confier, jamais, absolument jamais.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;- Ne jamais être malade, ni fatiguée.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;- Reconnaître ma nullité en tout, mon incapacité à travailler et mes dépenses outrancières.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;- Me plier sans répondre à tes interdictions et punitions, admettre qu'elles sont méritées.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;- Reconnaître que tu as le pouvoir et le savoir absolu.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;- Ne jamais te dire que tu mens.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;vvv&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Cette affiche, pourtant grande, écrite en gros caractères au feutre noir, cette affiche ne le gênait pas. Sans doute était-il satisfait que j'aie enfin compris ce par quoi il fallait passer pour avoir la chance et l'insigne honneur de vivre avec lui. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Il ne la fit disparaître que plusieurs semaines après, juste avant l'arrivée de ses copains invités, la cuisine étant un lieu de passage.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Anne, donc. Elle et François étaient venus à Ludère une dernière fois en juin 1998. La veille de leur arrivée, je n'avais pu m'empêcher de montrer ma joie, et Hubert Botal avait haussé le ton. Je ne pus rattraper ce manquement aux règles. Il les avait dénigrés, blâmés, je m'étais tue, mais cela n'avait pas suffi. Dès leur arrivée, il attaqua, et je compris que cette fois, il irait jusqu'au bout. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Excédés, humiliés, ils rentrèrent avant la fin du séjour, et ne revinrent jamais; Hubert Botal les avait définitivement éloignés de moi. Il pouvait se le permettre puisqu'il venait de dénicher un autre pianiste, Etienne Bredon. Hubert Botal répètera longtemps qu'il n'avait pas perdu au change.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je fus témoin de la façon magistrale, fascinante, avec laquelle, au fil des années, il sut garder Etienne. Compliments, gentillesse, flatteries, intérêt marqué, excuses, jamais d'éclats. Je passais des week-ends tranquilles lorsqu'il venait : j'étais à l'abri.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ambitieux, multi-diplômé, évoluant dans un milieu parisien distingué, Etienne rehaussait son image. Hubert Botal ne manquait jamais de faire son panégyrique chaque fois que nous avions des invités.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Etienne se montra toujours agréable avec moi, je pouvais m'exprimer devant lui, parler de moi et du jardin, Hubert Botal était prévenant et laissait faire. Nous donnions l'apparence d'un couple aimant. Etienne fut le seul à encore venir à Ludère alors que j'étais enfermée dans la petite chambre du fond; il ferma les yeux sur les humiliations et cruautés dont il fut le témoin et je sus alors combien Hubert Botal l'avait choisi à son image, j'en reparlerai.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;En octobre suivant, Anne Ménéri m'écrivit qu'elle ne voulait plus rencontrer Hubert Botal, elle terminait par ces mots : " Je t'aime pourtant, pour des tas de raisons "...&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Nous ne nous revîmes pas mais nous nous téléphonions parfois, quand il était absent. Je demandais à Anne de revenir. Je ne lui parlais pas des violences subies, je n'en parlais à personne, mais je voulais l'entendre pour qu'elle me donne de la force; elle avait traversé des épreuves terribles et en était sortie vivante. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Anne devinait ma peine, me répétait de venir à Paris, mais je ne pouvais pas, j'étais comme ligotée, bâillonnée. Tous les jours, à l'aube, je courais dans mon jardin, travaillais jusqu'à la nuit. &lt;em&gt;Mon inouï, ma beauté.&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;bbb&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;ddd&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ccc&lt;/span&gt;Jeudi 26 juin 1997&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;ccc&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;Il est tombé 51 mm d'eau entre la nuit dernière et ce jour. La rivière est en crue avec descente d'un torrent d'eau de ruissellement sur mes Ghislaine de Féligonde qui tiennent bon pour l'instant, leurs racines crispées sur les pierres. Le lavoir déborde, la rivière est folle, j'espère que les cailloux tiendront. Un début de torrent dans le bout de l'amphithéâtre et des nappes d'eau un peu partout, notamment sur les rhododendrons et les anglaises blanches au bas de l'escalier. Un vrai déluge, de l'eau dévalant sur la route et toutes mes roses écroulées, le nez au sol détrempé !&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;nn&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;uu&lt;/span&gt;Vendredi 4 juillet 1997&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;jjj&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;Enfin du beau temps ! Je n'en pouvais plus. Toutes les cerises sont pourries, même les oiseaux n'en veulent plus. Les petits pinsons du chèvrefeuille sont morts et n'auront pas vu beaucoup le soleil. J'ai le coeur serré de cela et de tant d'autres choses. La mort. Les parents les ont nourris et protégés de la pluie du mieux qu'ils pouvaient, mais le chèvrefeuille, touffu en avril, s'était trop dégarni ( sècheresse du mois de mai ? ) et n'offrait plus de protection.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je regrette de n'avoir pas, malgré tout, installé un toit au-dessus du nid. Je l'avais envisagé mais avais craint l'instabilité avec les rafales de pluie, et la désertion des parents déjà affolés par le déluge. Il n'avait pas autant plu un mois de juin depuis longtemps.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Les roses sont pourries, surtout les anciennes; étalées sur les branches, elles sèchent maintenant sous le soleil, raidissent et craquent comme du papier décoloré. Je lutte, en taillant, contre une attaqe d'oïdium. A retenir car ce sont les premiers atteints : Zéphirine Drouin, Mme Pierre Oger et Reine Victoria, Mme Isaac Perreire, Sir Edward Elgar, Jayne Austin, les Iceberg, les Glamis Castle et Winchester Cathédral. Ceux-là dans les massifs du haut. Demain, à la première heure il faudra vérifier les autres, les gimpants aussi.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je comble les drainages faits dans l' urgence aux magnolias et qui ont découvert leurs racines. Je ramène de la terre et paille tant et plus.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;L'herbe pousse à la folie. Finir au plus vite le gros du nettoyage et reprendre les tontes en urgence. Les jours ne sont pas assez longs !...&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;jjj&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Nous avions un abonnement au théâtre d'Orléans ( six spectacles par an ) et nous allions de temps en temps au cinéma, Hubert Botal choisissait seul les spectacles et les films, aucune discussion n'était possible. Je m'y habituai avec le temps, mais le théâtre me devint pénible car il s'agissait essentiellement de concerts.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;hhh&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Au fil des années j'appris, avec Hubert Botal, à haïr la musique. Implacable, la musique orchestrait la violence, elle précédait, accompagnait les menaces, elle exultait dans les insultes.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Elle oppressait, elle tirait vers la désespérance, elle sonnait la mise à mort. Elle traquait dans tous les recoins de blessure, on ne pouvait y échapper. C'était lui, Hubert Botal au pouvoir absolu, le maître qui dirigeait. Robert Schumann, Stravinski, Beethoven, Varèse, Schönberg, et même les oiseaux d'Olivier Messiaen, devenaient des armes totales brandies dans ses poings tendus. Les chiens ne s'y trompaient pas, aplatis sous la table, pétrifiés, dès qu'il se levait pour pousser à fond le bouton de la chaîne stéréo. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Les fugues de Bach qu'il jouait au violon, tant aimées autrefois, devenaient harpies, rapaces qui s'abattaient sur ma chair. Les premières notes de ces fugues me mettaient en alarme, déclenchaient angoisse, affolement, et provoquent encore aujourd'hui de la souffrance.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;hhh&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les trajets pour nous rendre au théâtre étaient rebutants car Hubert Botal est un conducteur hargneux, extrêmement agressif au volant. J'eus souvent peur à ses côtés mais ne refusai jamais de l'accompagner : je n'avais d'ailleurs pas le choix, il était indispensable que je sorte " un peu "; il parlait beaucoup de nos sorties autour de lui, ainsi elles paraissaient innombrables, ( il agissait de même pour les soldes ), mais je ne compris réellement ces mises en scène que beaucoup plus tard. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il roulait trop vite. Je pensais que ma place était auprès de lui, j'espérais ainsi le protéger, le défendre. Je l'excusais de tout, je l'aimais, ma propre vie perdait peu à peu de l'importance; si un accident devait survenir, j'étais prête à me sacrifier pour qu'il vive.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Parfois je l'imaginais mort, je voyais le cercueil fermé au fond du trou et entendais une voix qui venait de l'intérieur. C'était lui, c'était sa voix qui grondait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Sors-moi de là ! Tu entends ! Sors-moi de là tout de suite ! Qu'est-ce que tu fous quand je t'appelle? Sors-moi de là !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Imaginer cela m'était insupportable, je préférais mourir à sa place. C'était lui qui devait vivre, pas moi.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;nnn&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;jjj&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;strong&gt;La fuite&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;vvv&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Août 1998&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;En vacances, présent tout le jour, Hubert Botal se déchaîne contre moi. C'est à cette époque qu'il commença ( entre autres agressions ) à me lancer du café au visage :&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;- Estime-toi heureuse, il n'est pas bouillant ! Mais ça viendra !&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je le guettais dès qu'il avait une tasse à la main, prête à m'enfuir. J'essayais d'éviter les repas, mais il entrait alors dans une telle rage, avec menaces de plus en plus précises, que je revenais, réellement affolée. Il se montrait alors très gentil, quelques heures, puis m'insultait à nouveau, sans que je susse précisément pourquoi. La musique résonnait à fond en permanence, son violon envahissait tout, même mon jardin ( il jouait dehors ) ce qui ajoutait à mon angoisse.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Après deux semaines de ce traitement, réfugiée dans le grenier, en proie à une folle désespérance, je mets quelques affaires dans un sac et pars à Blois chez Joëlle, sorte d'amie gardée depuis plus de vingt ans, par épisodes. Joëlle est la seule de mes anciennes amies qui continue, de temps en temps, à me rendre visite à Ludère. Hubert Botal me la concède. Elle n'est pas dangereuse, ne le contredit jamais, l'écoute, le complimente; lui la flatte et l'encense volontiers, la manipule. Ce n'était pas une vraie amie. Joëlle avait une fois amené sa soeur, laquelle, horrifiée par le personnage, n'était jamais revenue. C'était ce qu'il voulait et Joëlle ne s'était pas posé de questions.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;nnn&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Je m'interroge encore sur ce fait : Pourquoi m'étais-je réfugiée chez Joëlle, sachant que, toute acquise à Hubert Botal, celle-ci ne me croirait jamais si je tentais de lui dire la maltraitance? Pourquoi ne pas être allée chez Anne Ménéri ou Hélène Risant, ou une autre vraie amie qui, malgré l'éloignement et l'absence de contacts des dernières années, m'aurait peut-être amenée à parler, à enfin briser le silence dans lequel j'étais enfermée? Une amie qui m'aurait crue et m'aurait aidée.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;J'allai chez Joëlle car, en réalité, je ne voulais pas parler. Je savais qu'en brisant le silence, je briserais la belle image du couple donnée aux yeux du monde et qu'Hubert Botal exigeait de préserver. Le couple, alors, éclaterait. Je ne voulais pas cela, ce n'était même pas imaginable.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Mon jardin, travaillé follement depuis tant d'années, commençait à prendre forme, à devenir tel que je l'avais imaginé et rêvé. J'étais en pleine création, la roseraie, les lilas, le lavoir... J'étais incapable de faire autre chose.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Je ne voulais pas quitter Hubert Botal, je refusais de perdre mon jardin (cette idée même me glaçait, je m'immobilisais, terrifiée, mon coeur battant jusque dans mes tempes, déraillant, hurlant jusqu'à mourir ). Même dans la violence, même dans les menaces de mort, je voulais poursuivre cette oeuvre qui était au centre de tous les chantages.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;kkk&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je m'enfuis, sachant que je ne donnerais à personne les vraies raisons de cette fuite. Je voulais qu'il cesse les violences et comprenne que j'étais capable de partir s'il continuait. Pauvre, pauvre. En m'enfuyant chez Joëlle, je n'allais pas bien loin, ne l'inquiétais pas beaucoup. Hubert Botal savait que Joëlle ne ferait rien contre lui, au contraire. Ma fuite fut un appel au secours, mais je n'allai pas chez la bonne personne.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je pars donc, et lui laisse un mot dans la cuisine, disant que je n'en peux plus d'être ainsi traitée, qu'étant nulle, fainéante et inutile, je ne devrais pas beaucoup lui manquer.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il appelle aussitôt pour me retrouver, c'est rapide car je ne vois plus personne depuis des années. Il y a Jeanne, ma fille, et Joëlle. Il ne se trompe pas.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il laisse des messages désespérés à ma fille, puis lui parle de la même manière :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Jeanne, je ne comprends pas ce qui se passe. Je suis perdu, je suis malheureux. Ta mère est partie, je ne sais pas pourquoi. Je suis très gentil avec elle, tu sais bien, je l'aime tant. Elle fait une dépression nerveuse, une vraie dépression nerveuse.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il insiste. Ce n'est pas la première fois que Jeanne reçoit des appels de ce genre ; quand je reste trop longtemps dans le grenier, il l'appelle aussi. Jeanne sait que je ne fais pas de dépression nerveuse, mais comprend que je suis malheureuse. Je l'appelle pour la rassurer, mais ne sais quoi lui dire, je ne veux pas révéler la vérité, c'est trop difficile, et je ne veux pas quitter Hubert Botal, je ne veux pas mettre mon couple en péril, je ne veux pas quitter mon jardin.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Hubert Botal tient sans doute le même discours à Joëlle, qui entend beaucoup mieux ses appels déchirants. Je n'ai jamais su la teneur de leurs propos, Joëlle ne formule rien, elle élude. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je suis chez elle avec mon sac que je ne déballe pas, je bredouille, je pleure, elle est devant moi, me regarde, m'observe, semble se demander ce que je fais ici au lieu d'être auprès de mon mari qui m'aime tant. Je me sens alors cernée d'étrangers menaçants et, malgré tout, en insécurité totale loin de mon jardin. Comme une prisonnière qui ne sait plus vivre en dehors de sa prison. Où es-tu mon merveilleux ? Comment pourrais-je t'abandonner ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je l'appelle, lui, le soir même.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il ne fait bien sûr aucune excuse, ne reconnaît rien des violences en tous genres ni des cruautés, comme toujours, c'est moi qui suis fautive. D'un ton glacial il m'explique que je devrais avoir honte " honte !" d'être partie alors qu'il était sur son tracteur et passait le broyeur dans les champs. Ma fuite ne le touche pas, seul le moment choisi pour déserter le scandalise. Cela lui permet d'ignorer la vraie raison de la fuite, qu'il n'aborde pas, et de m'accabler encore en toute impunité.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je suis " ignoble ! immonde !" Il le répète, il insiste, il accuse, il en est grandement offensé, outragé :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu es ignoble d'être partie alors que j'étais sur mon tracteur !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Des années plus tard, cette réflexion me laisse encore pantoise.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il est bien trop gentil, poursuit-il, et j'en profite. Si je pars, il n'aura aucune peine pour me remplacer, et payer des gens pour la maison et le jardin. Dans ce cas je n'aurai rien, et surtout pas mon jardin. Que je n'oublie pas ! Jamais ! Le jardin est à lui, il en fait ce qu'il veut, il peut le détruire, le passer au " Round-up " ou au broyeur ! De plus, profère-t-il, comme je suis incapable de travailler, il n'ose penser à ce que je vais devenir !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- La rue pour toi ! hurle-t-il, la rue !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je suis anéantie. Je n'ai pas d'argent, ne sais comment m'échapper, refuse de laisser mon jardin, ne veut parler de rien à personne, j'ai honte. Et si je sors du silence, si je réussis à parler, qui me croira ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La nuit, dans un lit chez Joëlle, je me sens perdue. Il n'admet rien, ne s'excuse de rien, si je reviens tout continuera comme avant, empirera sans doute; les poings menaçants s'abattront, moins redoutables que les insultes, le langage ordurier, les humiliations. Qu'avais-je espéré?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je fus très lucide cette nuit-là, mais pas au point de m'enfuir à nouveau et d'aller me réfugier chez une vraie amie, à qui j'aurais pu parler enfin, pour pouvoir le quitter.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Au matin, tétanisée, décervelée, brisée, je me sentais incapable de reprendre un travail quelconque, je me répétais ( comme il le répétait ) que je ne savais rien faire. J'étais coupable, responsable de tout, j'avais peur, et, cela peut paraître invraisemblable, n'avais qu'une envie : aller me jeter aux pieds d'Hubert Botal, lui demander pardon, et retrouver mon jardin, ma beauté, ma plénitude.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;hhh&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Je me sentais aussi démunie et désespérée qu'à certaines périodes de mon enfance, caressais une petite cicatrice sur une veine bleue de mon poignet. N'allais-je pas, comme alors, garder en permanance une lame de rasoir dans ma poche pour pouvoir échapper, au cas où les choses deviendraient trop difficiles ?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Tout comme alors, il m'était impossible de partir. J'avais voulu, j'avais essayé et étais partie seule sur la route. Pourtant j'étais revenue, au milieu de la nuit, j'étais revenue. Il n'y avait pas d'issue. Quand j'avais huit, onze, treize, quinze ans, il n'y avait pas d'issue non plus, je ne pouvais pas m'enfuir, je n'étais capable de rien.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;J'avais lu quelque part, et noté : " Quand on a sept ou onze ans, il est moins effrayant de se considérer comme un raté décevant, indigne d'amour, que d'admettre que l'on vit avec un monstre."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Mais comment est-il possible qu'à l'âge adulte, lorsque l'on a un métier et des enfants, on puisse encore considérer les choses de la même façon ? Toute la vie, les joies, les épreuves, les naissances et les deuils, les choses dans la tête qui sont devenues des livres, des expériences en pagaille, tout cela n'empêche pas que l'on éprouve la même honte à dire, à reconnaître, la même volonté de cacher, quitte à y laisser sa peau.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Je ne pouvais plus quitter Hubert Botal. C'était trop tard, il eût fallu m'enfuir dès le début, à la première insulte, à la première gifle. &lt;/span&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;La femme que j'étais, libre de faire des choix, indépendante, disparaissait, laissait place à la " chose " d'Hubert Botal.&lt;/span&gt; &lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;J'étais incapable de gagner ma vie, incapable de faire un pas à l'extérieur de mon jardin. Au dehors, tout me faisait peur.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Une ombre géante planait sur moi, son Ombre : il était inconcevable que je puisse me dresser contre lui, l'accuser, le montrer au monde tel qu'il était.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;jjj&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je revins à Ludère le lendemain matin. Ma fuite n'avait pas été longue, et ratée.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Hubert Botal m'accueillit avec son discours habituel :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu as fait ta méchante, ce n'est pas bien de faire sa méchante, tu as de la chance, j'ai beaucoup de patience avec toi. Tu es dépressive, fatiguée sans doute, ce n'est pas grave, ça arrive à tout le monde d'être fatigué...&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Une fois de plus j'étais fautive, mais on allait me pardonner. Puisque j'étais fatiguée, il m'offrit cinq heures d'aide-jardinier par semaine. Son discours était logique, et surtout, surtout, c'était une façon de me relancer vers le jardin. Immédiatement, il me parla de la taille urgente des buis; il m'en parla avec gentillesse, revenant sur ma fatigue, essayant de la comprendre, ajoutant en souriant, comme pour me taquiner :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu as perdu une journée avec tes bêtises.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;sss&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Il était prudent, et gentil, compréhensif. Il avait senti souffler un vent défavorable, craignait que je cesse de travailler, que je réduise, et qu'ainsi je sorte de l'esclavage dans lequel il me tenait à merci. Il était indispensable que je me remette au travail en urgence, et bien sûr, devant tant de gentillesse et sans rien comprendre, aveugle aux manipulations, je m'y remis avec plus d'ardeur encore. Pauvre, pauvre.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;J'étais fatiguée. Pour qu'elle autre raison aurais-je voulu m'enfuir ? Il était tellement gentil avec moi.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ccc&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Après cet épisode, je ne suis plus jamais partie. Je m'enfuyais dans le jardin et rentrais quand la nuit devenait froide. J'étais inapte à partir, définitivement. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Et mon retour, ma défaite, le confortèrent, lui, dans l'idée du pouvoir absolu qu'il avait sur moi, accroissèrent ce pouvoir. Car dans les mois qui suivirent, il augmenta d'un cran la violence, lors de crises qui survenaient sans raison apparente, avec humiliations décuplées, violences physiques, langage ordurier devenant constant à cette époque et s'aggravant jusqu'à la fin, entrecoupées de périodes d'accalmie durant lesquelles les sarcasmes, la dérision et le mépris s'infiltraient fréquemment, dits sur le ton de la plaisanterie ou lancés avec un timbre de voix glacial au cours des monologues glorieux qui tenaient lieu, souvent, de conversation. La contradiction, ou toute réponse non conforme, devenait impossible, sous peine de dénigrement immédiat déviant du sujet abordé.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'étais partie, et revenue le lendemain. J'avais accepté les conclusions concernant ma culpabilité, à savoir que j'étais dépressive et fatiguée, et reconnu que lui était " très gentil ", ainsi qu'il le chantait plus que jamais. J'avais montré implicitement que j'étais liée à lui quoiqu'il arrive.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;uuu&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;l&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9031899281444699341-7730220407359410423?l=crisdansunjardin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/feeds/7730220407359410423/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9031899281444699341&amp;postID=7730220407359410423&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/7730220407359410423'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/7730220407359410423'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/2008/02/jardin-mon-inou-mon-merveilleux.html' title='4 - Jardin mon inouï, mon merveilleux'/><author><name>Salvia</name><uri>http://www.blogger.com/profile/09212169517391202046</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9031899281444699341.post-5995139299735585098</id><published>2009-01-15T10:15:00.000-08:00</published><updated>2009-02-10T11:06:13.913-08:00</updated><title type='text'>5 - Les enfants, mes petits dans la tourmente</title><content type='html'>&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;uuu&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Après cette fuite ratée, il accorda une période d'accalmie qui dura exactement dix-sept jours. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Je m'étonne encore, plus que jamais, de la facilité avec laquelle je reprenais confiance durant ces périodes. Après deux ou trois jours de charme et d'amour, je pensais : " Il a eu peur, il a perçu que j'étais capable de le quitter et cela l'a fait réfléchir. Il tient suffisamment à moi pour changer... Il le sait à présent, il ne peut pas aller trop loin, il existe des limites à ne pas dépasser..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Pauvre, pauvre.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Depuis huit ans, je me débattais dans les mêmes entrelacs, les fils de la toile monstrueuse : malgré des attaques en tous genres d'une férocité croissante, dès qu'il me montrait un peu d'amour j'oubliais tout, excusais tout et retombais dans ses bras, oubliant qu'au bout des bras il y avait des poings.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Je n'avais toujours pas compris ( mais comment aurais-pu imaginer cela ?) qu'il suivait un plan, conscient, aboutissant à ma destruction. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Idiote, j'espérais, et me tenais coîte, multipliais tous les travaux qui pouvaient lui faire plaisir, rien ne me rebutait. Bien sûr il ne remerciait jamais, ne complimentait jamais, mais il voyait néanmoins la beauté du jardin puisqu'il s'en glorifiait auprès de ses amis.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je voulais faire durer cette période, l'écoutais le soir pendant des heures, l'approuvais, le félicitais. Cela pour dix-sept jours de normalité.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'appelai Jeanne et la suppliai de revenir avec Elise. Jeanne et Benoît, son mari, avaient juré, après l'effrayante scène du Nöel précédent, qu'ils ne reviendraient jamais à Ludère. J'affirmai qu'Hubert avait changé, que tout allait bien. Il est vrai que cette période de dix-sept jours qui suivit ma fuite ratée fut particulièrement calme et lumineuse.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Avec amour, il m'engluait à nouveau bien sagement dans sa toile.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Jeanne accepta. " Je reviens pour toi, disait-elle, seulement pour toi ". Benoît, humilié, écoeuré par le personnage, ne revint jamais à Ludère.&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;r&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Elles vinrent donc toutes les deux et là, miracle, Hubert Botal avait acheté un jouet à ma petite fille. Il ne lui donna pas le jouet, mais le déposa sur un fauteuil&lt;/span&gt; et le lui désigna. Je revois encore Elise, son petit visage ébahi, venant me chercher car elle n'osait pas toucher le clown en tissus offert, n'osait lever les yeux vers cet homme qu'elle ne connaissait que de loin, apeurée, perdue. Elle avait trois ans. Hubert Botal ne l'avait jamais regardée. Puis il la prit par la main, fit un grand tour de jardin avec elle. En rentrant, il déclara :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Elle est adorable cette gamine, je me demande pourquoi vous m'avez embêté pendant des années avec elle !&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;i&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;La faute était sur nous, mais soit, il avait décidé d'accepter Elise. A cet instant, cela me conforta dans l'idée que ma fuite ratée avait quand-même servi. Mais je me trompais.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;En fait, il avait calculé qu'à long terme, il ne réussirait pas à me séparer de mes enfants. Si elles ne venaient plus à Ludère, j'irai leur rendre visite à Paris; je l'avais déjà fait trois fois depuis Noël malgré lui et mon manque d'argent pour le train. Que je sorte de la maison et du jardin, même pour des allers-retours rapides, n'était pas supportable. Il était plus simple d'accepter Elise.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dès sa naissance, et jusqu'à ce jour d'août 1998, il avait refusé Elise à Ludère avec une agressivité anormale, incompréhensible, qui rejaillissait, heureusement, en grande partie sur moi seule. L'enfant accaparait-elle trop les conversations ? Prenait-elle trop de place à son goût ? Je ne sais. Mais les trois premières années d'Elise furent porteuses d'angoisse et de peur pour moi ( je ne peux évoquer ces années sans avoir encore le coeur éclaté ), au point que j'inventais mille excuses pour ne pas l'avoir seule à Ludère. Jeanne et son mari ne prirent pas conscience, au début, de mes difficultés à m'occuper d'Elise lorsqu'ils me la confiaient, je ne disais rien.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Devant eux, sans jamais participer, Hubert Botal acceptait néanmoins que l'on prenne soin ou parle de l'enfant, bien que le plus souvent il s'éloignât dès qu'il était question d'Elise. A table, une fois l'enfant couchée, plus que jamais il imposait de retrouver son royaume et les sujets qui écoutaient.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Mais lorsque j'étais seule avec elle, il n'acceptait rien. Le dimanche soir, quand je voyais les enfants partir, l'idée d'une semaine avec Elise et lui me mettait dans l'angoisse. Il refusait que je m'occupe de l'enfant en sa présence; à son retour, il fallait que tout soit terminé et qu'elle soit au lit. Il m'interdisait de me lever si Elise pleurait. Il hurlait qu'elle sentait mauvais :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Qu'est-ce que tu lui mets pour qu'elle pue comme ça !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il ne supportait pas l'odeur des produits de toilette pour bébé, ou peut-être même l'odeur des bébés car je constaterai, au fil des années, combien toutes les odeurs de corps lui répugnent.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je faisais manger Elise avant son retour, mais si elle n'avait pas terminé, il s'énervait, mettait la musique à fond. Je voyais venir la colère, m'affolais davantage, jusqu'à en avoir des crises de vomissements. Je voulais épargner Elise, y parvenais au prix d'une soumission totale qui me laissait pantelante. Je sombrais dans une angoisse insurmontable.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La nuit, lorsque l'enfant pleurait et appelait, il m'empêchait de me lever, me tenait les bras en me tirant et criait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Laisse-la gueuler !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ses cris effrayaient l'enfant qui hurlait davantage. Je me débattais et me levais quand-même. Il continuait à crier ( il ne vint jamais me chercher dans la chambre d'Elise, il craignait tous les regards de témoin, même ceux d'un tout petit ), Elise me serrait très fort, voulait que je reste près d'elle.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Quand elle sut parler, elle demandait en tremblant :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Qu'est-ce qui crie, qu'est-ce qui crie ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Ce n'est rien, lui disais-je, c'est Hubert, rendors-toi, je reste là.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Peu à peu, Jeanne et benoît découvrirent le rejet d'Hubert Botal pour leur enfant et ma peine lorsqu'ils me la confiaient. Il accusait sans cesse, tenait de savants discours sur l'éducation ( il n'a jamais élevé d'enfant, j'en rends grâce ), lui savait, répétait-il, il fallait l'écouter, faire comme il disait, punitions et fessées : nous étions responsables des pleurs d'Elise la nuit, avions multiplié les erreurs depuis sa naissance, étions coupables de tout avec cette enfant.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Durant l'année 1997, Hubert Botal décréta qu'Elise, une fois pour toutes était hors sujet, hors propos, en un mot qu'elle n'existait pas. Il disait d'un ton glacial, de son mètre quatre-vingt et portant haut la tête :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je l'ignore !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Et avait trébuché une fois sur elle qui jouait à quatre pattes sur le tapis. Cela aboutit à une violente scène lors des fêtes de fin d'année 97, durant laquelle il insulta et humilia les enfants. Ils se défendirent, Jeanne notamment osa lui dire ce qu'elle pensait de lui, et ce ne fut pas tendre. Puis ils partirent en jurant de ne jamais revenir, je pleurai pendant des jours.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Elles étaient revenues et ce matin-là, il montra qu'il acceptait Elise; tout était prévu, il avait acheté le cadeau dans ce but. Il entreprit, à partir de ce jour, de plaire à l'enfant et de se faire aimer d'elle. Il répétait qu'elle était une " taureaude ", tout comme lui était un " taureau " et donc, qu'elle lui ressemblait. Il insistait beaucoup sur cette ressemblance. Elise, voyant combien cela lui faisait plaisir, aussi parce qu'elle admirait tout en craignant, participait à démontrer et à affirmer cette ressemblance. Bien qu'ayant un caractère fort, Elise est très affectueuse, claire et sans ambiguïté aucune dans ses rapports avec les autres.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Hubert Botal, très vite, ne se lassa plus de vanter les qualités d'Elise, qualités considérées comme siennes avec un aplomb paternel formidable. Il intervenait dès que Jeanne ou moi faisions preuve d'autorité.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Vous n'allez pas enfin la laisser tranquille cette gamine !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ou :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- C'est une taureau comme moi, il ne faut pas l'embêter, c'est tout !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il découvrit un jour qu'Elise dansait bien sur la musique classique obligatoire, omniprésente dans la grande salle lors des repas et des soirées. Le son était normal alors, il baissait volontiers si on le lui demandait. Pourtant, même en sourdine, même en présence de témoins devant lesquels la violence ne pouvait se déchaîner, la musique souillait ma chair et mon cerveau, alarmante.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Danse Elise, danse ! disait-il.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Elise dansait, il la dirigeait, l'arrêtait si elle perdait le rythme :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Applique-toi, écoute bien la musique.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La petite dansait jusqu'à la fatigue, jusqu'à la nausée, elle voulait lui plaire et être félicitée. Après l'avoir encouragée à l'excès, il cessait de la regarder, prenait ostensiblement un journal. Elise continuait à danser, puis s'arrêtait soudain :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je suis fatiguée, s'excusait-elle, j'ai mal au coeur.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu n'es pas obligée de danser, disait Jeanne.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ces séances commençaient à l'irriter. Hubert Botal le perçut et cessa de faire danser Elise, en répétant combien il était dommage de ne pas exploiter le don naturel de l'enfant. Lui l'aurait fait bien sûr, jusqu'à la déstabilisation, jusqu'au dégoût.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je remercie encore la providence de n'avoir pas fait naître d'enfant de notre union, malgré le désir et les espérances du début.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il y eut aussi quelques soirées de monstre qui riait trop fort, ce n'était qu'un jeu bien sûr : le monstre poursuivait l'enfant.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le rire et la voix devenaient intenses, caverneux, éclatant de force contenue, Hubert Botal était rouge et semblait ne plus pouvoir s'arrêter. Elise riait en courant, puis riait jaune et nous rejoignait, Jeanne et moi, dans la cuisine. Le rire du monstre continuait, énorme, menaçant. Je voulais qu'il cesse, je ressentais une étrange inquiétude. Nous rangions la cuisine, soudain silencieuses. Puis :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Ce n'est qu'un jeu...&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Oui, mais c'est trop fort.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Lorsque Elise revenait vers nous, ne sachant plus s'il fallait encore rire, nous lui disions de cesser et faisions diversion. Lui continuait encore un moment, seul, puis finissait comme un ballon qui se dégonfle. Nous intervenions rarement, trop heureuses du miracle qui s'était accompli, impossible à imaginer durant les trois premières années. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;A cette époque, arguant du fait qu'il avait accepté Elise, je demandai à Jeanne de " supporter " Hubert Botal, de ne pas répondre à certains propos écrasants ou de dérision envers les autres, tenus devant elle, de laisser dire pour le bien de tous. Jeanne fit de son mieux durant les années qui suivirent, mais écourta cependant des séjours, certains discours étant pour elle inacceptables. Elle répliquait mais évitait la prolongation des éclats. En cas de contradiction, elle savait qu'il hausserait le ton et multiplierait les agressions verbales jusqu'à sortir vainqueur. Elle quittait la table ou s'éloignait pour ne pas prolonger une discussion que je reconnaissais moi-même aberrante ( mais à laquelle j'étais habituée ) tournant trop autour de sa gloire et de son génie, de son auto-célébration, de sa façon péremptoire d'abaisser ou d'abattre les autres.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cependant, durant les années qui suivirent, il se montra dans l'ensemble plaisant avec Jeanne. Il y eut bien quelques éclats qui la firent prématurément rentrer à Paris, mais il débordait de charme lorsqu'elle revenait, multipliait compliments et gentillesses, il voulait lui plaire et se montrait agréable. Il me montrait également beaucoup d'amour, de la tendresse, des attentions. A chaque fois, je recommençais à espérer.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il acceptait aussi que nous allions, avec Elise, nous promener ou faire des courses l'après-midi, ce que Jeanne trouvait normal mais qui m'inquiétait beaucoup. Jeanne n'imaginait pas combien sortir de la maison et du jardin était compliqué pour moi.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu sais, je viens pour toi, me répétait-elle. Je le supporte mal mais je fais bonne figure pour que nous puissions nous voir. Je ne sais pas comment tu peux vivre avec lui.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Elle n'était pas dupe. Mais elle était loin d'imaginer comment je vivais vraiment, quand elle partait et que la porte se refermait sur nous deux. Je ne racontais rien, je le défendais lorsque Jeanne percevait certains comportements " anormaux ". J'étais heureuse lorsqu'elles venaient, je cachais mon angoisse.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'avais peur. Peur d'être en retard, peur d'oublier une chose demandée sur les listes, peur de lui déplaire d'une quelconque manière, ce qui entraînerait les colères et ferait fuir ma fille à nouveau. Jeanne aussi avait peur, pour moi, pour ce qui adviendrait si je n'appliquais pas les règles : elle vérifiait l'heure sans cesse, récapitulait ce qu'il voulait, annoncé haut et fort dès le début de la journée, " Son Programme " sur lequel nous nous alignions et qui réglait toutes nos minutes. Peur aussi à cause des bouquets ramenés à Paris.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le jardin débordait de fleurs sur trois hectares et pourtant, il refusait qu'elle en emporte. Il s'agissait pourtant de fleurs plantées et cultivées par moi, j'étais heureuse et fière de les donner. Il interdisait cela. Il y avait des milliers de roses, de narcisses au printemps, les immenses massifs de plantes fleuries ; mais tout lui appartenait, en prenant des fleurs, on le dépouillait, même si cela ne se remarquait pas tant il y en avait ; cela l'énervait, il le proférait ou lançait des regards glacés. Nous nous cachions donc pour faire le bouquet et l'emporter à son insu. Jeanne avait toujours peur en emportant ses fleurs, elle avait peur pour moi qui restais.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Elle savait Hubert Botal tyrannique, caractériel, imbu de lui-même jusqu'au délire, mais elle ne pouvait imaginer la manière dont il me traitait ( et comment peut-on imaginer, sous couvert d'amour, la destruction organisée d'une personne ? ). Devant elle, comme devant les autres, il dissimulait son vrai visage. Cependant, au fil des années, Jeanne perçut que je ne disais pas tout. Elle me vit sombrer peu à peu.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Hubert Botal était persuadé que Jeanne l'aimait et l'admirait. Il le proclamait souvent, se mettait même parfois sous sa protection, contre moi. Il lui faisait confiance et demandait son avis à propos d'achats pour la maison ou vestimentaires pour lui, ajoutant toujours que moi, je ne savais pas faire.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu achèteras ça avec ta fille, disait-il, elle, elle saura.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il lançait souvent des petites phrases devant elle, en riant bien sûr, presque avec tendresse, j'étais petite, sourde, je ne comprenais pas :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu sais bien, elle ne comprend rien.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il agitait la main comme pour m'éloigner en lançant :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Va, va, ce n'est pas grave, on t'expliquera plus tard.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Et, concluait-il :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- De toutes façons elle n'entend pas !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il en disait un peu plus devant Joëlle, lorsqu'elle venait à Ludère, sachant qu'elle ne s'en offusquerait pas, et devant bien d'autres personnes qui, sans doute, ( parce que dans le même temps il déployait et clamait tout son amour pour moi ), n'y ont rien vu de mal.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il allait parfois beaucoup plus loin dans ce genre d'apostrophes à mon égard lorsqu'il se sentait soutenu par une personne présente. Devant Mickaël, l'aide-jardinier qui arriva en 2000, il ira même très loin, j'en reparlerai.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Parfois je répliquais et il lançait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- En plus, tu n'as pas le sens de l'humour !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Que dire de plus, que répondre ? C'était psychiquement très éprouvant car je savais ce que ces petites phrases voulaient réellement dire et comment elles s'amplifiaient, devenaient avilissantes avec parures ordurières dans le privé.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Pour qui n'est pas harcelé jour après jour par le dénigrement, le rabaissement systématique, ces petites phrases peuvent paraître anodines, elles sont dites sur le ton de la plaisanterie, presque avec tendresse, mais elles blessaient au coeur. C'était encore une manière de m'abattre, comme cela, gentiment, devant des personnes que j'aimais ; sans que nul ne s'en aperçoive.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Jeanne percevait-elle tout cela? Il était particulièrement charmant et charmeur devant elle. Un soir, je les ramenais à la gare, elle et Elise, et déclarai, alors que nous marchions sur le quai :&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu vois, les choses s'arrangent avec Hubert, il a été gentil ce week-end.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Jeanne stoppa net, laissa tomber ses sacs et lança :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Mais Maman, tu ne vois donc pas comment il te traite !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Elle criait presque. Je ne sus quoi répondre, le train arrivait. Que s'était-il passé ? Je n'avais rien vu, rien perçu. Avais-je alors un seuil de tolérance très élevé, comme me le dira plus tard Florence au cours d'un Groupe de Paroles ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je le trouvais tranquille en général devant Jeanne, il déployait séduction et ravissement, surtout les dernières années. Comme si plus il s'acharnait contre moi, plus il fallait donner le change ; ainsi, comment Jeanne pourrait-elle me croire si je m'avisais de parler, de dévoiler son vrai visage ? Il y eut bien quelques scènes sévères de remise en forme de l'autorité absolue, cela était inévitable et entretenait le stress, ma fille devait rester dans les rails et elle s'efforçait de le faire pour moi, néanmoins je le trouvais vivable lorsqu'elle était présente.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cependant, Jeanne ne venait pas fréquemment à Ludère et séjournait chaque fois peu de temps. Elle se plaignait de maux de tête, de ventre, de douleurs inexpliquées. Elle écourtait les soirées et se couchait tôt avec Elise, se disait épuisée à la fin du repas et une fois la cuisine rangée. Un surplus au dimanche était au-dessus de ses forces.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Fallait-il que l'amour existant entre Jeanne et moi fût grand pour avoir résisté ( après avoir été plusieurs fois ébranlé ) à cette puissante vague de manipulations et de mensonges. Hubert Botal jalousait cet amour, les élans que nous avions l'une vers l'autre, le désir de nous voir, nos connivences, nos secrets. Il voulait la haine entre nous. Il veut la haine partout.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Maud, sa propre fille, ne donnait jamais de nouvelles, n'avait aucun désir de le rencontrer. Elevée par sa mère, la Numéro 2, elle avait cotoyé son père au gré des vacances et n'avait été aimée et comprise, écoutée, que par ses épouses successives. Adulte, elle s'était éloignée, qui pourrait l'en blâmer ? Elle ne vint jamais à Ludère. Je l'avais rencontrée à Paris, quand nous y habitions les premières années, quelques fois, et toujours en présence de son père. Il exhibait beaucoup d'amour pour moi devant Maud, et je la voyais gênée par ces débordements. Reconnaissait-elle un scénario déjà joué devant d'autres Numéros, les précédentes ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;A partir de notre installation à Ludère, il m'accusa, année après année, d'être responsable de l'éloignement de sa fille.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Maud ne vient pas à cause de toi, répétait-il, elle ne peut pas te supporter, elle sait comment tu es !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il la voyait de temps à autre à Paris, très peu, l'invitait à dîner, laissait multitude de messages téléphoniques, Maud ne rappelait pas. Il m'accusait ; affolée, je tentais de me justifier :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu l'invites à dîner à Paris, je n'y serai donc pas, elle le sait très bien. Comment peux-tu affirmer qu'elle ne te répond pas à cause de moi ? Cela fait des années que je ne l'ai pas vue et nous nous connaissons à peine. Comment peux-tu dire qu'elle ne m'aime pas ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je suffoquais. Il accusait, il ne s'encombrait pas de preuves pour accuser, il lançait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Maud ne peut pas te supporter ! Même si elle ne te voit pas, elle sait que tu existes ! Je ne vois pas ma fille à cause de toi ! Elle sait comment tu es !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'appris par la suite qu'il avait accusé toutes ses épouses successives de détester sa fille. Mais à l'époque j'ignorais cela et ces accusations m'angoissaient, me déstabilisaient au plus haut point.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Malgré tout, je ne lui parlai jamais des confidences faites par Maud lors d'un dîner mensuel à Paris, obligatoire pour elle, à l'issue duquel son père lui remettait son chèque du mois ( elle poursuivait des études ).&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La jeune fille avait alors confié, à voix basse dans la minuscule cuisine parisienne, combien elle avait hâte de gagner sa vie et d'en finir avec son père. Elle ne supportait plus de le voir, ni de l'entendre, elle ne venait que pour le chèque, contrainte et forcée.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cela se passait vers la deuxième année de notre vie commune et pourtant, je ne fus pas surprise d'entendre Maud exprimer un tel rejet. Je la plaignais d'avoir un pareil père, j'imaginais ses souffrances. Je me disais que moi seule pouvais le supporter, qu'à force d'amour et de patience, je le ferais changer. Pauvre, pauvre, ce n'était que le début, je ne savais pas ce qui m'attendait... Maud savait sans doute.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je n'osai jamais parler de ces confidences à Hubert Botal, même sous ses accusations démentes. Je ne voulais pas trahir Maud, qui le craignait, et il m'aurait de toutes façons accusée de mensonges. J'avais, aussi, peur de la rage qui s'ensuivrait, les violences, comme à chaque fois que j'osais malmener le masque, porter une ombre sur la belle image qu'il voulait à toutes forces donner de lui-même.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il se servait des enfants pour se venger du moindre désagrément, pour abattre sa haine comme on abat des cartes. J'avais d'avance perdu.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il se servait de Jeanne pour m'attaquer lorsque nous n'avions plus autour de nous que les murs et le jardin. Affirmait qu'elle ne m'aimait pas. Que personne ne m'aimait.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Même ta fille ne t'aime pas, je le sais !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ces affirmations touchaient en moi un point très sensible, il le savait. Il s'en servait quand il était bon pour lui de me mettre rapidement à terre, brisée, épuisée et sans réaction, engloutie dans le plus grand désespoir.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Un soir il me lança, nous ne parlions pas des enfants mais sans doute de mon intolérable nullité :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Ma fille est bien plus intelligente que la tienne !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;C'était gratuit, faux et absolument hors sujet. Je répondis qu'il ferait mieux de les aimer, ce qui le laissa sans voix, pour une fois ( cela était assez exceptionnel pour être remarqué ) et pas pour longtemps.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'avais mis le doigt sur son handicap, lui qui n'a jamais donné d'amour à personne, qui ignore la signification de ce mot.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Mieux valait ne pas réitérer cette évidente constatation car, bouche tordue et bavant, il se déchaîna ensuite, avec menaces précises d'étranglement. Je ne savais plus comment me défendre, ni me protéger.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;Vendredi 27 novembre 1998&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je finis de planter les conifères nains, il en restait six. Deux trous ont été très difficiles, je suis tombée sur le bord d'une ancienne construction. J'ai retiré les pierres et fait d'énormes trous. La barre à mine est décidément beaucoup plus efficace que la pioche, surtout dans les trous de glaise à silex, et je peux mieux protéger mon dos. Multitude de voyages de brouette pour transporter les pierres jusqu'aux bords de rivière que je renforce toujours. Après cela, une tonne de terre végétale à ramener pour planter ! Il tombe un léger crachin, je m'enlise avec la brouette. La terre est amoureuse, comme disent les jardiniers, j'ai peine à soulever mes bottes. Ce massif se termine enfin. Je protège certains petits avec des grillages car les lapins continuent à sévir.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Ensuite, les galliques. Je rectifie encore une fois ( la vingtième au moins ) le tuyau d'arrosage qui délimite le massif, l'allonge en belle courbe vers le bas, comme je l'avais décidé hier dans la nuit. Je monte vers l'amphithéâtre pour en regarder le dessin, redescends pour allonger encore, sans faire de pointe. Enfin, d'en haut, le massif apparaît comme une langue naturelle descendant vers la rivière. En contre-bas, dans la pente et dans les faux-plats, il aura été plus difficile à dessiner que les autres. Comme un détail du tableau que l'on n'arrive pas à finir, je l'allonge encore un peu, je remonte, je regarde... Enfin, j'en creuse le pourtour à la bêche et enlève le tuyau. &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je place les tuteurs pour marquer les emplacements des rosiers selon mon plan. Quelques modifications. Cinquante trois rosiers à planter là, dont une grosse majorité de Rosa Gallica. &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;J'essaie de les imaginer grands, ces magnifiques croulant sous les fleurs, pour pouvoir les placer au mieux selon les tailles et les couleurs. Je reprends les descriptions dans les livres. &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Il y aura des trous difficiles car le massif croise l'ancien chemin de charrettes qui va vers le pont. Glaise et déchets de poterie m'attendent sous l'herbe. Je connais ce chemin depuis la plantation des cornouillers à fleurs et le massif de roses anglaises un peu plus haut, cette fois, je n'aurai pas de surprise.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;J'ai le temps de planter le premier gallique " Aimable Amie ", et de faire le trou du suivant, une grosse lune m'éclaire. J'ai peine à rentrer et retourne visiter les petits conifères, tout neufs sous la lune.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9031899281444699341-5995139299735585098?l=crisdansunjardin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/feeds/5995139299735585098/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9031899281444699341&amp;postID=5995139299735585098&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/5995139299735585098'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/5995139299735585098'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/2008/02/5-les-enfants-mes-petits-dans-la.html' title='5 - Les enfants, mes petits dans la tourmente'/><author><name>Salvia</name><uri>http://www.blogger.com/profile/09212169517391202046</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9031899281444699341.post-6701104570645971298</id><published>2009-01-14T10:10:00.000-08:00</published><updated>2009-02-10T11:07:03.153-08:00</updated><title type='text'>6 -  L'enfer en jardin-paradis</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Aujourd'hui, alors que j'écris ce récit, je me pose encore la question : Pourquoi ce travail délirant, qui approchait la folie ? Je ne pouvais plus rester un temps, même court, sans travailler, toutes les minutes comptaient, je cessais à la nuit, ivre de fatigue, souvent au bord de l'épuisement, hantée par ce qu'il restait à faire : ce n'était jamais assez bien, jamais assez beau. Je m'imposais des tâches démesurées, me donnais des délais toujours limites. Hubert Botal n'avait plus besoin de demander, d'exiger, j'allais au-delà de sa tyrannie. Un moteur terrible me poussait : ces petites phrases qu'il lançait sans cesse :&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;- Tu ne fous rien de la journée !&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;- Tu ne sais rien foutre ! Tu n'as jamais rien foutu de ta vie !&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;- Tu es Zéro !&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Plus je les entendais, plus je travaillais, avec une seule idée en tête : créer de la beauté. Rien ne pouvait m'arrêter, le moteur me poussait : il fallait que tout soit parfait, au-delà du beau, au-delà de la splendeur, pour qu'enfin il reconnaisse mon travail. Pour qu'enfin il reconnaisse mon existence.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Pourtant, j'aurais pu atteindre l'épuisement total, je n'existais pas. Mon inexistence faisait partie de son plan, et ce plan je ne pouvais le comprendre, ni l'imaginer. Mais pourquoi ( pourquoi ?) ne me suis-je jamais posé de questions quant à la démesure de mon travail ?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Le moteur s'emballait, mon corps peinait à l'extrême, je ne m'interrogeais pas, je poursuivais, telle une automate, décervelée, je poursuivais.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;i&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Le soir, je reculais le plus possible le moment de rentrer. Ensuite, épuisée, il fallait prendre un bain, préparer le dîner, j'avais toujours peur d'être en retard, l'étais de toutes façons, selon l'humeur d'Hubert Botal. S'il rentrait plus tôt, je n'étais pas dans la cuisine (étais dans le bain) il grondait :&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je travaille moi ! Qu'est-ce que tu fous ? Tu arrives oui ou merde !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je sortais aussitôt de l'eau et me sèchais, le coeur battant, oppressée, je bondissais dans la cuisine en finissant de m'habiller, préparais le dîner tout en mettant le couvert, éperdue, faisais mille choses à la fois, m'agitais en tous sens. Soudain, il avait disparu. Je l'attendais après avoir follement couru. Si, à son retour, j'en faisais la remarque, le ton montait aussitôt, il fallait faire amende honorable, admettre que je n'avais pas compris puisque, bien sûr, " je n'écoutais jamais ce qu'il disait ".&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je savais alors comment se passerait le reste de la soirée, me tenais coite et l'écoutais à travers la musique qui battait comme un mauvais coeur, alarmante.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il racontait la marche de la nouvelle société " Mixor ", sous ses ordres. Il fallait toujours tout vérifier, rien n'allait sans lui, il devait faire le travail des commerciaux, des comptables. Les secrétaires, quelque temps portées aux nues, devenaient épouvantables "connes et faignasses", répétait-il. Les commerciaux, au départ très compétents et formidables, se révélaient subitement ignorants et infructueux, inutiles. J'apprenais régulièrement le licenciement des uns et des autres.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tout s'est très bien passé, concluait-il, ils ont reconnu leurs erreurs.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il avait de gros problèmes avec les investisseurs, les actionnaires. On voulait le tromper, le manipuler, le voler, mais il savait déjouer tous les mauvais tours. Enfin, l'entreprise, grâce à lui, se portait bien. A condition qu'il ait l'oeil partout.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Au sein de sa première société " Alimex " qu'il dirigeait toujours, il agissait essentiellement en collaboration, le plus souvent à distance. La société " Mixor ", créée par lui quelques années après notre installation à Ludère, produisait et commercialisait un nouvel aliment complémentaire. Il devint chef d'entreprise. Ce fut pour lui une révélation, car, répétait-il, il savait diriger les hommes. Il affirmait prendre là sa pleine mesure, et un réel plaisir. Il disait souvent :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je me sens à l'aise, je suis un vrai chef. Ils sont tous derrière moi et nous allons gagner beaucoup d'argent.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;ou :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je vais devenir très riche avec " Mixor ".&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le ton ronflant qu'il adoptait alors semblait dérisoire. Cette entreprise focalisait tous ses espoirs de grande richesse, je vivais au calme ( toujours menacé ) ou dans la violence, au rythme des succès et des défaites de " Mixor ".&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Malgré les discours interminables d'Hubert Botal sur sa réussite, je ne crus jamais à cette entreprise dans la durée. Je disais :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Oui, quand nous serons riches avec " Mixor " je pourrai peut-être remplacer mes bottes percées !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- J'aurai d'autres priorités, répondait-il, sans aucun humour.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Parfois, en rentrant, il annonçait avoir " piqué une grosse colère " contre un employé. Je pensais aussitôt, et lui disais, que la colère étant faite, j'avais des chances d'être tranquille pour la soirée. Il approuvait en riant. Il aimait faire de l'humour sur son comportement, cela rendait ses violences banales, les normalisait. Tout le monde peut s'emporter. Et ses colères n'avaient pas d'importance car ensuite, répétait-il, il était très gentil avec eux.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Enfin, tout allait bien, tous reconnaissaient leurs erreurs : il était un très bon manager.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'appris par la suite que cinq employés, sur une vingtaine au total, l'avaient attaqué aux Prud'hommes, qu'il y eut des plaintes à la médecine du travail, sans suite, des plaintes pour harcèlement moral ( les secrétaires notaient les faits par écrit ) finalement non déposées. Un attaché de direction, licencié, fit à la suite de son passage dans l'entreprise une profonde dépression nerveuse qui nécessita une psychothérapie d'un an et demi.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Hubert Botal répétait à l'envie, glorieux, qu'il n'avait jamais perdu un procès. Il posait ses pieds sur les bureaux, envoyait des grandes bouffées de sa pipe dans le nez des employés, assénait des ordres, n'admettait pas la contradiction, portait aux nues puis abattait sans raison, divisait, dénigrait, rabaissait, dirigeait en maître absolu. Est-ce pour cette raison que les plaintes ne furent pas déposées ? Une fois la société écroulée ( elle ne " tint " que quelques années ) la plupart des employés se dispersèrent, soulagés d'être sortis des griffes du diable. Certains eurent peur de s'attaquer à lui. Il leur reste des blessures, pour certains non refermées.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je les rencontrai en 2004. Je fus atterrée. Les discours ne variaient pas : " chantages, mensonges, rabaissements, dénigrements, mauvaise foi intolérable, rejet des problèmes ou de ses erreurs sur les associés et les salariés, pressions morales, fausses allégations, brimades, marginalisations, tyrannie, cruauté mentale, intimidations ( colères, gestes ) humiliations en public, guerre psychologique, climat de terreur et de défiance " ( je rapporte là les mots utilisés et attestés ) entraînant chez les employés " de la peur, perte de confiance en soi, dépressions, problèmes au sein des couples, difficultés à se concentrer lorsqu'il était à proximité."&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il avait instauré un système de travail démesuré avec chantage au licenciement ou au dépot de bilan. Il les menaçait d'ulcères. Un ingénieur commercial lui demandant des explications sur les objectifs de ses menaces, il écrivit un de ses fondamentaux : "...il ne s'agit que d'une éducation par le travail, ce que les gens vulgaires appellent le goulag ".&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les employés travaillaient tard le soir, les week-ends, certains étaient rappelés à trois heures du matin. Tout était "urgentissime". Il n'hésitait pas à lancer devant eux " qu'il n'allait pas se faire chier avec des sous-fiffres à neuf mille balles par mois !"&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je tombais des nues. Jamais je n'avais imaginé qu'il se comportait là-bas de la même manière qu'avec moi. Moindre cependant, prudent, il ne lançait jamais d'injures directes et il n'usa que peu de menaces physiques contre des personnes qui résistaient. Une fois, au milieu d'un restaurant, des lunettes furent pourtant projetées sur le sol.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Là-bas aussi il faisait régner la terreur. Il maniait avec le même brio l'humiliation et le mépris pour détruire. Il manipulait sans vergogne, menait avec l'un, puis avec l'autre, ou avec plusieurs, des guerres psychologiques dont il sortait toujours vainqueur et impuni.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Les &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;employés de la société n'imaginaient pas non plus comment il me traitait. Eux aussi tombèrent des nues. Hubert Botal me valorisait à l'extérieur, donnait à tous, habilement, des preuves de l'immense amour qu'il me portait. Ainsi, qui pourrait me croire si je m'avisais de dire ce que je subissais? Tant d'amour déployé devant témoins m'enfermait dans le silence, me ligotait, me bâillonnait. Il me valorisait comme il valorisait tout ce qu'il possédait ; Hubert Botal ne pouvait avoir que la meilleure des femmes, comme il avait les meilleurs des chiens, la plus belle des maisons, le plus beau et extraordinaire des jardins. Je me disais, lorsque ces compliments me revenaient ou étaient formulés devant témoins : " il ne doit pas me penser aussi nulle qu'il le répète, il doit m'aimer un peu, m'estimer quand même, voir comme mon jardin est beau..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;J'étais sans cesse&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt; déstabilisée, perturbée par cette attitude. Parfois il abusait dans ses discours, donnait le sentiment d'avoir une véritable vénération pour moi et ce que j'entreprenais dans le jardin ( surtout s'il m'avait, la veille, traînée au plus bas ).&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Devant témoins, j'étais dotée de toutes les qualités. En privé j'étais " une pauvre conne, une faignasse, une nullité, une salope et une pute ". Que fallait-il croire ? En fait, rien. Cela dépendait de son besoin du moment. Moi, en tant qu'être humain, je ne représentais rien pour lui, j'étais une chose dont il se servait. Je finis par cesser de me demander ce qu'il pensait de moi. Il ne pensait rien de moi, je n'existais pas. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Même après avoir décelé cela, je demeurai meurtrie par ces affirmations contradictoires ; ne pus jamais me détacher de ces discours, les prendre pour ce qu'ils étaient dans tous les cas, vides, sans fondement, lancés pour attiser les mille feux de sa personne glorieuse. Je n'ai jamais pu.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Les employés de sa société, comme toutes les personnes que nous cotoyions, croyaient ce qu'il montrait, à savoir qu'il m'aimait et me respectait. Devant les personnes ( je n'avais plus d'amis, il ne s'agissait que d'amis, de connaissances et de relations à lui ) alors qu'il montrait à mon égard de la compréhension, de l'admiration, et même de la tendresse, comment pouvais-je crier au mensonge sans passer pour une hystérique, une folle, une dépressive, tout ce qu'il m'accusait d'être en privé ? Et qui m'aurait crue ? &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je cachais ma tristesse, ma peine, ma désespérance au cours des dîners, des visites. Je jouais la comédie du bonheur, me prenais au jeu, savourais ces instants sans penser à rien d'autre, reprenais même confiance, comme dans les périodes d'accalmie. Je parlais de mon jardin, il n'interrompait pas, en rajoutait sur mon savoir-faire, parfois je pouvais parler de moi, tout dépendait du public. Jamais très longtemps cependant, il monopolisait toujours les conversations. Lui ne jouait pas, il était d'un naturel époustouflant. Dans le registre "Mon Amour-Saloperie" il était d'une redoutable efficacité. "Mon Amour" en public, "Saloperie" en privé. Qui aurait pu me croire ?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Comme lui, je sauvegardais la belle image du couple. D'aucuns disaient combien nous étions extraordinaires, avec cette passion commune ( le jardin ) qui nous unissait, et combien nous formions un couple merveilleux vivant dans un paradis. Cette apparence était un faux indicible, qui m'effrayait. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le mot " paradis " était souvent employé à propos de mon jardin, sans doute à cause de l'espace, une respiration douce et sereine qui intervenait dans la contemplation. De la terrasse, dans l'écrin vert léger d'une immense pelouse, l'amphithéâtre et les massifs couverts de roses, bordés du gris-bleu des népétas, descendaient en langues successives vers la rivière, suivant des formes douces, tel un grand calme parsemé de fleurs et de feuillages qui s'élevait ensuite vers l'horizon.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'avais créé ce paysage, ce paradis, avec mes mains, mon corps et ma peine. C'était mon oeuvre, elle était au centre des menaces et de tous les chantages. Je ne pouvais dire l'effrayante vérité, briser la belle image du couple, sans risquer de la perdre. C'était mon oeuvre ( &lt;em&gt;mon doux, mon inouï, mon merveilleux...&lt;/em&gt; ) je refusais de la perdre, je ne pouvais imaginer cela une seconde sans suffoquer, sans me raidir d'effroi.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Un accord tacite existait donc entre nous : préserver la belle image de ce couple qui n'était bâti que de violences et de terreur.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;Samedi 19 décembre 1998&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Traitement d'hiver sur les fruitiers, les vignes, les fusains, les érables du bas. Je profite d'une journée sans pluie et sans vent, T°+10°.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je poursuis la taille des rosiers dans le massif au-dessus des pergolas, grattage soigneux des vieilles écorces sur les gros départs de branches et les pieds de greffe. Puis, bouillie bordelaise sur tout le monde. J'enlève, en ratissant fort, les vieilles feuilles restées au sol. Les bâches à traîner jusqu'au feu sont très lourdes, je peine. Ensuite, engrais, bêchage, binage, la terre est lourde, j'avance lentement et atteins la moitié du massif dans la nuit.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;Mardi 22 décembre 1998&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Scories potassiques sur le talus que je désherbe et bine grossièrement ( il faudra y revenir ) les glycines de la grille et le massif rénové ( superbe ) des anémones du japon. A la rivière, je rabats et protège les dahlias, les arums, nettoie les iris. Gros travail de nettoyage au lavoir avec protection des solanums, plumbagos, agapanthes et les bulbes de glaïeuls et acidenthéras. Je nettoie les îles et la rivière des bois tombés.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je commence la taille dans les massifs des roses anciennes et bine ( j'utilise la grosse houe ) pour tenter de réduire les cuvettes dans lesquelles ils se trouvent. Il faut agrandir ce massif trop étriqué, en gardant la forme qui est belle, et enlever la terre avec les mottes. Dans cette rigole, la terre en surplus pourra être descendue. Impératif d'enlever ces cuvettes car le massif s'inonde pendant l'hiver et les rosiers du bas en souffrent, notamment Fantin Latour et Ispahan. Je suis sous la pluie dans une boue incroyable, les chiens dégoulinent et pataugent, mais nous préférons la boue et rentrons à nuit noire. &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Il arrivait qu'en rentrant du jardin le soir, je découvris huit à dix messages de lui sur le répondeur. Il voulait me parler, absolument. Il ne précisait pas de quoi il s'agissait, le ton montait à chaque nouveau message. La hargne apparaissait, grossissait, suivie de lamentations, puis le grondement reprenait, la rage éclatait, menaçait :&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Qu'est-ce que tu fous ? Où traînes-tu donc ? Ca fait dix fois que je t'appelle, tu te fous entièrement de ce qui peut m'arriver !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il savait pertinemment que je travaillais dans le jardin et n'aurais ces messages qu'en rentrant le soir, pourtant je me sentais immédiatement coupable de n'avoir pas répondu, mon coeur s'affolait, je tremblais, l'appelais alors que les derniers messages défilaient encore afin qu'il n'attendît pas une minute de plus. Parfois il n'avait plus rien à raconter, c'était trop tard. Parfois il appelait ainsi lorsqu'il était dans un embouteillage, il en était sorti, n'avait plus rien à dire sauf ceci : il travaillait, lui ! Je lui avais fait perdre du temps ! Je ne m'occupais pas de lui !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Toute ma vie devait tourner autour de sa personne. Ce n'était jamais assez, quoi que je fasse, et je m'en culpabilisais sans cesse. Il exigeait que j'adopte ses convictions, ses idées (changeant au gré des circonstances) comme s'il voulait une copie de lui-même. Il dénigrait mes choix, mes goûts, mes opinions, conditionnait pour que je pense comme lui. L'isolement, l'absence d'informations extérieures étaient des moyens. Il créait le vide autour de moi.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Parfois, je sympathisais quelques minutes avec des personnes rencontrées en faisant les courses le lundi matin, ou certains de nos voisins qui s'arrêtaient à la grille pour me parler de la beauté du jardin. Si je relatais ces rencontres, il dénigrait aussitôt : mes connaissances étaient vulgaires, ceux avec qui j'aurais pu nouer une relation d'amitié étaient "cons". En rabaissant, souvent avec rage inexpliquée, les personnes que j'appréciais, il me rabaissait. Je ne savais m'entourer que de "connards"! Heureusement, il veillait !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Seuls ses amis étaient intéressants, et si d'aventure, l'amitié naissait avec certains, il les éloignait aussitôt, ce qu'il fit avec Anne Ménéri et François évoqués précédemment. Avec le temps, je ne cherchai plus à nouer de relations, restais dans le vague et fuyais toute approche. J'endurais assez de violences pour ne pas en provoquer davantage. Durant des années, je n'eus pour toute information que son discours.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Nous n'avions pas de téléviseur. Dès notre rencontre, Hubert Botal avait insisté sur ce point car lui, proclamait-il, " ne faisait pas partie de ces pauvres cons qui regardent la télé ! "&lt;/span&gt; &lt;span style="color:#000000;"&gt;Il&lt;/span&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;ne manquait jamais d'insister sur ce fait. Si quelqu'un dont il ne faisait pas grand cas, ou qu'il jugeait trop actif dans la conversation qu'il voulait à toutes forces monopoliser, parlait d'une émission, ou même, de façon lointaine, des médias, il lançait d'un ton surpris :&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu as la télé ! Toi !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il sous-entendait : " Je te croyais plus intelligent, tu ne fais pas partie de notre monde. " &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cela déstabilisait la personne qui ne risquait plus ensuite de l'interrompre ou de le contredire. De même lorsqu'un convive accaparait l'attention, il coupait en riant fort :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Oui, oui, tu as vu ça à la télé !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Tous riaient avec lui et il changeait de conversation, reprenait les rênes. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je possédais un petit transistor et écoutais les informations lorsque je prenais mon bain ou préparais le repas. Cela l'irritait, occasionnait des remarques désobligeantes :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je ne sais pas pourquoi tu écoutes ça, tu ne comprends rien !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'éteignais donc quand je l'entendais rentrer. Un jour, il pulvérisa le transistor entre ses mains. Il ne le jeta pas, ni ne le fracassa, il le déchiqueta avec ses mains et ses ongles, éclatant les morceaux dans toute la chambre ( je m'y habillais après le bain et ne l'avais pas entendu rentrer ). Des mois plus tard, je retrouvais encore de minuscules morceaux fichés dans les plinthes. Est-ce la pratique du violon qui lui donnait une telle force dans les doigts ? Plus tard, lorsqu'il menaçait de m'étrangler, ses doigts serrés à trois centimètres de mon cou, je repensais à cette scène, savais qu'il pouvait me tuer d'une seule main en quelques secondes. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je l'avais "énervé" avec ma radio.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je regardais en tremblant les restes de mon transistor, j'avais crié :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je pourrais en faire autant avec ta chaîne stéréo !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il me gifla à toutes forces, cette fois ne me retint pas, je basculai sur le tapis. Je le voyais au-dessus de moi, la bouche tordue et bavant, les poings tendus. Il proféra d'une voix glaciale :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Approche-toi seulement de ma musique et je te démolis avec ça !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il avança les poings.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cela se passait en 1998, après ma fuite ratée. Il était temps que je sache qui était le maître.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je restai quelques temps sans radio, il disait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Les nouvelles, tu les as par moi !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Juste avant une visite de Jeanne, il ramena un nouveau transistor. Jeanne aurait pu s'étonner, poser des questions, elle en posait de plus en plus souvent, en toute ( apparente ) innocence. A propos du téléphone, tant il était difficile de me joindre, ou des anciennes amies disparues, ou des vacances inexistantes. Il ne fallait pas que mon isolement devînt trop évident. Il m'accordait Joëlle, il m'accorda une radio. Il était entendu cependant " qu'il ne fallait pas le faire chier avec cette merde !"&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je me souvenais du langage châtié et intelligent qu'il employait au début de notre rencontre. Le langage grossier apparut peu à peu, dirigé contre moi, il perdura, s'amplifia, puis devint ordurier à partir de 1998. L'évolution du langage suivit l'évolution de la violence. Les dernières années, il n'avait plus aucune retenue. De la bouche du beau prince charmant que j'avais rencontré, sortaient d'horribles gargouilles et des serpents venimeux. J'étais en détresse totale sous ces mots abominables, impossibles à transcrire, venins qu'il employait pour abattre et humilier. Je m'enfuyais alors dans le jardin, les mots résonnant dans ma tête, portés par son violon à cordes étrangleuses, ( archet pour percer la chair, fouiller les nerfs), amplifiés par des symphonies, des quatuors, des sonates qui servaient l'horreur et la déchéance.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je n'emploie pas de mots grossiers, même les plus courants, cela n'empêchait pas Hubert Botal de me lancer :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu es vulgaire comme ta mère !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il ne connut jamais ma mère, disparue depuis longtemps; mais il savait où frapper, il avait les bons couteaux. Si je m'effondrais, il redonnait le même coup au même endroit, à la première occasion. La vision de ma détresse, ma désespérance, mon chagrin, ma prostration parfois, ne faisait qu'attiser sa hargne et sa haine. Je ne pleurais plus jamais devant lui, je pleurais ( et criais, criais ! ) loin dans mon jardin, à l'abri de toutes les musiques. Là je me calmais, je m'imprégnais de beauté, de paradis ( &lt;em&gt;mon doux, mon merveilleux&lt;/em&gt; ), j'étais dans une respiration sereine, bercée dans des bras immenses qui me reconnaissaient.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il accusait. Il ne s'encombrait pas de preuves pour accuser, tout ce qu'il disait étant, par essence, irréfutable.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je sais comment tu es ! affirmait-il souvent avec grande conviction, comme s'il avait des preuves indubitables de ce que j'étais. Et comment étais-je ? Il laissait entendre avec dégoût que j'étais monstrueuse, abominable, que je dissimulais mon ignominie, mais que lui savait. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il m'accusait d'être ce qu'il était.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ses mensonges et sa mauvaise foi étaient à ce point effarants que j'en suffoquais parfois. Il eût mieux valu ne pas répondre, car si je disais : " tu mens ", cela paraissait bien maigre par rapport à l'immensité du mensonge. Mes mots devenaient dérisoires, s'affaissaient contre lui, toujours.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il ne discutait pas du mensonge, ne réfutait rien, ne répondait jamais comme tout un chacun : " je ne mens pas " en tentant de justifier sa position, laquelle était d'ailleurs injustifiable, non, il allait autre part, d'une façon inquiétante. Et ce soir-là, particulièrement :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu mens, ai-je dit.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu es vulgaire, répondit-il.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Dire que tu mens n'est pas vulgaire, c'est la vérité tu le sais bien, tu mens.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- C'est extrêmement vulgaire.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ces mots furent prononcés avec une intonation glaciale, sa bouche tordue tremblait et déformait le visage. Il était adossé à la cheminée, les bras tendus, les poings serrés à l'extrême sur un pic à feu. Le regard haineux me fixait, j'y voyais le désir de tuer. J'eus peur.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;A ce point que durant des années, je n'osai plus lui dire qu'il mentait.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;J'avais peur de lui, la musique annonciatrice me mettait dans l'angoisse. Il entretenait cette peur, la distillait jour après jour. Les poings s'approchaient de plus en plus, s'ils commençaient à frapper, ils ne s'arrêteraient pas. J'obéissais, me soumettais, me taisais, pour échapper à la démolition. J'avais honte de ce comportement. Plus j'avais honte, plus je baissais, et plus il était dans la grandeur, la prestance, l'esprit brillant, la pensée intelligente, beau quand il partait le matin, chemise blanche et veste de cuir, impeccable. Je l'admirais.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Il démolissait à distance, lentement, avec plaisir. Il voulait me garder, faire durer ( la totale préservation de la belle image du couple en était une preuve ) me garder dans sa toile, aller jusqu'au bout de sa fureur, me torturer, me briser, m'amener au suicide, m'anéantir sans avoir à se salir les mains. En toute impunité. Mais pourquoi ?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Nous avions tout pour être heureux, comme on dit.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je n'étais pas prisonnière, je pouvais partir. Je ne pouvais pas. J'étais engluée dans la toile, ligotée, bâillonnée. Pourquoi ai-je accepté tout cela ? Pourquoi n'ai-je pas réagi alors, en solution de survie ? Je voyais la haine, je voyais le plaisir qu'il prenait à me faire souffrir. Mais s'il me haïssait à ce point, pourquoi voulait-il que nous restions ensemble ? &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je l'entendais, alors qu'il dégoulinait de mépris et de hargne en privé, dire devant des personnes, en posant sa main sur mon épaule avec tendresse :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Oui, elle est un peu "chieuse", mais comment pourrais-je jamais retrouver une femme comme elle, une travailleuse comme elle, qui sache faire le jardin, s'occuper de la maison, des chiens, qui soit jolie, intelligente, cultivée...?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Pourquoi ai-je accepté tant d'ignobles fourberies et de mensonges ? Pourquoi n'ai-je pas hurlé à ces personnes qui nous regardaient, charmées :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Il ment ! Il n'a que haine pour moi ! Il veut m'écraser, me faire mal, me détruire ! Il a deux visages ! Deux visages opposés ! Tout est faux ! Vous croyez voir le paradis mais c'est l'enfer ! L'enfer !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Pourquoi ne hurlais-je pas ces mots ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;En fait, je le sais. Et nul besoin de creuser au fond de moi-même. Si je veux tout dire, l'absolue vérité, je dois dire, qu'aussi invraisemblable que cela paraisse, en sentant sa main serrée sur mon épaule, en entendant ses mots, j'étais moi aussi "charmée". Il disait ce que je voulais entendre, pendant une minute, il le disait. Je n'entendais que cela, je souriais du fond du coeur, il souriait, tout le monde souriait, il faisait beau, mon jardin était beau, nous étions dans un paradis, ma vie était merveilleuse, une minute.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il reconnaissait mon travail, mon oeuvre, ma vie à ses côtés entièrement tournée vers lui. Il reconnaissait que j'existais, pendant une minute.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dire que j'y croyais serait inexact, mais je faisais semblant, j'en avais besoin pour durer. Et je durais des mois et des années par ces minutes multipliées de loin en loin, lorsqu'il recevait ses amis. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;J'avais passé ma vie à courir derrière l'amour et la reconnaissance d'être que ma mère ne m'a jamais donnés, et j'ai ensuite couru derrière l'amour et la reconnaissance qu'Hubert Botal ne me donnait pas, qu'il bafouait, dont il niait l'existence, foulant et piétinant, bavant de haine et de mépris.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;J'ai couru. Ma mère, sa robe rouge. Alors qu'elle sombrait dans le coma, un seul oeil noir encore ouvert fixé sur moi, ses seuls et derniers mots furent :&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;- Va-t-en.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;A l'instant de sa mort, elle me rejetait encore. Mais peut-être voulait-elle dire, en bonne tireuse de cartes qu'elle fut toute sa vie : &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;- Va courir ailleurs.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Ce que j'ai fait.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;J'ai continué à courir derrière l'amour qu'on ne me donnait pas, sans jamais pouvoir lâcher prise.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;De cela, je le sais maintenant, de l'oeil noir, de la robe rouge, j'étais prisonnière.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Par cet oeil, Hubert Botal m'a pistée et choisie. Par cet oeil, malgré l'innommable, je suis restée avec lui, me suis moi-même ligotée et bâillonnée.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iiii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ff0000;"&gt;Ma puanteur&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Fin 1998&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Alors qu'après le jardin je passe mes soirées à peindre les fenêtres, Hubert Botal se déchaîne. Sa mère s'est éteinte dans l'année et son père vient chez nous passer Noël. Il ne supporte pas sa présence et, comme toujours, sa rage tombe sur moi. Il m'insulte dans tous les recoins de la maison et un peu devant son père qui laisse faire : je me réfugie sur les fenêtres et passe Noël dans la peinture. Eux dînent au champagne.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Après le départ de son père, je me terre dans le grenier où je passerai le Nouvel An avec un livre. Lui est en bas dans sa grande salle avec bougies, table bien garnie, vins fins et musique poussée à fond pour m'en faire profiter à travers le plafond. Là-haut, je bourre mes oreilles de cire mais le son me parvient quand-même, abominable, angoissant. Je descends chercher une bouteille d'eau et des pommes, il lance :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je sais que tu crèves d'envie de rester dans la salle avec moi !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il a un sourire sardonique. Non, je n'en peux plus, c'est trop d'injures, je remonte dans le grenier. J'entends : &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Salope !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;En refusant de rester, je lui enlevais l'occasion d'un autre beau réveillon, un de plus, passé à m'abattre. Il en avait besoin pour calmer l'extrême désagrément causé par la visite de son père. Sans doute avait-il préparé des attaques subtiles et monstrueuses pour la fête. Cela aurait pu être d'autant plus réjouissant que je semblais déjà bien abattue. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'étais, en fait, désespérée, j'avais cherché une corde dans le grenier, puis avais pleuré, à genoux sur le plancher, comme jamais depuis mon enfance.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il me dit le lendemain, en tirant sur sa pipe :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu ferais mieux de te remettre à fumer, tu es infecte !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il répétait cela tous les jours depuis que j'essayais d'arrêter le tabac, il ajoutait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- C'est très à la mode d'arrêter de fumer, des conneries !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cela faisait six fois en quelques mois que je tentais le sevrage et reprenais sous le même continuel harcèlement. Il agressait et m'humiliait, menaçait, me déstabilisait avec des mensonges aberrants et concluait que j'étais invivable quand j'arrêtais de fumer. Il poursuivait jusqu'à ce que je reprenne une cigarette, ce que je finissais par faire.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dès cet instant, il se montrait gentil et amoureux, fumer engendrait pour moi des périodes d'accalmie. Très vite je toussais à nouveau, tout allait bien, il répétait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu vois, tu ne fais pas ta méchante quand tu fumes.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Malgré lui, je réussis pourtant quelques semaines plus tard en m'aidant des gommes à mâcher de substitution. Malheureusement, les premières avaient l'odeur des chewing-gums "Malabar", odeur parmi bien d'autres, qu'il ne supporte pas. Je ne pouvais en prendre lorsqu'il était à proximité, et c'était justement dans ce cas que j'en avais le plus besoin. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Démoniaque, il me maintenait et me soufflait au visage d'énormes bouffées de sa pipe, tendait les poings et menaçait de me démolir s'il percevait l'odeur des gommes à mâcher. Non seulement j'étais insupportable quand je ne fumais pas, mais en plus " je puais ".&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le tabac, selon lui, sentait mille fois moins mauvais.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu pues ! hurlait-il.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cette accusation m'effrayait et me désespérait sans que je sache vraiment pourquoi. Lui le savait, il fouillait mon cerveau.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'avais décidé de tenir coûte que coûte, et la violence empira. Il me poussait fort, me rattrapait, me secouait, me jetait à nouveau, montrant que je n'étais qu'une chose dont il faisait ce qu'il voulait. Et il voulait que je fume. Partout, il décelait l'odeur des gommes à mâcher.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je la sens ! Ouvre la bouche !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il exigeait de regarder dans ma bouche, et en catastrophe, j'en avalai plusieurs. Il dénigrait et rabaissait de toutes les manières, m'injuriait plus que jamais et déployait une mauvaise foi incommensurable.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'aurais sans doute abdiqué s'il n'était apparu dans les pharmacies des gommes au discret parfum de menthe. Sans rien dire, évitant de mâcher devant lui, la gomme inodore coincée au fond de ma joue, je doublai ma consommation et m'affermis au fil des semaines.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il m'attaqua longtemps à propos du tabac, disait encore, des mois plus tard :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Oui, si tu ne m'avais pas énervé quand tu as arrêté de fumer !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Comme si cet épisode avait eu des effets désastreux sur son caractère ! Tous ses employés, ses amis et connaissances, surent combien j'avais été désagréable et ce qu'il avait dû supporter. Sans jamais se plaindre bien sûr, il m'aimait tant.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Après cela je ne touchai plus jamais une cigarette, mais continuai à mâcher, des années durant, ces gommes à la menthe. Je ne pus m'en passer tant qu'il fut aux abords de ma vie.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Durant cette période naquit ma puanteur. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Voyant combien cette accusation me perturbait, il l'utilisa de plus en plus. Les dernières années, je me lavais plusieurs fois par jour, me reniflais, développais des manies par rapport à la propreté. Jusqu'au bout, avec fureur et machiavélisme, il m'accusera de "puer".&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dans le même temps, il répétait combien les chiens sentaient bon.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Lorsque la violence s'apaisait, à nouveau, je sentais bon. Il prit l'habitude d'annoncer les périodes d'accalmie par ces mots :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu es une chieuse, mais tu sens bon.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Sentais-je mauvais ou sentais-je bon ? Il eut fallu cesser de me poser la question, de me culpabiliser, de courir vers l'eau et le savon dès que je l'entendais rentrer, de me demander si je sentais assez bon pour entrer en accalmie. &lt;span style="color:#000000;"&gt;Je "puais" ou je "sentais bon" selon son besoin du moment. Cela n'avait rien à voir avec moi, moi en tant qu'être humain qui avait une odeur. Je n'existais pas.&lt;/span&gt; Je mis du temps à le comprendre.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Les chiens sentaient bon car ils étaient parfaitement obéissants et avaient peur de lui. Je sentais bon lorsque je me comportais comme les chiens.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Au début, le prédateur répétait combien je sentais bon. Il avait flairé la proie, l'avait immobilisée, hypnotisée, s'était approprié son coeur et sa chair.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Elle se laissait dévorer, elle était bonne.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Avec le temps, je ne fus plus aussi "bonne", je résistais parfois, avais tenté de m'échapper, avais cessé de fumer alors qu'il m'ordonnait de continuer, surtout, peu à peu, je décelais la perversité, l'inhumanité, le mal, voyais le monstre sous le masque.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Je ne pouvais plus croire ( je suffoquais de n'y plus croire ) à la belle image qu'il voulait donner de lui-même et dont il avait besoin pour exister. C'est alors que j'ai commencé à "puer".&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;Mardi 23 mars 1999&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je tonds la pelouse et le pourtour des massifs du bas, ce qui donne un coup d'éclat au jardin. Bourgeons et fleurs éclatent de toutes parts, les narcisses, en groupe imposants cette année, illuminent. Magnolias et cerisiers japonais commencent à fleurir, les prunus éclatent, les euphorbes et les iris aussi. Avec le soleil du matin, la beauté est inouïe.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Les azalées sont livrées avec un camion de terre de bruyère, cela fait un énorme tas sur les bâches placées hier sur le bord du chemin. Je commence à la transporter, elle est heureusement moins lourde que la terre végétale, mais c'est loin, il faut remonter la brouette, la pente est rude. Entre les chargements, pour reprendre mon souffle, j'entretiens le feu sur la souche du poirier, l'entame un peu.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je plante enfin les alchémilles, la terre est bien préparée, c'est un plaisir. &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Désherbage du massif d'hortensias et du coin des hostas. J'y transplante les digitales ressemées en masse sous les lusitanicas, non loin des cornus Kousa et parfois même dans leurs radicelles. Les hostas seront-ils aussi accueillants ? Cette partie est humide mais la concurrence est grande.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je me bats toujours contre les lapins avec ficelles répulsives et grillages. D'énormes trous sont apparus dans l'amphithéâtre au niveau des seringats. Des terriers, des nids en construction, tapissés de poils de lapins ! Je ne sais quoi penser de cela. J'essaierai de revenir à la nuit sans les chiens et me mettre à l'affût, pour voir.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iiiii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;script src="http://www.google-analytics.com/urchin.js" type="text/javascript"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/script&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;&lt;br /&gt;_uacct = "UA-3762419-1";&lt;br /&gt;urchinTracker();&lt;br /&gt;&lt;/script&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9031899281444699341-6701104570645971298?l=crisdansunjardin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/feeds/6701104570645971298/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9031899281444699341&amp;postID=6701104570645971298&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/6701104570645971298'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/6701104570645971298'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/2008/02/6-le-regard-des-autres.html' title='6 -  L&apos;enfer en jardin-paradis'/><author><name>Salvia</name><uri>http://www.blogger.com/profile/09212169517391202046</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9031899281444699341.post-8677613302339615780</id><published>2009-01-13T10:05:00.000-08:00</published><updated>2009-02-10T11:08:25.761-08:00</updated><title type='text'>7 - Chante rossignol chante...</title><content type='html'>&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le jardin devenait beau, éperdument. Lorsque je sortais à l'aube, chaque jour, mon coeur se gonflait comme les voiles d'un navire, les angoisses s'estompaient, je marchais, je flottais, je voltigeais, et les chiens voltigeaient avec moi ; je voguais dans mon oeuvre, je me baignais dans mon oeuvre, ma beauté. J'allais vers la terre absolue, inouïe, laissais la peur derrière moi, à la maison.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'organisais les lumières, les couleurs, les harmonies, utilisais les pentes pour créer des douceurs, multipliais les fleurs et les feuillages, ajoutais du blanc, du bleu, pour dispenser des ententes, des connivences, et je rectifiais des erreurs.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ainsi je déterrai près de deux cents rosiers plantés l'année précédente et les installai en nouveaux massifs, poursuivant la création de la roseraie en complète harmonie vers les pergolas et la rivière. Rien ne me rebutait, je charriais la terre et les cailloux, ne laissais rien qui fut perturbant pour les plantes, rien qui nuise à la beauté. Je passais des heures sur des détails.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les tempêtes, les inondations, le grand gel, les maladies, ne me décourageaient pas ; j'étais en plénitude, en union sereine avec la vie. Immergée dans la nature, ne vivant que par elle, j'avais confiance, je baignais dans la lutte pour la vie, je luttais aussi, je protégeais les plus faibles. Aux discours accablants d'Hubert Botal, j'opposais de paisibles paroles dites à mes chiens, aux plantes, aux oiseaux, aux insectes, aux bêtes.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je racontais, je prévenais, consolais. Tous me répondaient, ils savaient, ils voulaient me dire. Par les bruissements, les chants, les bourdonnements, par les murmures, les frémissements, les chuintements, par les frôlements, ils voulaient me dire. Et quand je les retrouvais au petit matin, le coeur battant, éperdue, quand je leur tendais les bras, je savais que c'était dit.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;A cette époque, je trouvai un antidote à la musique haïssable d'Hubert Botal : je lui opposai des comptines ou d'anciennes chansons. Quand le matin je courais vers mon jardin, je chantais tout bas : " gentil coquelicot Mesdames, gentil coquelicot nouveau..." Dans les tailles ou en traînant les bâches : " aux marches du palais...y'a une tant belle fille lon la, y'a une tant belle fille..." ou dans le désherbage des bords du lavoir : "sur la plus haute branche, un rossignol chantait... chante rossignol chante, toi qui as le coeur gai..." Ainsi je me lavais des musiques de la veille, obligatoires et toujours alarmantes, porteuses de désespérance.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je pensai tout d'abord que ces chansons étaient une bien maigre défense contre la belle et grande musique classique ; qu'une fois de plus, je n'étais pas à la hauteur, les chansons, tout comme moi, étaient trop petites. J'imaginais son mépris s'il m'avait entendue.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;En fait, elles m'ont aidée plus que je ne saurais dire. Elles rassuraient, elles appliquaient des baumes, elles protégeaient. Elles surgissaient de ma mémoire, intactes, neuves, paisibles, et prenaient place avec simplicité dans la ferveur de mon travail.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je chantais souvent, tantôt à mi-voix, tantôt à tue tête, selon la nature des travaux. De même lorsque je m'enfuyais dans la nuit, poursuivie par les symphonies hurlantes et déchaînées, je criais : " Dans les jardins d'mon père, les lilas sont fleuris... tous les oiseaux du monde viennent y faire leur nid..." Je n'entendais plus la hargne des pianos, des instruments à cordes étrangleuses ; ces simples chansons les faisaient reculer et retourner vers leur maître.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Avec Lobo et Lilith, doux, affectueux, avec leur présence autour de moi et toute la vie bruissante du jardin, je ressentais des émotions fabuleuses. Au printemps c'était la fête, les bourgeons, les narcisses et les jacynthes en vagues infinies, les anémones blanches, le ciel. Les magnolias, les cognassiers, les cerisiers japonais, les camélias croulant sous les fleurs, le doux vert des premiers feuillages. Les oiseaux, les plumages, l'affairement autour des nids, les chants. Le paradis s'éveillait. On aurait pu y voir des anges, tant c'était beau et calme.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iiiiii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Avril 1999&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Survint une période d'accalmie durant laquelle j'oeuvrai pour pouvoir montrer mon jardin. Je me désespérais d'autant travailler sans que personne, à part les personnes invitées par lui, ne puisse le découvrir. Je voyais la beauté, savais la multiplicité des plantes, pensais que cela intéresserait, attirerait les spécialistes.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les violences précédentes, d'ailleurs considérées comme de simples disputes, avaient selon lui, comme à chaque fois sans exception, été déclenchées et entretenues par moi ; la faute m'en incombait totalement. Il expliquait pourquoi :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;-J'étais isolée et cela me rendait dépressive et irritable ( il reprochait comme il se doit, l'isolement voulu et orchestré par lui ).&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;-Bien sûr, avec un tel caractère&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;, je ne&lt;/span&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;pouvais pas avoir d'amis (avant de le connaître j'avais des amies qu'il avait refusées et éloignées, je le précisais, mais il ne s'arrêtait pas à ce détail ). Lui, évidemment, avait des amis.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Moi, j'ai des tas de copains, affirmait-il.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Pourquoi cette différence ? Parce que lui était aimable, fidèle en amitié, alors que moi bien sûr, comme en toutes circonstances, j'étais détestable.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tout le monde sait comment tu es, répétait-il, personne ne peut t'aimer.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je laissai dire car nous étions en période d'accalmie, laquelle pouvait cesser immédiatement sur une réflection appuyée qui n'allait pas dans son sens. Je ne me faisais plus d'illusion sur ces périodes, elles ne duraient pas. En évitant de répondre, je faisais amende honorable, j'oeuvrais pour mon projet.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Comme, à cause de mon caractère, je ne pouvais avoir d'amis, et comme il fallait rompre l'isolement qui, selon lui, me rendait irritable, dépressive, et provoquait des disputes, je proposai de raconter le jardin à une revue de jardinage ainsi qu'à une station de radio. Hubert Botal fut d'accord, si cela pouvait contribuer à me rendre moins désagréable, à condition de ne publier ni noms, ni adresse, et de bien préciser que le jardin n'était pas visitable.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;L'émission de radio fut réussie : sur un fond musical, on lut plusieurs de mes lettres, puis je racontai le jardin, le travail et la beauté. J'envoyai des textes et des photos à la revue choisie, son directeur décida d'envoyer en juin journaliste et photographe pour réaliser un reportage important qui paraîtrait l'année suivante, sept pages dans le journal. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je redoublai d'ardeur en prévision du mois de juin : le jardin devrait alors être impeccable et, sur trois hectares, il y avait du monde à toiletter et à soigner. A la maison, par à coups imprévisibles, ce ne fut que tourments, Hubert Botal se servant, entre autres, du reportage prévu pour m'angoisser.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il attaquait, déstabilisait, m'affaiblissait à tel point que je voulus téléphoner au journal pour tout annuler. Il m'en empêcha, déclarant que le reportage n'était pas remis en cause.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- On n'entreprend pas des choses pour les abandonner ensuite ! On va jusqu'au bout ! Si tu travaillais comme moi tu pourrais peut-être comprendre ! lançait-il au cours des grandes diatribes à tendance moralisatrices dont il était coutumier.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'étais si heureuse à l'idée de ce reportage, je le désirais tant (enfin on allait voir mon jardin) que je tremblais à l'idée qu'il puisse le saboter. N'avait-il pas accepté trop facilement ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je ressentais de grandes pointes douloureuses dans la poitrine dues au stress permanent, muscles tétanisés autour de mon coeur. Il n'éprouvait aucune compassion, pas le moindre sentiment devant mon désarroi, ma détresse, la peine que j'avais à poursuivre, malgré tout, les travaux. Je n'en pouvais plus de travail et de désespoir.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cependant, il parlait du reportage à toutes ses connaissances avec une verve triomphante, et je compris : une telle consécration allait donner du talent aux discours glorieux, truffés de noms latins de plantes rares, qu'il tenait à Paris ou ailleurs devant tous ceux qui n'avaient pas encore vu le jardin. Ceux qui savaient seraient néanmoins épatés. Tous devraient reconnaître combien son jardin était extraordinaire.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le jardin, valorisé par ce reportage annoncé dans un journal de grande diffusion, rehaussait encore sa gloire, dans toutes les directions. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il ne pouvait annuler une telle aubaine.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;J'avais cru être broyée de la sorte parce qu'il regrettait l'autorisation donnée (comme si le regret était un sentiment qu'il connaissait), en fait, sachant combien je m'en faisais une grande joie, combien je l'espérais, il se servit du reportage pour m'angoisser à l'extrême pendant des mois.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Mais comment aurais-je pu imaginer une telle manipulation, de telles méchancetés, de tels mensonges proférés dans le seul but de me tourmenter, de me briser ?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Bien que sachant, à cette époque, de quoi il était capable, je me laissais leurrer à chaque fois, continuais à réagir avec mes propres sentiments : " non, me disais-je, ce n'est pas possible, une telle inhumanité ne peut exister, une telle cruauté gratuite... " &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Je ne pouvais pas y croire, pensais qu'il y avait autre chose, une autre raison, un autre but.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Alors qu'il eût fallu annihiler tous sentiments, ne garder que " le plaisir de faire souffrir ", la rage, la haine, et devenir comme lui, une seconde, pour pouvoir enfin comprendre. Mais même une seconde, je ne pouvais pas.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Je ne comprenais pas, ce qui ajoutait à ma détresse, puis au désespoir, au vrai désespoir, lorsqu'il fallait me rendre à l'évidence : si, il était capable de cela, une telle inhumanité, une telle cruauté, il en était capable.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Le reportage eut lieu, il planait ce jour-là une douce lumière, des centaines de photos furent prises. Le jardin était si beau, tant de floraisons se préparaient, que l'équipe revint en juillet pour photographier encore.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Entre temps, nous achetions la petite maison de nos voisins et deux hectares supplémentaires dont il allait falloir s'occuper. Hubert Botal voulait cette maison depuis longtemps, sa propriété grandissait, son pouvoir et sa puissance aussi.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Suite à ce reportage, comme je l'ai évoqué au début de ce récit, le journal présenta des jardins privés à visiter, deux jours en juin, par groupe et sur rendez-vous. Mon jardin fut le seul jardin privé choisi dans la région. Hubert Botal accepta ces visites, glorieux et fier de pouvoir en parler.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Des personnes vinrent de loin pour visiter, certaines revinrent la deuxième année. Je rencontrai, à cette occasion, des jardiniers passionnés, des paysagistes, des spécialistes en tous genres de plantes, des collectionneurs. Je ne rendais pas les visites, ce qui étonnait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- C'est anormal de ne jamais sortir de son jardin, insistaient-ils. Vous avez des connaissances, une expérience, un savoir-faire qu'il faut maintenant partager. Avoir créé un tel jardin en huit ans ! Inimaginable ! Combien d'heures par jour ? Tous les jours ? Impensable ! Allez voir d'autres jardins maintenant, sortez un peu !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;On m'interrogeait beaucoup. 0ù avais-je appris ? Dans les livres. Les livres m'ont toujours tout donné. Certaines questions embarrassantes revenaient sans cesse : comment se faisait-il que je ne connaisse aucun des jardins de la région ? Quand on est à ce point passionné, on aspire à voir d'autres jardins, les livres ne suffisent pas toujours ! On donne des idées, on en prend, on rencontre des jardiniers tout aussi passionnés !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;On me laissait des adresses, des téléphones. Je savais que je ne donnerais pas suite. Je n'étais pas " normalement " dans mon jardin ; ma vie était anormale, je le percevais d'autant plus lors de ces rencontres.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Le travail accompli chaque jour me permettait d'exister. Je ne pouvais respirer ailleurs que dans ce royaume que j'avais construit, où j'avais l'autorisation d'être.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Le jardin existait, il vivait ; nous savions tout l'un de l'autre, nous respirions ensemble. A chaque seconde, il était le seul endroit possible pour moi sur la terre.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;Jeudi 23 décembre 1999&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;H. est à Nice pour Noël avec son père. Je me suis prévu un bon réveillon, au calme avec les chiens, et sans musique.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je travaille dans le massif des rosiers anciens, nettoie les sauges de bordure, enlève les vieilles tiges mortes et divise les gros pieds. Je taille les grands rosiers de la pente, binage au pied, compost, puis bêchage général... c'est interminable, surtout sous la pluie. A la rivière, la crue a ( une fois de plus ) bien bousculé les pierres, j'enlève une grosse partie des bois accumulés à l'entrée du lavoir pour permettre l'évacuation ( l'eau montait sur les îles ). Je laisse les pierres entraînées car les crues ne sont sans doute pas terminées.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;Samedi 25 décembre 1999&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;Forte tempête cette nuit. La météo a déclaré des vents à cent km/h et en annonce de plus forts pour demain. De la terrasse, je vois au loin, dans le champ du haut, les jeunes érables penchés et oscillants sous les bourrasques, ils ont dû casser leurs liens. Je pars donc dans le vent et la pluie avec barre à mine, masse, tuteurs, et un rouleau de fil électrique qui fera office de liens solides.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;La tempête sévit à nouveau, une terrible averse de grêle ( il y en aura plusieurs ) fait rentrer Lobo. Lilith, qui ne me quitte jamais, s'aplatit dans l'herbe, à mi-pente, nez protégé, stoppée par de vieux instincts, souvenirs de déluge. Je monte seule là-haut, chargée d'outils, écharpe enroulée sur la tête, la capuche ne tient pas. Les vents ont dû être violents car les trois-quarts des jeunes ont éclaté leurs liens, j'attache et consolide tout le monde, utilise la totalité du fil électrique.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je redresse des tuteurs, relève Pembury Blue et l'arrime tant bien que mal. En bas, l'eucalyptus a cassé sa branche centrale, laquelle est tombée sur le mahonia. Je réussis, en sciant la branche, à le dégager. Il a plié sans casser. Je suis trempée jusqu'au corps, ai les mains en sang et le visage brûlé par la grêle.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;Dimanche 26 décembre 1999&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;Une tornade est venue au matin, je n'étais pas encore sortie, le jour se levait à peine. Elle a duré une heure, une soufflerie tournoyante comme je n'en avais jamais vue. Les chiens étaient dans la panique, voulaient sortir de la maison qui craquait effroyablement. Je voyais au-dehors des grosses branches voler de toutes parts. La pergola de la terrasse s'écroula. Malgré l'insistance des chiens, je décidai de rester dans la maison, au-dehors trop de bois volaient, tout pouvait nous blesser, et je n'étais pas sûre de pouvoir tenir debout.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Le grand frêne près de la maison m'inquiétait, je le surveillais, ses énormes branches balançaient très fort. Bientôt plus d'électricité, plus de téléphone, plus de radio.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Ensuite, grand calme. Je suis sortie avec les chiens. &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Le bouleau était déraciné, couché sur le fil électrique et le saule pleureur dévasté. Deux hêtres étaient à terre, dont le très beau du haut. Un torrent de six mètres de large dévalait dans le compost, passait sur le massif des rosiers anciens, longeait en creusant les pergolas, poursuivait sur les Gallicas pour aller se jeter dans la rivière ( dans une crue terrible ) en évitant la descente directe sur le lavoir grâce aux rondins de bordure ; une chance car toutes les plantes du lavoir auraient été emportées dans la rivière !&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Dans la haie de l'ancien chemin, trois érables champêtres sont à terre. Pire est la haie du haut, vers la route : deux ifs multi-centenaires et un frêne sont tombés ensemble. Ca et là, partout, des houx sont arrachés, des frênes, des chênes, aubépines, quantité de noisetiers et de fusains cassés et écrasés par les plus grands. Spectacle de désolation. &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Tous les jeunes arbres sont intacts, j'en visite une soixantaine et inspecte les autres de loin ; certains ont penché avec leur tuteur, je les redresse, mais aucun n'est tombé. Les fils électriques utilisés en guise de liens, ont tenus. Si je n'étais pas montée pour les attacher hier, dans la grêle terrible, ils auraient été arrachés et auraient volé comme des fétus de paille... H. en sera-t-il reconnaissant ? Non. Bien sûr, non. Ce sauvetage, tout comme moi, n'existera pas... ( il ne peut rentrer, les routes sont impraticables et tous les trafics interrompus ).&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je redresse seule les jeunes conifères penchés, les pruniers et bien d'autres. Je vois aussi le travail qui m'attend : des tonnes de bois à terre qu'il faudra traîner jusqu'au feu, le lit de la rivière à refaire ( des énormes tas de pierres se sont formés ça et là ) et tous les massifs dévastés, la terre bêchée ayant été entraînée par les eaux. Heureusement, tous les grands rosiers avaient été taillés, pas de casse de ce côté !&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Février 2000&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Les périodes d'accalmie étaient de plus en plus rares, de plus en plus courtes. J'avais beau me démener de tous côtés pour entretenir les deux maisons et le jardin qui grandissait, devenant un parc, " je ne foutais rien de la journée !"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'aménageai seule la petite maison nouvellement achetée, nettoyai, descendis des meubles et des objets que nous avions, entassés dans le grenier, les remis à neuf, les cirai, installai des luminaires, des appliques, accrochai des tableaux, fis des travaux de peinture, la rendis agréable pour les copains d'Hubert Botal et mes fille et petite fille qui y logeraient lors de leurs visites. Je faisais tout cela le soir, après le jardin et le dîner. Lui se désintéressait de ces travaux.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;N'ayant jamais eu droit de parole en ce qui concernait l'aménagement de notre maison, je pris plaisir à choisir dans le grenier les meubles et objets accumulés par lui au fil des héritages, ou certaines choses m'appartenant et qu'il n'avait pas voulues dans sa maison ; ma bibliothèque fut ramenée là, je rangeai les livres sur une rangée, comme il l'exigeait.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les livres étant auparavant disposés sur deux rangées, il en resta beaucoup que j'empilai à terre sur son ordre, en attendant, affirmait-il, d'acheter un complément de bibliothèque. Ce qu'il ne fit pas. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Plus tard, il m'agressera violemment pour avoir laissé ces livres à terre. Qu'aurais-je pu faire ? Je n'avais pas d'argent et aucun pouvoir de décision.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Lorsqu'il considéra la petite maison aménagée, et seulement à ce moment, il éclata, se demandant ce que je pouvais bien "foutre" là-bas tous les soirs. Il hurlait, je compris que mon plaisir et mes échappées vespérales allaient s'arrêter là. Je n'installai pas les derniers lustres et me désintéressai des aménagements que l'on pouvait encore faire dans cette maison. Je ne devais me réjouir de rien, c'était la règle. Mon travail, mes réalisations, quels qu'ils fussent, n'existaient pas.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ainsi, comme il l'affirmait d'une voix puissante sur le ton d'un jugement sans appel à propos du jardin et de notre maison, il proféra pendant des années que je n'avais " jamais rien foutu " dans la petite maison.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;J'obéissais, c'est vrai. Je me soumettais. Cependant, en moi veillait la révolte, je ne m'habituais pas à obéir, ni à me soumettre. Cette révolte était là, battant comme un coeur, bien vivante, je la sentais cogner en moi quand je criais en m'enfuyant dans la nuit du jardin, quand je criais, criais, criais de toutes mes forces.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Le plus souvent je me taisais (que faire d'autre dans un régime de terreur ?), je ne pouvais pas lutter, il avait tous les pouvoirs. Mais dehors, dans ces quatorze hectares entourés de barbelés, je créais de la beauté ; toute la vie apaisante des bêtes et des plantes était à mes côtés, nous vivions ensemble de l'aube à la nuit, mêlés, nous nous chérissions, nous étions vivants. Avec eux, veillait la révolte.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Dedans, j'étais une chose dont il se servait. J'étais, déshumanisée, la numéro Cinq, égale à Zéro comme toutes les autres, numéro qu'il m'aurait tatoué sur le bras s'il avait pu s'en assurer l'impunité. Dedans, autour de lui, le mot "innocence" devenait imprononçable. Sous le couvert de discours moralisateurs, de paroles humanistes, de belles musiques, Hubert Botal pervertissait.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Rien n'était dit ou fait par hasard. Il n'est pas impulsif, je le constatai bien souvent : dans la pire de ses colères, au coeur des grandes violences, jamais il ne brisa un de ses verres. Mais il cassa toute ma vaisselle, notamment celle que nous utilisions dehors. Il ne cassait jamais dedans, craignant les éclats sur ses meubles.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Parfois sur la terrasse, lorsque je débarrassais la table, une pile d'assiettes, de plats et de couverts dans les mains, il s'approchait en souriant pour m'ôter toute méfiance, se penchait tout soudain et donnait un coup brusque sous le dessous de la pile, vers le haut : couverts et assiettes me sautaient au visage avant d'éclater de toutes parts sur les briques de la terrasse.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Avec le temps je me méfiais, et ce jour-là justement, un midi, je maintins fortement les assiettes en le voyant s'approcher. Il se baissa et donna un véritable coup de poing sur le dessous de la pile. Je basculai, tout me sauta des mains, je reçus brutalement les couverts sur le visage : un couteau se ficha entre mes yeux et m'entailla profondément.&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;i&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je ramassai les débris d'assiettes, la vue brouillée par les larmes et le sang qui coulait ; il buvait tranquillement son café, face au paradis, mon jardin merveilleux.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je gardai une cicatrice qui se vit longtemps. A ceux qui posèrent des questions sur le pansement, lors de mes courses du lundi matin, je racontai qu'une branche de rosier m'avait fouettée et qu'une longue épine acérée s'était plantée là. Cependant, lorsque Jeanne m'interrogea à propos de cette blessure, je lui dis la vérité. Elle fut horrifiée mais j'excusai le monstre, le défendis, tentai de pauvres mots pour l'absoudre :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Le coup de couteau n'a pas été donné volontairement...&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Il t'a lancé fourchettes et couteaux en plein visage mais n'a pas fait exprès de t'entailler le front ? répliqua-t-elle. Je ne sais pas comment tu peux supporter tout ça ! Et tu le défends !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Comment aurais-je pu lui dire ce qui se passait vraiment ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Hubert Botal me brutalisait de toutes les manières, de celles qui ne laissent pas de marques. Il était prudent. Les poings s'arrêtaient à quelques centimètres de mon visage, faisaient régner la terreur, sans toucher. Il me secouait très fort, cessait lorsque ma tête partait trop loin, me poussait, me rattrapait, je lui hurlais d'arrêter, il secouait encore, me jetait, me saisissait avant la chute avec dégoût. J'étais en totale perte d'équilibre, marionnette désarticulée entre ses mains puissantes. Il saisissait les lobes de mes oreilles entre ses doigts et secouait ma tête en tous sens avec cette prise solide, mon corps suivait, je craignais d'avoir le cou brisé. J'eus des douleurs dans la tête, dans le cou et le haut des épaules, des marques rouges sur les bras, des lobes d'oreille brûlants pendant des heures, rien de très visible. Le café lancé au visage menaçait toujours d'être bouillant.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il me giflait, la joue brûlait, cela ne laissait pas de trace. Plus tard, il menacera d'étrangler, les doigts serrés contre mon cou, et je savais qu'il pouvait le faire d'une seule main. Il persécutait, terrorisait, torturait à distance pour s'assurer l'impunité. Aucune marque ! Que pouvait-on lui reprocher ? Et de quoi pouvais-je me plaindre ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La peur, au-delà de tout, venait de son visage déformé, sa bouche tordue, son corps et ses poings tendus à l'extrême, les mots orduriers qui jaillissaient avec de la bave. Et la haine, le désir de tuer, les ricanements. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La différence physique entre nous était grande. Que valait mon mètre cinquante cinq et mes cinquante kilos contre son mètre quatre-vingt trois et ses quatre-vingt cinq kilos ? Il a pratiqué les arts matiaux, les sports de combat avec assiduité, et l'exercice du violon depuis sa jeune enfance lui a donné une grande force dans les mains et les doigts. Même par temps calme, il dégage de la puissance. Tout en lui est dominant, ceci, dans une enveloppe curieusement juvénile. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;A Ludère, été comme hiver, il portait un short et des chaussettes blanches. Sa façon de "faire son bébé", zézayant, son visage poupin, sa silhouette et sa tenue vestimentaire, blanche le plus souvent, offraient l'innocente apparence d'un petit enfant. J'étais frappée par cette illusion, car l'instant suivant, la cruauté et le mal pouvaient jaillir de cette enveloppe, le visage se transformer, se tordre dans un agrégat de haine et de volonté destructrice.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Il commença à parler de suicide, du mien, bien entendu.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Selon lui j'avais une vie merveilleuse, il m'offrait tout ce que je pouvais désirer, toutes les femmes m'enviaient mais voilà, je m'inventais des problèmes. Je déformais la réalité pour me faire souffrir avec des choses inexistantes, je me créais des peines, des tortures, en un mot j'étais suicidaire. D'ailleurs, répétait-il, on se suicidait dans ma famille (mon frère, brisé par notre enfance douloureuse, s'est suicidé très jeune).&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu es suicidaire ! Tout ce que tu as écrit le prouve ! Agathe ! Agathe est une folle suicidaire ! affirmait-il d'une voix puissante.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ma poésie est sombre, je m'interroge et parle de la mort inéluctable, la fin de vie pour chacun d'entre nous, mais n'évoque jamais le suicide. Le suicide n'entre pas dans mon imaginaire. Cependant, avec Hubert Botal, comme à certaines périodes de mon enfance, il revenait dans ma vie. Quant à Agathe, personnage de mon roman, sa folie lui vient directement de son mari.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;A la suite des invectives d'Hubert Botal, je m'interrogeai à propos d'Agathe et découvris à quel point ce roman écrit au début de notre rencontre, à Paris, avant mon travail forcené dans le jardin, était prémonitoire : Gabriel, son mari, instaure une folie familiale. Après sa mort, Agathe perpétue cette folie jusqu'à l'extrême. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Or, prémonition, cette folie consiste en un travail harassant qui règle chaque heure de sa vie, un nourrissage et arrosage de plantes, goutte à goutte, heure par heure, jour et nuit, dans le but d'en faire des orchidées volantes. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Mais ce but, illusoire, disparaît avec Gabriel. Ne reste que le travail délirant, la folie édifiée par lui, vide de sens, qu'Agathe perpétuera follement, incapable d'arrêter, incapable de s'interroger sur la finalité de ce travail forcené, l'accentuant jusqu'à la violente phase finale.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Si Hubert Botal considérait qu'Agathe, par cette folie perpétrée, se suicidait lentement, heure par heure, jour après jour, il est évident que ce suicide avait été induit, orchestré, par Gabriel son mari.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Voulant démontrer que j'étais suicidaire en prenant pour exemple le personnage d'Agathe, Hubert Botal ne réalisait pas à quel point, pour une fois, il était dans la vérité.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Lui aussi me suicidait lentement.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;G&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;L'angoisse revient en écrivant ces mots, la douleur dans ma peau et mon mental d'alors. Comprenais-je vraiment qu'à toutes forces, et à distance pour s'assurer l'impunité, il voulait me détruire ?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Je le percevais, mais à l'arrière plan d'un dédale de sentiments sans cesse ballottés, chancelants, confus, brouillés par le stress ressenti en permanence. Cette évidence ne s'est imposée en toute clarté qu'en juillet 2003.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Auparavant, ma chair et mon cerveau, en constante réaction d'alarme, ne ressentaient rien clairement. J'étais éperdument désorientée par la façon, toujours flatteuse et élogieuse, dont il parlait de moi à l'extérieur et les signes d'affection qu'il me montrait en public. En période d'accalmie, quand ses affaires allaient comme il voulait, il me faisait encore de grandes déclarations d'amour. Je savais que tout était faux, malgré tout, je cherchais encore du vrai, je ne pouvais m'empêcher de le croire, je le croyais. Qu'espérais-je ?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;J'étais sans cesse trompée par ses deux visages diamétralement opposés, stupéfaite, oppressée de le voir passer de l'un à l'autre en un instant, de manière tout à fait calculée.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Seules persistaient les hautes certitudes qu'il assénait avec aplomb de mensonges et de torsion des faits, sans fondement, oubliées ensuite, reprises en leur contraire, n'ayant servi qu'à sa gloire de l'instant et à son auto-célébration.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je vivais des dîners, écrasée par ses discours. Il invitait. Hubert Botal n'aimait être reçu chez personne, il recevait. Dans son fief, chez lui, il dominait, s'imposait, menait les discussions, brillait de tous ses feux superbes, remplissait lui-même les verres et buvait comme il voulait, faisait visiter son jardin. La promenade dans le parc était obligatoire quel que soit le temps, les invités, prévenus, étaient priés de s'équiper.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je n'avais aucune vie à l'extérieur et ces dîners constituaient l'essentiel de mes rapports avec les autres, sous la direction d'Hubert Botal. La façon dont je pouvais m'exprimer dépendait de lui. Ainsi, notamment quand il s'agissait de nouvelles connaissances, il voulait éblouir et ne tarissait pas. Je savais quels sujets seraient abordés, les histoires qu'ils entraîneraient, lui permettant de citer ses diplômes, ses exploits de carrière, ses réussites, la façon magistrale dont il déjouait les tours que des "tordus" lançaient contre lui, le violon qu'il pratiquait, et pour qu'on sache son talent, ne manquait jamais de détailler le beau parcours d'Etienne Bredon qui venait à Ludère faire de la musique de chambre avec lui, "mon pianiste" disait-il en se rengorgeant.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les invités ne s'exprimaient jamais longuement, il avait l'art d'interrompre, &lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;mais ne semblaient pas s'en apercevoir. Subjugués, ils écoutaient, approuvaient, et leurs propos, après ce délire verbal, paraissaient fades. Hubert Botal remplissait les verres, riait fort, dominait. Je n'avais guère envie de participer et d'ailleurs, qu'aurais-je dit ? Je n'existais pas. Si l'un des convives engageait avec moi une conversation, écrasée par cette réalité, je répondais de triste manière. J'étais en dehors de la fête. Il fallait de toutes façons apporter les plats, débarrasser, servir le café. Si je restais trop longtemps dans la cuisine, il me rappelait, je devais l'assister. Personne ne devait penser que la femme d'Hubert Botal lui servait de bonne. J'étais donc là, à ses côtés, tandis qu'il s'étendait sur ses qualités en tant que mari, notamment son savoir-faire en cuisine.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il faisait la cuisine le samedi et le dimanche, et toujours pour ses invités, "la vraie cuisine étant une affaire d'homme !" &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Quant à moi j'épluchais, je nettoyais. Un grand cuisinier ne s'encombre pas de détails de salissures, ses gestes sont amples, ses ingrédients débordent des cuillères, les huiles ruissèlent, les riz sautent et s'éparpillent, les épices se lancent sur la viande dans un beau geste de semeur. Je nettoyais.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Si l'un de ses plats, ou autre chose, le contrariait, il m'insultait à voix basse dans la cuisine, lâchait sa hargne, éclaboussant volontairement à la cuillère les murs et le sol de sauce graisseuse. A l'instant où il passait la porte, il retrouvait sa mine réjouie et un ton charmeur pour les invités, lesquels attendaient avec impatience le plat du maître-cuisinier.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Quand je revenais à table, je faisais bien sûr triste figure.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Que se passe-t-il mon amour, demandait-il, tu n'apprécies pas mon plat ? Je l'ai pourtant fait pour toi, comme tu l'aimes. Tout le monde se régale, n'est-ce-pas ? lançait-il à la cantonade.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Tous approuvaient : le plat était délicieux, extraordinaire, la recette était détaillée.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Que pouvais-je faire ? Fallait-il alors se lever et dire à ces personnes réjouies les insultes et la graisse sur les murs ? &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Je ne pouvais pas, et qui m'aurait crue ? Je préservais la belle image du couple, même dans ces moments d'infinie tristesse, quand je le voyais beau et joyeux, aimant, alors qu'il venait de m'insulter à voix basse.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Les convives, en partant, devaient penser qu'Hubert Botal était brillant, sympathique, mais que sa femme était maussade, manquait d'éclat et de conversation.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Avec les personnes qu'il connaissait, il me laissait la parole, sous sa direction. Il voulait que je raconte ou approuve ses faits d'armes, ses gloires, ses batailles gagnées. Il ponctuait son discours de références non contrôlables, de dates, d'histoires refaites assénées avec aplomb et jugements moralisateurs, peu importait la vérité ni la sensibilité des uns et des autres d'ailleurs subjugués par ce déploiement verbal, lequel tendait vers un seul but : faire briller de mille éclats sa personne glorieuse.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il resservait les mêmes discours, à chaque fois plus efficaces, les détails et digressions variant selon le public, jonglait avec les dates historiques de telle manière, les multipliant, que nul n'osait apporter la contradiction ; car enfin, savait-on ce qui s'était passé en 1637 ? Non. Alors.&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;i&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Ces belles démonstrations aboutissaient souvent à l'élimination totale par la force des "flics", des juges et des médecins. Les terroristes, décrétait-il, étaient tous des "cons" car le nombre de morts qu'ils provoquaient était ridicule. Lui savait comment détruire des villes entières, il donnait des recettes. Il jubilait dans ce genre de discours. Parfois, l'alcool aidant, il se raidissait, se levait à demi de sa chaise, sa bouche se tordait ; il tendait son couteau et ses poings, prônait alors l'extermination totale par la force et la violence, des "flics" et des juges, genres honnis entre tous. J'intervenais alors, faisais diversion en me levant aussi. Je découvrais parfois dans l'auditoire quelques visages soulagés mais je ne vis jamais personne s'élever contre de tels discours, ni vraiment réagir. Hubert Botal les avait amenés à le suivre dans ses propos terroristes d'extermination, et tous l'écoutaient sans broncher.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Face à la diversion il retombait sur sa chaise, remplissait les verres, lançait un autre sujet sur un ton enjoué et brillant. L'auditoire suivait toujours.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Certaines personnes ont-elles remarqué le dérapage ? S'en souviennent-elles ? Il s'agissait le plus souvent de personnes qu'il employait dans le cadre de ses sociétés, il était toujours le patron. Il l'est resté pour certains en devenant client, craignant un consensus des employés contre lui après la chute de "Mixor". Ainsi, une secrétaire qui prenait des notes en vue de porter plainte pour harcèlement moral, a ouvert ensuite un magasin dont il est devenu un fidèle client. Le père d'un autre, artisan, se voit confier des travaux d'entretien. Il a tenté de renouer avec tous les anciens employés de "Mixor", surtout avec ceux qu'il avait traités d'effroyable manière et brisés ; il a déployé du charme (la beauté du diable comme dit l'un d'eux), de la persuasion, disant qu'il fallait oublier le passé, se revoir. Certains ont refusé net mais d'autres ont été à nouveau manipulés, il les invite, il les flatte. Il sait fouiller dans les cerveaux, il engrange les informations, les faiblesses, pour pouvoir broyer à nouveau.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;Mardi 28 mars 2000&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;Je plante l'hydrangéa "Unique" dans l'amphithéâtre, à la place de la spirée Arguta, trop volumineuse, transférée dans la haie du nouveau jardin, et installe le Pétiolaris contre le pignon de la petite maison. Je continue à transplanter les hortensias. A part les deux gros du lot (je commence par eux et suis découragée tant ils sont lourds) les autres, 23 en tout, se déterrent facilement. Le plus difficile est de les replanter dans la pente, je glisse et dévale plusieurs fois ; j'ai heureusement fait des grands trous, je n'ai pas à y revenir. Beaucoup de terre à rapporter, les mélanges ne sont pas simples, avec en dernier lieu ajout d'ardoises pilées (je m'obstine) pour les bleus.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je m'épuise dans cette pente et veux finir au plus vite car les rosiers de la grille me fendent le coeur, ils attendent toujours taille et binage. Il y a aussi les iris à désherber. Je serai hospitalisée du 3 au 11 avril (minimum), opérée le 4, la date est fixée.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;110 Salvia Superba et 75 Népétas sont dans des caisses le long du mur, elles devront attendre mon retour.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii &lt;span style="color:#000000;"&gt;Jeudi 13 avril 2000&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;Retour à la maison. L'après-midi, pas très solide, je fais le tour du jardin, replace des filets autour des petits menacés ou déjà grignotés par les lapins. Finalement, je pars avec bêche et seau pour poser des pièges à taupes dans le champ du haut, H. ne m'ayant parlé que de cela durant mes derniers jours d'hospitalisation :&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;- Les taupes, urgentissime ! Très ennuyeux que tu sois clouée là ! répétait-il, elles vont bousculer les racines des jeunes tilleuls, inutile que je me crève à planter si tu n'assures pas derrière !&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Dans la pente j'ai mal, je sens qu'il ne faudrait pas, au fond je ne veux pas, je me répète de faire demi-tour, et pourtant je continue, fébrile et flageolante je grimpe, il faut que je le fasse, quelque chose d'incontrôlable me pousse.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Là-haut je peine, mes bras tremblent. Je redescends courbée, incapable de me relever, au bord du vertige, traînant la bêche et le seau de pièges, espérant ne pas avoir rouvert des choses dans mon ventre en creusant.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Attitude de H. le soir : il n'y avait pas d'urgence.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'avais posé les pièges avec grand mal pour qu'il soit content et reconnaissant (pauvre, pauvre) mais j'apprenais soudain, après l'avoir fait, que ce n'était pas la peine de s'y précipiter. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Comme tu le dis toi-même, ajouta-t-il, les taupes contournent les racines, je n'étais pas inquiet.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il m'avait pourtant abreuvée du contraire pendant plusieurs jours, répétant qu'il fallait absolument que je m'en occupe dès mon retour, élevant même la voix dans la chambre d'hôpital qu'il arpentait, toujours debout, lors de ses rapides visites.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;Dimanche 16 avril 2000&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;Le gel a grillé les fleurs des magnolias, Brozzoni et Campbelli surtout, et quel dommage ! Il a aussi roussi les petites feuilles de l'hydrangéa Villosa. Je mets de l'engrais et bine les conifères nains, sans trop de mal dans les écorces. Je termine la plantation des Salvia Superba, à genoux comme hier, en protégeant mon ventre. Il en manque 18 pour aller jusqu'à la pointe de la glycine en arbre, je pense les trouver dans les semis spontanés du bas des Rosa Rugosa. Le temps le permettant, je laisse les népétas (elles n'ont pas trop souffert dans leurs caisses et peuvent attendre) et décide de ratisser et rouler les nouveaux gazons. J'y passe le reste de la journée, enlève des brouettes de cailloux encore proéminents et réussis à passer le rouleau sans me faire trop mal au ventre. Je fatigue quand-même. Mais cette fois ne m'écroule pas avant la nuit ! &lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je commence à me remettre et, heureusement car il y a tant à faire, les jours rallongent.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iiiii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9031899281444699341-8677613302339615780?l=crisdansunjardin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/feeds/8677613302339615780/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9031899281444699341&amp;postID=8677613302339615780&amp;isPopup=true' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/8677613302339615780'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/8677613302339615780'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/2008/03/7-chante-rossignol-chante.html' title='7 - Chante rossignol chante...'/><author><name>Salvia</name><uri>http://www.blogger.com/profile/09212169517391202046</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9031899281444699341.post-2659672730641298874</id><published>2009-01-12T10:03:00.000-08:00</published><updated>2009-02-11T13:40:08.572-08:00</updated><title type='text'>8 - Jardin mon amour, jusqu'où ?</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Quelle beauté ! En juin, la féerie des roses, la magnificence des plantes et des feuillages, les douces pelouses en écrin, tout étincelait pour accueillir les premières visites organisées par la revue dont j'ai parlé. Des personnes, venues de loin pour découvrir mon jardin, étaient reparties ravies, avaient envoyé des lettres dans lesquelles elles redisaient le bonheur de la visite. Des spécialistes affirmèrent que j'avais créé une oeuvre personnelle, d'une grande liberté, d'une réelle beauté, harmonieuse.&lt;br /&gt;Je reprenais confiance, le jardin me sauvait de tout, il me relevait quand je tombais ; pour lui, pour durer avec lui, je pouvais tout endurer, tout accepter, même l'inacceptable. Je me répétais de ne pas écouter les insultes, de laisser glisser toutes les violences, de ne pas m'y attarder. Quelle importance puisque j'avais mon jardin et le bonheur tous les jours de m'immerger dans cette merveille ; je me répétais : pense à la chance que tu as... pense à la chance que tu as...&lt;br /&gt;Pauvre, pauvre. J'essayais, mais n'y arrivais pas, je criais de plus en plus souvent au fond de mon jardin, je criais le souffle court, épuisée d'avoir couru pour fuir, je battais le sol de mes poings, impuissante, ou me serrais contre l'écorce du grand poirier centenaire : &lt;em&gt;donne-moi la force&lt;/em&gt;...&lt;br /&gt;Le piège était refermé sur moi, partout. &lt;em&gt;Comment faire ? Jardin mon amour, comment échapper ?&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Je lui parlais, il m'entendait, je percevais sa respiration, son grand coeur qui battait, les bêtes, les plantes, l'eau, son souffle, tous unis à moi, liés à ma vie, enchevêtrés dans ma chair, depuis le début de son temps de jardin.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;"Oh mon unique, je sais tout de toi, tes plantules, tes plaintes, ta soif, tes faims souterraines, ton entêtement, ta petite vertu d'astéroïde. Je sais tout de toi, je t'ai fait naître, je te grandis, je te multiplie, je te propage, je te pullule, je te prolifère, je t'aime. Ah, si je pouvais te prendre dans mes bras et t'emmener, peut-être aurais-je alors la force de m'enfuir !... Mais sans toi mon merveilleux, comment partir sans toi ?"&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A l'automne, j'entrepris de commencer un jardin autour de la petite maison ainsi qu'un potager, ces travaux s'ajoutant au nettoyage immense, aux binages, désherbages, bêchages, et à la taille de centaines de rosiers et d'arbustes. Je me noyais dans le travail, en rajoutais, rien ne me rebutait. Je travaillais sous la pluie, sous la neige, dans les tempêtes. La maison m'effrayait, je peinais à rentrer le soir.&lt;br /&gt;"Mixor" évoluait, Hubert Botal créait des emplois, rencontrait des élus, en fait, manoeuvrait pour vendre au plus vite et satisfaire ainsi son besoin de richesse, tout en répétant, fausses démonstrations à l'appui, "qu'il ne faisait rien pour l'argent". Tout cela, ses actions parfois odieuses envers nos voisins, ses manipulations, ses mensonges, quand je les percevais dirigés contre les autres, me heurtaient en tous sens.&lt;br /&gt;Toujours dans mon jardin, je ne savais rien de son comportement à l'extérieur. Il voyageait, rencontrait des financiers, des investisseurs, des patrons, des personnes de pouvoir, je n'avais que son discours ; les faits relatés tendaient toujours vers sa gloire et sa réussite, il voulait susciter mon admiration.&lt;br /&gt;Cependant, l'admiration immense que je lui portais commençait à décroître. Il continuait plus que jamais à s'auto-célébrer, à imposer l'être supérieur et intouchable qu'il affirmait être, mais je n'étais plus dupe, le miroir ternissait, l'alouette n'était plus éblouie, je percevais son vrai visage : le Mal grimaçant posé sur la coquille vide qu'il était.&lt;br /&gt;Mais si je ne l'admirais plus, si je perçais à jour les leurres et les grands mensonges qui constituaient l'essence même de sa vie, et s'il le percevait, alors je ne lui servais plus, la chose que j'étais perdait sa fonction et devait disparaître. Je sentais cela confusément : s'il découvrait que je ne l'admirais plus, je perdais ma raison d'exister. Il fallait donc continuer à l'admirer. J'avais toujours cela dans un coin de ma tête lorsqu'il me parlait.&lt;br /&gt;J'étais effrayée, me posais des questions quant à mon devenir, puis ne m'en posais plus, à nouveau noyée dans le travail et la beauté du jardin qui grandissait.&lt;br /&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Mars 2001&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les humiliations deviennent règle courante, elles font partie de ma vie quotidienne, injures et langage ordurier s'accentuent. Je n'ose plus regarder ce que je deviens, je ne me vois plus, je ne veux plus me voir, je ne m'interroge plus sur mon devenir ; je vis au jour le jour, comme mon jardin, saison après saison. Je suis vivante car il embellit, il resplendit, il est vivant.&lt;br /&gt;Les violences physiques s'accentuent, sans toutefois laisser de traces, Hubert Botal y veille de magistrale façon. Il me secoue très fort, j'ai de grandes douleurs dans le cou qui durent jusqu'au lendemain, mais aucune marque. Il me jette contre les murs ou les portes et me retient au dernier moment pour que je ne cogne pas trop fort. J'ai très peur mais je ne m'écrase pas. Il lance ses poings à quelques centimètres de mon visage. Il interdit de faire puis me punit car je n'ai pas fait. En avril, je note dans mon carnet : &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je continue au jardin malgré les violences répétées et la cruauté, poussée par une passion de beauté qui m'épuise et dont je ne perçois plus la finalité. Je vais mal vraiment.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt; &lt;span style="color:#000000;"&gt;Il avait espéré vendre "Mixor", avait beaucoup travaillé dans ce but&lt;/span&gt; et cela fut très près de se réaliser. Il allait devenir très riche, comme il disait, faisait des plans et calculait par rapport à cette richesse. La vente ne se fit pas. Il se déchaîna alors sur moi, sans aucune retenue.&lt;br /&gt;Il est totalement à l'aise, et expert, dans le transfert des responsabilités. Quoiqu'il arrive, il faut un coupable, et ce n'est jamais lui, des plus petites choses de la vie, des malheurs de l'entreprise, comme dans les grandes conséquences. Le responsable c'est l'autre, en l'occurrence moi, le plus souvent.&lt;br /&gt;Je le fuyais, me terrais dans la petite chambre du fond. La grande salle à vivre m'était interdite, sauf pour les repas obligatoires avec lui durant lesquels il s'auto-célébrait d'une manière insensée. Si je ne répondais pas, la hargne apparaissait, il fallait donc approuver. Tout cela dans la musique haïssable.&lt;br /&gt;Un soir, sous les insultes, dans les violons assassins, je lui dis vouloir reprendre un travail et saisis l'annuaire pour relever des numéros de téléphone. En fait, je bravais, car je me sentais tout à fait incapable de reprendre un travail sans son autorisation, inapte à faire un pas à l'extérieur sans son soutien.&lt;br /&gt;Il cracha aussitôt sa réponse, elle était sans appel, la même depuis toujours ; et si, tout au fond de mon cerveau délabré, j'avais pu penser une seconde qu'il pouvait, devant ma détresse, accepter de m'aider dans la recherche d'un travail, je retombai face à la criante férocité. Il me poussa contre le mur et jeta l'annuaire à terre :&lt;br /&gt;- Ton salaire de misère ira directement aux impôts, proféra-t-il entre les insultes, la bouche tordue. Si tu travailles, je divorce et tu n'auras pas un sou ! Tu perdras tout ! Regarde-toi pauvre conne, tu es incapable de travailler ! Incapable ! Tu n'as jamais rien foutu de ta vie ! Tu n'es rien ! Tu es Zéro !&lt;br /&gt;Je m'étais enfuie dans le jardin, le vent soufflait fort. Je courus loin en criant et chantant à tue-tête : " Alouette, gentille alouette, alouette, je te plumerai..."&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iiiSs&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;S&lt;/span&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;amedi 14 juillet 2001&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Les roses trémières sont superbes, de couleurs douces, bien droites mais maintenant, après la pluie, il faut les arrimer (certaines font plus de deux mètres). Je ligote aussi les dahlias de la rivière, déjà un peu écroulés. Il y a un désherbage fou à faire là-bas. Je cours partout au plus pressé, m'épuise, et suis sans cesse effarée par ce qu'il reste à faire. &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je traite les grandes oseilles du champ des érables. J'avais un reste de bidon pour sept litres qui ne suffisent absolument pas, le champ est envahi. Il faut en racheter, je n'ai plus d'argent pour ça, il faudra rogner sur autre chose. Je ne perds pas courage, pas du tout. Mais parfois je me demande jusqu'où je vais durer. Le jardin jusqu'où, et moi, jusque quand ? Des questions qui bruissent avec les abeilles sur les sauges quand je descends l'escalier des Féeries. Quelle beauté ! Oh mon jardin, comment pourrais-je te quitter ? Comment vivre sans toi ? Mon merveilleux, qu'allons-nous devenir ? &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;En août, après de multiples hésitations et reports de rendez-vous, je rencontrai une avocate pour prendre conseil. Lorsque je fus devant elle, je ressentis une grande honte, et me sentis coupable, méchante comme il disait, d'avoir osé une telle démarche. Incapable de parler des violences, j'évoquai de simples problèmes de couple, et je finis par m'accuser : tout était de ma faute, je manquais de tolérance, de patience. Quant à lui il fallait l'excuser, il avait tant de travail. L'avocate confirma qu'en cas de séparation je perdrais mon jardin, il n'y avait aucun recours, la terre appartenant à mon mari ; mon travail inouï ne me donnait rien : je travaillais pour lui. Incapable de partir, je ne sais pourquoi je voulus rencontrer cette avocate. Elle dit finalement ce que j'avais envie d'entendre : il fallait patienter, les choses s'arrangeraient peut-être. &lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;Je me sentais plus démunie encore qu'en 98, lors de ma fuite ratée. Je n'espérais plus d'amélioration, savais y laisser la clarté de mon mental, le fond de ma vie même, mon intégralité de personne humaine. J'avais honte, je m'accusais : n'étais-je pas responsable, par mon intolérance, mon incapacité à le comprendre, à l'accepter tel qu'il était, de l'augmentation des violences ? J'étais dans un état de soumission et de dépendance absolue, dans l'irrespect de moi-même, avilie, déshumanisée, persuadée (cela était gravé dans mon corps et mon esprit) de n'être rien sans lui, conditionnée par le renvoi d'une image de nullité distillée et assénée depuis des années, jour après jour, incapable d'assumer seule la démarche pour retrouver un emploi, d'aller contre lui, de désobéir. Je n'avais pas d'amis, personne à qui me confier et demander de l'aide.&lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Mais pensais-je vraiment en ces termes ? Je ne sais. Je voulais simplement durer, poursuivre mon jardin coûte que coûte, dans une obsession inexplicable, aller jusqu'à l'aboutissement de mon oeuvre. Malgré les dires et les dénigrements d'Hubert Botal, je voyais l'émerveillement dans les yeux des visiteurs. Je voulais poursuivre, à tous prix. Ne disait-il pas qu'un jour, bien sûr, nous ouvririons le jardin au public ? Je le croyais malgré tout, voulais durer jusque là, récolter enfin les fruits de mon travail. Pauvre, pauvre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6600cc;"&gt;Si je m'étais trouvée dans des conditions limites, des falaises insurmontables, l'eau montante, la peur de me noyer ou d'être écrasée, je me serais battue de toutes mes forces, aurais tenté toutes les possibilités, même les plus folles, pour survivre. Là, je ne bougeais pas le moindre doigt pour me sauver. Une partie de mon cerveau, lié à la survie, était paralysé. Je ne pensais pas. Je travaillais à corps perdu, ne me préoccupais plus de ce corps, me multipliais les taches et les travaux, ne me projetais plus dans l'avenir qu'au rythme des sèves, des feuillages et des floraisons.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;J'avais beau chanter en travaillant, des larmes venaient dans mes yeux. Je ne parvenais plus à me rassurer. Je me souvenais qu'au début, il me caressait la tête et demandait avec grande douceur : &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;-Parle-moi&lt;/span&gt; de tes chagrins.&lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;Pour mon malheur j'avais raconté, il se servait de cela pour me briser, disait avec un dégoût et une haine qui tordait sa bouche, lorsque j'allais m'enfuir dans le jardin :&lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;- Tes chagrins de merde ! Tes chagrins de salope !&lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;Puis il redevenait gentil, disait des mots d'amour, des serments, faisait des cadeaux. Ainsi il m'offrit, un par un pour réaffirmer son amour, une collection de très beaux camélias, tous déjà grands et imposants, superbes. Je les plantai sur les bords de rivière, avec beaucoup de mal car les mottes étaient lourdes (je ne pouvais les soulever et les faisais rouler), il fallait ramener de la terre de bruyère, faire d'énormes trous dans la pente, tuteurer, je m'épuisais des jours durant à les planter mais soit, il s'agissait de cadeaux, je n'allais pas me plaindre, j'étais néanmoins heureuse de les installer, de les soigner, de les imaginer en fleurs. J'avais tout pour être heureuse comme il disait, toutes les femmes m'enviaient ; je pouvais bien, en compensation, me donner un peu de mal. &lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;Je les plantais pour lui, mes cadeaux étaient déjà sa propriété, ma peine ne comptait pas. Je ne savais pas alors que jamais je ne les verrais grandir.&lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9031899281444699341-2659672730641298874?l=crisdansunjardin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/feeds/2659672730641298874/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9031899281444699341&amp;postID=2659672730641298874&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/2659672730641298874'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/2659672730641298874'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/2008/03/8-jardin-mon-amour-jusquo.html' title='8 - Jardin mon amour, jusqu&apos;où ?'/><author><name>Salvia</name><uri>http://www.blogger.com/profile/09212169517391202046</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9031899281444699341.post-5228500112989951311</id><published>2009-01-11T08:30:00.000-08:00</published><updated>2009-02-23T13:03:49.466-08:00</updated><title type='text'>9 - Relève-toi, je t'en prie, relève-toi...</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6633ff;"&gt;Je peine un peu à poursuivre ce récit, tout est si difficile à écrire, j'ai honte, comment ai-je pu sombrer ainsi sans réagir, accepter tant d'humiliations ?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6633ff;"&gt;J'ai grande pitié aujourd'hui pour celle que j'étais alors, pauvre chose courbée sur la terre, apeurée, &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_0"&gt;décervelée&lt;/span&gt;, je voudrais lui dire : "&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_1"&gt;Relève-toi&lt;/span&gt;, je t'en prie, &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_2"&gt;relève-toi&lt;/span&gt;..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_3"&gt;iiii&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Hubert &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_4"&gt;Botal&lt;/span&gt; n'éprouve pas de sentiment. Je ne l'ai jamais vu triste, ou même chagriné, encore moins dépressif. Si les personnes ou les évènements ne plient pas sous sa volonté, il déborde de rage et de haine, met tout en oeuvre, son intelligence aidant, pour redresser la barre et vaincre.&lt;br /&gt;Il ne garde ni lettres, ni photos. Peu avant sa mort, sa mère envoya une lettre déchirante dans laquelle elle lui disait adieu et réaffirmait tout son amour (il fut adoré, adulé par sa mère). Il lut rapidement la lettre dans la cuisine, la froissa et la jeta dans la poubelle. Je repris la lettre, qui m'était également adressée, la lus, courus derrière lui et demandai :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu jettes une lettre pareille ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il répondit d'un ton banal, débouchant une bouteille de vin pour le déjeuner :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je ne garde jamais les lettres.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il ne faisait pas d'exception. Il ne revit jamais sa mère vivante.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'ai peu connu sa mère. Cette femme déjà âgée m'avait accueillie avec grande joie, persuadée que j'étais la femme, enfin, qui convenait à son fils. On lisait dans ses yeux et dans toutes ses attitudes l'amour et l'admiration sans limite qu'elle lui portait. Après sa disparition, son père vint quelques fois à &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_5"&gt;Ludère&lt;/span&gt; mais Hubert &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_6"&gt;Botal&lt;/span&gt; ne supportait pas sa présence ; il se déchaînait alors contre moi, ces visites approfondissaient mon enfer.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dès notre rencontre, il m'avait gravement mise en garde contre ses parents, les accusant d'une multitude de manquements à son égard. Il était impératif de nous garder à distance car, &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_7"&gt;répétait-il&lt;/span&gt;, ses parents avaient "cassé" tous ses mariages. Je n'avais pas de famille et, dès le début, par de multiples mensonges et manipulations, il m'éloigna de la sienne. Il affirmait que son frère était un menteur invétéré, un malade qu'il ne fallait pas écouter, il haïssait sa belle soeur.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_8"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6633ff;"&gt;J'étais souvent effrayée de le voir ainsi voguer en force, indifférent, n'éprouvant sentiment ni respect pour personne, insensible à la souffrance des autres, la foulant au pied, ou jouissant de la provoquer. Pourtant, pendant longtemps je ne pus l'admettre, j'occultais, refusais de croire l'évidence, lui trouvais des excuses, le défendais envers et contre tout. Je me disais : "non, ce n'est pas possible, il y a sans doute autre chose que je ne comprends pas, que j'ignore... il ne peut pas être un tel monstre, non, il n'a pas pu le faire exprès, non, non, ce n'est pas possible..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_9"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6633ff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Il est insensible à la chaleur et au froid. Il courait en pleine canicule sur des routes dont le goudron fondait sous ses chaussures, il a fait des courses dans le désert, s'en vantait et racontait la mine ébahie des bédouins qui le regardaient courir.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cependant, c'est du froid dont j'ai souffert. Nous dormions la fenêtre ouverte, il l'exigeait, été comme hiver. Il dormait nu et m'obligeait à faire de même, je devais être à disposition, il refusait que je me couvre. Combien de fois m'étais-je réveillée au milieu de la nuit, les membres raidis, glacée, comme morte ? Je ne voulais pas me rapprocher de lui de peur qu'il se réveille et qu'il ait une envie quelconque. Je me levais et m'enroulais dans ma robe de chambre mais, à demi endormi, il me poussait et tirait sur mon vêtement jusqu'à ce que je l'enlève. J'allais me réchauffer dans la cuisine, enviais les chiens qui dormaient là, au chaud dans leur paniers, aurais aimé m'enrouler près d'eux.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il voulait manger dehors par tous les temps. Nous avions un grand parasol qui servait de parapluie et je déjeunais dehors en janvier et février, avec des gants, transie malgré les manteaux. Pour lui tout allait très bien, il passait l'hiver en short.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dans l'entreprise, les employés enfilaient un manteau avant d'entrer dans son bureau, fenêtres ouvertes à tous les vents glacés. J'ai su ensuite, par une des secrétaires, qu'il se vantait là-bas de me faire manger dehors par des températures avoisinant le zéro ; devant leur étonnement sur ma docilité il avait déclaré :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- De toutes façons, elle n'a pas le choix.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_10"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_11"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;Mardi 13 août 2001&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je récolte les &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_12"&gt;aulx&lt;/span&gt; et les pommes de terre, bien grosses et belles. L'ail a fière allure malgré la rouille en fin de parcours, je le suspends à côté des échalotes, sous l'appentis. J'enlève les feuilles basses des tomates, et toutes les tiges qui traînent au sol, j'éclaircis car elles commencent à être malades ( comme l'an dernier ) malgré la bouillie bordelaise. Les tomates cerises vont bien et sont délicieuses. Beaucoup de courgettes et de fraises. Par contre, toujours des malheurs avec les aubergines qui ne poussent pas, les fleurs sont des misères. Je récolte des piments et des poivrons de bonne taille. Il faudrait de nouveau récolter la rhubarbe mais je file aux fleurs fanées des roses galliques. Gros nettoyage et taille légère des rosiers qui terminent, avec binage de la terre qui commence à craqueler par endroits.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;J'accueille les randonneurs comme prévu ( H. est absent jusque demain et j'en profite ) et passe quelques heures enchanteresses avec eux dans le jardin. Ils sont éblouis, les questions fusent, beaucoup d'humour et de gentillesse, je passe pour une grande mystérieuse. Je me rends compte, émerveillée que l'on peut ainsi dialoguer simplement avec des personnes, émettre des opinions, être écoutée. Je redécouvre avec joie, quelques heures, cette sensation naturelle du dialogue, sans crainte, sans culpabilité, sans oppression, la simple possibilité de pouvoir s'exprimer et communiquer. Le soir, seule et tranquille avec les chiens, je réalise encore ma joie d'avoir pu parler avec des êtres humains, d'avoir été reconnue par eux.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_13"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Les Week-ends ne sont plus &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_14"&gt;qu'accumulation&lt;/span&gt; d'angoisse. Je guette, coeur affolé et corps tremblant, le bruit des machines. Si l'une d'elles ne démarre pas, Hubert &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_15"&gt;Botal&lt;/span&gt; me siffle à toutes forces, où que je sois dans le parc.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il ne met jamais les mains dans la mécanique et lorsque j'arrive en courant il a déjà appelé le dépanneur, mais il a un besoin absolu de ma présence, besoin de m'abattre et de m'injurier afin de pouvoir surmonter le désagrément occasionné par la panne. Comme en toute autre contrariété.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;De loin, sur le terrain, je vois à sa façon de marcher ( bras et poings tendus, jambes levées haut et bottes claquées sur le sol ) qu'il a un problème quelconque. Je sais alors qu'il m'agressera à propos de l'heure du déjeuner.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les heures des repas, fixées par lui selon son programme du jour, doivent être respectées à la seconde près. Si son programme, établi dès le matin, ne se déroule pas comme prévu, je suis forcément en retard. Il ment alors sans retenue à propos de l'heure donnée, crie que je n'écoute pas ses consignes, que manger avec moi est un calvaire car je suis toujours en retard. Quand il rectifie l'heure à cause d'un changement de programme, je m'aligne sur la dernière heure donnée, mais ce n'est pas la bonne. Il hurle que je n'écoute jamais ce qu'il dit, que " je me fous " de son travail. Si je décide de ne pas répondre, le ton monte. Le mieux est de m'excuser, d'admettre ma faute, mais souvent je finis par quitter la table et manger debout dans la cuisine. Cela se répète chaque week-end. J'appréhende ses vacances et ses jours de congés. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_16"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Je vérifiais sans cesse son besoin de faire mal, de toutes les manières. Il ne fallait montrer aucun bien-être, aucun bonheur, même des plus simples, sous peine de sanctions immédiates variant de la petite phrase cruelle à la menace de démolition par les poings. Les menaces physiques m'atteignaient moins que ces phrases terribles qui me poursuivaient et endolorissaient mon corps et mon âme pendant des jours.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_17"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Ce jour là, pour éviter toute colère, je mets le couvert sur la terrasse et prépare le déjeuner largement avant l'heure fixée, 12h13. Je l'attends. Il fait beau, je suis contente de mon travail, émerveillée des floraisons et des feuillages, sait qu'il ne faudra guère en parler ni montrer satisfaction mais soit, je sais garder mon bonheur pour moi, j'ai appris. Il se met à table en racontant avec détails, comme d'habitude, tout ce qu'il a fait dans la matinée, j'apporte les plats et prends place. Les hirondelles nourrissent leurs petits dans le garage, les bergeronnettes piètent sur la pelouse, les rosiers "&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_18"&gt;Félicia&lt;/span&gt;" embaument, le ciel est d'une pureté radieuse, le paradis s'étend devant moi.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_19"&gt;Poussé-je&lt;/span&gt; un soupir d'aise et de ravissement dans la contemplation ? Sans doute, car soudain il se tait, son visage se transforme et il déclare d'une voix puissante et glacée, méprisante, détachant chaque mot :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_20"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;- Tu n'es plus qu'une vieille femme.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les oiseaux et les parfums disparaissent, tout s'assombrit. Une fin de vie misérable, celle qu'il me prépare, se tient là, devant moi.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je grignote vaguement tandis que, satisfait, il annonce la suite de son programme, indique l'heure du dîner. Après avoir débarrassé et servi le café, retenant des sanglots, je me plante devant lui ; il boit son café, face au paradis :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_21"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;- &lt;/span&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je te félicite sur le choix des mots, &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_22"&gt;dis-je&lt;/span&gt;. De ta mère, à quatre-vingt-dix ans, tu disais qu'elle était une vieille dame. J'en ai quarante de moins et je suis une vieille femme ?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'ai vu alors ce que, de ma vie, je ne veux jamais revoir : le mal à l'état pur crevant à la surface, un rictus de plaisir songeur, infiniment satisfait, diabolique. Il réalisait soudain m'avoir atteinte et blessée bien plus fort que prévu et fait beaucoup plus de mal &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_23"&gt;qu'escompté&lt;/span&gt;. Seule, sans intervention de sa part, je m'étais comparée à sa mère (comparée à lui, donc ) et m'étais jugée commune, usée, misérable, un pauvre corps, un pauvre cerveau, la laideur, la vulgarité. A ma question, le rictus s'élargissant, éclairé par mille démons dans le plaisir de blesser encore, il répondit :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_24"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; -Oui, ma mère était une vieille dame, toi tu n'es qu'une vieille femme.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_25"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;En septembre, désespérée, seule, ayant un immense besoin de communiquer, je décidai d'avoir une amie que je garderais cachée de lui. J'appelai &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_26"&gt;Christine&lt;/span&gt; &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_27"&gt;Courteil&lt;/span&gt; venue visiter mon jardin en juin et que j'avais appréciée. Elle était absente, je laissai plusieurs messages sur son répondeur, inquiète, perdue, imaginant déjà cette rencontre impossible. A son retour, &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_28"&gt;Christine&lt;/span&gt; me sentit dans l'urgence et répondit pleinement à mon attente ; elle habitait heureusement non loin de &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_29"&gt;Ludère&lt;/span&gt;, nous nous visitâmes et fîmes des échanges de plantes, toujours rapidement et en l'absence &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_30"&gt;d'Hubert&lt;/span&gt; &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_31"&gt;Botal&lt;/span&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je ne parlais pas de ma vie mais &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_32"&gt;Christine&lt;/span&gt; était là, toujours, lorsque j'avais besoin d'une présence, d'une voix au téléphone. Quelques semaines plus tard &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_33"&gt;Marianne&lt;/span&gt; &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_34"&gt;Lagny&lt;/span&gt;, rencontrée lors de la même visite en juin, prit contact : elle désirait remanier son jardin et donner plantes et rosiers difficiles à cultiver. Je l'accueillis avec grand plaisir, mais freinai immédiatement ses désirs de m'emmener visiter d'autres jardins.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;L'excuse donnée pour éviter de sortir ou de les recevoir était toujours la même : j'avais trop de travail à faire dans le jardin, chaque minute était comptée, je n'avais de temps pour rien d'autre ( et c'était d'ailleurs l'exacte réalité ). Je désirais plus que tout conserver leur amitié mais était obligée de les tenir à distance.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Elles acceptèrent cette relation. &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_35"&gt;Marianne&lt;/span&gt; déposait des plantes sur le parking, sans me déranger ; le plus souvent elles se contentaient du téléphone, le matin tôt, avant la journée de travail et après le départ &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_36"&gt;d'Hubert&lt;/span&gt; &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_37"&gt;Botal&lt;/span&gt;. Plus tard, elles avouèrent s'être interrogées ensemble à propos de mon travail insensé, elles n'en comprenaient ni les raisons, ni la finalité. Bien qu'étant elles aussi passionnées de plantes et de jardins, poussées par le même besoin de création, de beauté, elles ne pouvaient cependant comprendre ma façon de vivre qui ne laissait place à rien d'autre, ni expliquer cette escalade dans le travail que je m'imposais. Elles avaient parlé de folie mais aussi, avaient perçu que j'avais peur de mon mari.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_38"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_39"&gt;iiD&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_40"&gt;Di&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;manche 10 février 2002&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;Je m'attaque au massif ouest de la petite maison. La terre est bonne mais envahie de racines (du chèvrefeuille mais aussi du frêne qui est pourtant loin) et de cailloux. Cela devient de plus en plus difficile, de grosses pierres apparaissent enserrées de racines que je dégage à la pioche, bêche, barre à mine, jusqu'au moment ou j'atteins un ancien chemin enfoui, bien damé de gros cailloux et de déchets de poterie. Je les transporte à la brouette jusqu'aux ornières du nouveau chemin que je décide de combler. Mon &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_41"&gt;Pipito&lt;/span&gt; me suit partout, bien dodu et la gorge rouge éclatant. Dès que je creuse, il guette les vers de terre que je sauve de la bêche. Je les cache sous mon seau pour les sauver de lui avant de les remettre dans la terre, il volette alors sur le seau, attentif. Et ce matin, s'est même posé sur ma botte, aux premières loges pour voir dans la terre que je creuse.&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;J'avance lentement, emporte une vingtaine de brouettes de cailloux, les ornières peu à peu se comblent. Avec les mottes d'herbe, je bouche les ornières moins profondes qui tournent autour de l'abricotier, puis celles qui courent vers le &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_42"&gt;liquidenbar&lt;/span&gt; et les ginkgos, enfin les énormes qui vont &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_43"&gt;juqu'aux&lt;/span&gt; lilas. Cela fera des tonnes de mottes pour descendre jusqu'au compost et au-delà. &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_44"&gt;Réussirai-je&lt;/span&gt; à transformer cette partie labourée de traces de roue en une belle et douce pelouse ? En attendant, je peine dans la boue et les cailloux.&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_45"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;J'avais deux amies, je me sentais aimée d'elles et respectée, je n'étais plus seule. Nous parlions essentiellement de plantes mais je savais qu'elles répondraient au moindre appel, je reprenais confiance.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ayant très peur &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_46"&gt;qu'Hubert&lt;/span&gt; &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_47"&gt;Botal&lt;/span&gt; nous surprenne et découvre tout soudain l'existence de mes amies, je parlai d'elles incidemment, les présentant comme des relations de jardin que je ne côtoyais ni ne connaissais vraiment, avec qui je faisais de temps à autre des échanges de plantes. Je le fis profiter de ces échanges en plantant dans sa partie quelques petits arbres et arbustes donnés, il fut satisfait, je n'en dis pas plus.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_48"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Au printemps, je désherbai et plantai les bords de rivière entre les deux ponts, gigantesque travail qui ne me laissa plus une minute, rattrapé bientôt par les bêchages de massifs et les amendements, les traitements, les nettoyages et tailles, et enfin les tontes. J'avais le dos cassé malgré la gymnastique que je m'imposais tous les jours, depuis des années, pour le protéger.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Hubert &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_49"&gt;Botal&lt;/span&gt; étant à Paris, j'accueillis un matin mon amie &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_50"&gt;Marianne&lt;/span&gt; venue apporter des plantes et s'apprêtant à les déposer devant la grille sans se manifester, comme convenu. Je lui fis visiter mes nouvelles créations à la rivière et lui parlai des prochaines, énorme projet d'immenses massifs derrière la petite maison.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_51"&gt;Marianne&lt;/span&gt; écouta sans dire un mot, puis soudain :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Cela n'a pas de sens ! Derrière quoi &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_52"&gt;courez-vous&lt;/span&gt; ? L'entretien de ce qui existe représente déjà un travail monstrueux, &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_53"&gt;allez-vous&lt;/span&gt; travailler jour et nuit ? Que &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_54"&gt;voulez-vous&lt;/span&gt; ? Tomber d'épuisement ? Il faudra bien cesser, vous ne pourrez plus ! Cette course au travail est une vraie folie ! Vous n'avez plus de temps pour rien, vous vous en rajoutez encore ! Jusqu'où &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_55"&gt;voulez-vous&lt;/span&gt; aller ? Qu'est-ce qui vous pousse ? Que &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_56"&gt;fuyez-vous&lt;/span&gt; ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_57"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Ces paroles me poursuivirent pendant des jours, &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_58"&gt;Marianne&lt;/span&gt; avait raison, cela n'avait pas de sens.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Je savais ce que je fuyais mais ne dis rien à mon amie, je m'enfermais à toutes forces dans le silence. Le travail était la seule façon de durer. Je créais de la beauté tous les jours, multipliais les projets d'embellissement, en rajoutais, aucun travail ne me rebutait, j'allais au-delà de la fatigue.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Parfois, courbée sur la terre, pendant une seconde je réalisais que je &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_59"&gt;m'engluais&lt;/span&gt; dans un leurre gigantesque. "Tu deviens folle, me &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_60"&gt;disais-je&lt;/span&gt;, arrête, que &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_61"&gt;vas-tu&lt;/span&gt; devenir ?"&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Pourtant je continuais, avec un acharnement que je refusais d'analyser. Je faisais sans cesse des projets d'avenir pour le jardin, rien n'était trop beau pour lui, mais pour moi, je ne pensais plus au lendemain. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Tant que je durais pour le jardin, je durais. Au sentiment de perdition que j'éprouvais s'opposait ce fait indiscutable : il m'était impossible (impensable, inimaginable) de quitter mon jardin, d'abandonner mon oeuvre.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;De l'aube à la nuit je travaillais ; aussi incroyable que cela puisse paraître, je travaillais toujours pour lui, pour qu'il reconnaisse mon travail et de ce fait, mon existence. Je n'avais plus le goût de m'habiller, de prendre soin de moi, ne me regardais plus. Peu importait ce que je devenais. Je sombrais, je savais que je sombrais, mais mon obstination était sans limite. Je lançais mon jardin dans l'avenir des saisons, de toutes mes forces. Comme il ne pouvait être sans moi, j'existais à travers lui, jour après jour, avec ma peine.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Oui, j'ai grande pitié aujourd'hui pour celle que j'étais alors, pauvre chose courbée sur la terre, apeurée, décervelée, je voudrais lui dire : "relève-toi, je t'en prie, relève-toi..."&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Hubert Botal tentait toujours de vendre "Mixor", à chaque déboire il s'abattait sur moi, sa haine n'avait plus de limite, elle éclatait et crevait tous les possibles, la perversité ne se cachait plus.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;un soir de scène terrible ( de plus en plus souvent il pointait vers moi le couteau effilé qui lui servait à couper sa viande qu'il mangeait toujours crue ) ce soir là, après m'être enfuie dans le jardin, je revins dans la grande salle. Il lisait le journal, la pipe à la bouche ; la musique, baissée après ma fuite, veillait en grondant, menaçante.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Que veux-tu de moi ? lançai-je, debout à la porte, raidie, à bout de résistance. Pourquoi cette haine, ces crachats qui sortent de ta bouche ?... Je demande une réponse... Pourquoi ces menaces et le dénigrement permanent ? Tu prends plaisir à voir ma souffrance, tu veux me faire mourir, pourquoi ?... Je demande une réponse... Sais-tu que je suis un être humain ? Tu ne me considères plus comme un être humain, pourquoi ?... Réponds-moi ! Il ne répondait pas, me fixait de ses yeux froids que l'on voyait mal. Je me tus, la musique m'affolait, je reculais. Il dit alors sur un ton glacé, soupirant, las d'avoir encore à répéter cette évidence :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je suis très gentil avec toi. Je trouve que j'ai beaucoup de patience. Regarde-toi, tu ne ressembles plus à rien. Tu n'es plus rien.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Puis il se remit à sa lecture.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Suffocant, je refermai la porte sur l'antre du monstre, égarée, terrifiée une fois de plus par l'impossibilité absolue de toute communication, craignant de devenir la folle qu'il m'accusait d'être. Lentement, je rejoignis les chiens dans la cuisine. Ils étaient couchés au fond de leur panier, inquiets, apeurés ; je m'accroupis, ils me léchèrent les mains, tout joyeux de me sentir là, serrée contre eux. Les violences de leur maître les terrorisaient, ils les pressentaient, en détectaient les moindres signes précurseurs. Ils filaient alors vers leur panier, tremblants, la queue serrée entre les pattes, et s'y aplatissaient. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Hubert Botal aimait ses chiens, se comportait en bon maître, exigeait en retour qu'ils fussent parfaitement obéissants, ils l'étaient. Il ne s'est jamais montré violent avec les chiens, ni même agressif, il les caressait, les félicitait, j'aurais aimé qu'il me traitât aussi bien.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Lorsqu'il remontait du jardin je savais à sa façon de marcher, ses poings tendus, puis à la manière dont il retirait ses bottes, je savais que la hargne était là, qu'elle éclaterait inexorablement. Les chiens aussi le sentaient, de très loin ; ils levaient alors le nez vers moi, inquiets, oreilles couchées. Nous attendions.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les chiens reconnaissaient la hargne au bruit de la voiture qui tournait sur le parking, au claquement de la portière. Certains jours, attendant leur maître à la grille, joyeux et frétillants, il s'aplatissaient soudain, tremblants, alors que la voiture manoeuvrait pour se garer. Apeurés, il regardait venir Hubert Botal, lui faisaient une fête rapide et forcée (obligatoire), oreilles aplaties, queue crispée, puis filaient vers leur panier. La hargne était là, elle éclaterait sous n'importe quel prétexte, les chiens ne se trompaient jamais.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Au cours des repas, ils la sentaient venir à des signes imperceptibles, des intonations, des gestes, la chaise sur laquelle le maître se balançait. Les chiens dressaient soudain la tête, changeaient de place sur le tapis, bougeaient, mal à l'aise, puis s'immobilisaient, tremblants, tétanisés. Lilith se réfugiait sous la table, se collait contre mes jambes. Le danger était détecté, les alarmes clignotaient.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Malgré leur désir de rejoindre leur panier, les chiens ne pouvaient sortir de la pièce, la porte de communication étant obligatoirement fermée, le ton montait si je voulais l'ouvrir pour aller chercher le sel ou autre chose dans la cuisine. Hubert Botal, qui passait l'hiver en short, recevait (soi disant) par cette porte, même ouverte une seconde, des courants d'air insupportables sur ses jambes. Lorsqu'il s'asseyait à table il fermait la porte, je devais alors m'assoir et ne plus bouger. Il fallait veiller, lorsque je mettais le couvert, à ne rien oublier, pour moi, bien entendu.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Car lui avait tous pouvoirs sur cette porte, il allait et venait selon ses besoins et dans ce cas, les courants d'air n'existaient pas.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Comme les chiens, je sentais monter la violence et ne pouvais pas m'échapper. Nous étions enfermés dedans.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;La terreur ressentie par les chiens, ces signes physiques démesurés, tremblements incoercibles, tétanisation, refus de s'alimenter des heures durant, cette façon de s'aplatir comme pour rentrer sous terre alors que la violence n'était jamais dirigée contre eux, cette terreur m'effrayait. Que sentaient-il qui les terrifiait à ce point ?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;i&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iiii&lt;/span&gt;i&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Jeanne amenait Elise à Ludère quelques jours à chaque vacances. Je la conduisais aux cours de poney, puis au stage, elle jouait bien avec les petits voisins ce qui me permettait de ne pas m'éloigner du jardin. Une journée sans travailler ne me paraissait pas possible. J'essayais de communiquer cette passion à Elise, lui faisais découvrir les plantes, les insectes, les bêtes, elle m'aidait dans les travaux simples, nous parlions beaucoup et étions très proches. Elise craignait toujours la nuit et je l'endormais le soir dans les secrets, les confidences et les histoires ; j'écrivais mes carnets, ne quittais la petite chambre que lorsque Elise était endormie. Je ne demandais plus la permission, Hubert Botal n'éclatait pas en crises violentes durant les séjours d'Elise, elle était assez grande pour être témoin.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;De même, je réussis au fil du temps, malgré la rage et les ordres répétés, à ne plus rendre hommage le matin sur le parking lors des séjours d'Elise. Souffrant de terreurs nocturnes, Elise me voulait toujours près d'elle, avait peur de se réveiller seule. Le soir, elle me faisait promettre d'être dans la maison à son réveil, de ne pas sortir sur le parking. Je promettais.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Depuis toujours, lorsqu'il s'apprêtait à partir le matin, la main sur la poignée de la porte, Hubert Botal criait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- HOMMAGE !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cela signifiait que les chiens et moi devions l'accompagner jusqu'à sa voiture garée sur le parking situé devant la maison, de l'autre côté de la petite route de campagne, et lui rendre hommage en l'assistant jusqu'à son départ. Il fallait se précipiter quel que soit le temps, les chiens étaient toujours prêts, contents de sortir sur la route et d'aller en flairer les abords. Si je ne m'apprêtais pas assez vite, Lobo venait me chercher, me regardait l'air de dire : " le maître a appelé, tu n'as pas entendu ? Il s'impatiente." Je n'avais parfois pas le temps de mettre un manteau.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ces "hommages" consistaient à ouvrir et à refermer la barrière. J'étais porteuse de bagages le cas échéant et faisais sans conteste et chaque jour, office de barrière automatique.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Après des années, je réussis enfin à refuser de rendre ces hommages pendant les séjours d'Elise. Ces matins là, il emmenaient néanmoins les chiens tant leur demande était grande d'aller flairer sur la route ; il ouvrait lui-même la barrière, sortait du parking, descendait de voiture pour rentrer les chiens et refermer la barrière puis s'éloignait dans un crissement de pneus. Je le voyais par la fenêtre, je décelais la hargne qui montait, surtout par mauvais temps. Il hurlait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je suis en retard à cause de tes caprices !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les chiens n'étaient pas tranquilles, ne s'attardaient pas, même si les odeurs étaient bonnes rentraient vite avant d'être rappelés.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Hubert Botal enrageait mais il ne fit jamais d'éclat devant Elise, il se montrait toujours charmant devant elle. Il manipulait, tentait de lui donner une image dévalorisante de moi. Je l'entendais parfois :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Ne lui dis pas, tu sais bien elle ne comprend rien, ce n'est pas la peine elle n'entendra pas, tu sais bien qu'elle est sourde...&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il la complimentait beaucoup, insistait sur le fait qu'elle et lui se ressemblaient, que tous les autres, notamment moi, étaient beaucoup moins bien. Je ne rectifiais rien, je laissais faire, trop heureuse de l'absence de violence, et la petite n'en souffrait aucunement. Nous avions ensemble des rapports de connivence et de tendresse qui me rassuraient, les discours d'Hubert Botal ne pouvaient nous atteindre.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Pourtant, voulant à toutes forces me dévaloriser, Hubert Botal finissait parfois par inquiéter l'enfant. Un soir, avant de s'endormir, Elise demanda :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Pourquoi tu n'as pas de maison ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- J'ai une maison voyons, Elise, tu es dans ma maison.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Non, Hubert m'a dit que c'est sa maison à lui, que toi tu n'as pas de maison. Il dit que le jardin est à lui aussi, et pas à toi. Mais c'est toi qui fais le jardin, c'est quand-même ton jardin, je lui ai dit. Il a répondu que non.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Nous sommes mariés, c'est notre maison et notre jardin.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Non, il dit que c'est à lui seulement. Il dit que tu n'as rien.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu sais, tant que nous sommes mariés, c'est aussi ma maison et mon jardin. Mais pourquoi avez-vous parlé de ça ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- C'est lui qui voulait me dire ça.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Durant l'été, j'organisai une visite du jardin avec des historiens de la région mais, Hubert Botal refusant toute publicité, cette visite ne fut pas inscrite dans le programme et il y eut très peu de monde. Un journaliste vint, suivit la visite par plaisir mais comprit l'interdiction formelle de toute forme de publication, il ne fit pas d'article. Le jardin était splendide, je fus déçue du peu de visiteurs, c'était le seul moment pour moi de montrer cette oeuvre à laquelle je travaillais tant. Je fis deux autres visites "sauvages" que j'écourtai tant j'avais peur qu'il ne rentre plus tôt que prévu et croise les visiteurs. Ce fut tout pour cette année. J'en souffrais plus que je ne saurais dire.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Plus que jamais Hubert Botal se glorifiait du jardin, y invitait ses amis. Ce n'était pas pour moi aussi important que les visites de personnes extérieures, mais j'attendais néanmoins avec espoir ces "invités" qui allaient voir mon jardin. Je notais cependant un énervement de sa part, une rage cachée lorsque des personnes s'attardaient dans ma partie, dans la roseraie notamment, et me félicitaient. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il décida durant l'été un parcours pour ses invités permettant de visiter toutes les collections d'arbres, d'aller au plus près des haies, de donner en chemin des cours de botanique et d'écarter ainsi mon jardin ; on contournait mes réalisations, on ne les abordait pas. Les visiteurs tournaient sans cesse la tête de ce côté, attirés par l'harmonie de la roseraie et les couleurs, les massifs bordés de bleu, la douceur vallonnée de l'immense pelouse, les feuillages et les fleurs, la beauté qu'ils voyaient toujours de loin. Ils réclamaient. Hubert Botal répétait rapidement que oui, on remonterait par là. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Lorsque, enfin, on traversait mon jardin pour revenir, il était l'heure de déjeuner, Hubert Botal avait faim, il était "hors question" de s'attarder, ni de commenter. Il est vrai que les invités, après deux heures de marche dans les champs, soûlés d'explications végétales et de noms latins, étaient fatigués et affamés eux aussi.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ainsi, il réussissait à faire traverser mon jardin au pas de course.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'étais meurtrie par cette nouvelle attitude qui ajoutait à la négation de mon travail, de mes réalisations, de mon existence même. J'étais Zéro. Je sombrais. La révolte qui veillait, petite flamme fragile, menaçait de s'éteindre. J'avais de plus en plus souvent le sentiment de n'être pas innocente, d'avoir sûrement mérité d'être ainsi traitée. Avilie, déshumanisée, j'avais honte et me sentais coupable. Venait alors un désespoir qui me poussait à travailler davantage pour qu'enfin il reconnaisse mon travail et mon existence. Je m'obstinais. Je multipliais les travaux de grande envergure et me disais à chaque fois : "Là, il va voir !"&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Mais il ne voyait pas. Je demandais :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu as vu comme c'est beau ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Non. Il n'aimait pas passer par là, ou était passé mais n'avait rien vu. Si j'insistais il hurlait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Ce jardin c'est de la merde !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Annonçait qu'il allait passer le broyeur dessus. Pauvre, pauvre, j'aurais pu atteindre l'épuisement total, je ne "foutais" rien, ne savais rien "foutre". J'étais Zéro, je n'existais pas.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Si je n'avais pas eu mes nouvelles amies avec qui je pouvais communiquer, pour qui j'existais, qui admiraient mon oeuvre et le disaient, j'aurais sans doute sombré cet automne là.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;Mardi 21 Janvier 2003&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;Je poursuis les tailles de rosiers, arrive enfin au premier massif des anglaises. Il en restera environ 200 à tailler, une fois ce massif terminé. J'ai perdu du temps à cause du gel, ne peux plus me permettre de ralentir, il faudra donc tailler sous la pluie.&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;J'ai entendu le pic noir plusieurs jours de suite et l'ai pris pour un crapaud, au bruit bien entendu. Il tape si vite que les coups, les bruits de coups se rejoignent et forment une sorte de ronflement qui ressemble au bruit de gorge gonflée du crapaud.&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;Je l'ai aperçu, ce beau pic, grand et noir. J'étais d'ailleurs très surprise d'entendre un crapaud à cette époque, qui plus est dans les branches du grand frêne ! &lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;Je sème dans du terreau les graines de cynorrhodons obtenues par hybridation, récoltées en novembre et gardées dans le bas du réfrigérateur. Cinq graines pour Westerland, quatre pour Marie-Rose et Centenaire de Lourdes. Je place les caissettes dans la pièce du bas de la petite maison.&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;Je pense avoir perdu par le gel, les Cerinthes qui s'étaient ressemées et formaient déjà de belles touffes. Les tiges noires sont couchées sur le sol. Christine a peut-être gardé des graines, de celles que je lui ai données, dans ce cas rien n'est perdu. J'ai beaucoup de craintes pour mes boutures de fuchsias pourtant protégées par les copeaux de bois. Les sauges, sous leur voile d'hivernage, ont l'air bien. Mais attendons le printemps. Le jardin jusque là. Et moi jusqu'où ?&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je pensais&lt;/span&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;de plus en plus souvent aux "Orchidées volantes", ce roman écrit au début de notre rencontre, oh combien prémonitoire, jamais publié. Mes deux héroïnes, Agathe et sa fille, s'épuisaient dans un travail démesuré inutile, qui tendait vers un but illusoire qu'elles étaient seules à vouloir. Elles ne pouvaient arrêter. L'horloge, au centre des travaux, jour et nuit veillait. Mues à la folie vers une idée, la création d'une orchidée volante, elles appliquaient sans les comprendre les règles absolues instaurées par Gabriel, mari et père disparu.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dans ce roman était apparu, sans préméditation de ma part, quelqu'un qui regardait. Un voyeur. Ce personnage s'était imposé, avait pris corps tout seul, je n'avais pu empêcher son existence, ni sa fonction de voyeur, ni l'importance qu'il prenait peu à peu dans l'histoire. Cet homme qui observait sans être vu justifiait, en regardant, le travail délirant et inutile des deux femmes, lui donnait queque valeur, pouvait en témoigner. C'était un artiste, un peintre, il s'était imposé ainsi, bien que dans le domaine d'Agathe tout fût sombre, sans harmonie, sans beauté.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Depuis quelques mois, dans mon jardin, cet homme était là. J'imaginais sans cesse être regardée par lui, le peintre de mon histoire, un voyeur, un témoin. Sa présence donnait un sens à mon travail, tout comme il avait rendu acceptable, des années auparavant, le travail insensé de mes héroïnes. Qu'il fut peintre prenait là sa mesure, puisque mon travail créait de la beauté. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Un artiste donc, regardait mon jardin. Il m'arrivait de lui parler. Je me l'attachais, tel que je l'avais décrit dans mon roman. Le domaine d'Agathe se situait au fond d'un cirque de montagne, mon jardin s'étendait au bas d'un amphithéâtre, le même voyeur pouvait nous regarder d'en haut, Agathe et moi, nous agiter et nous épuiser dans un travail harassant et inutile, sans finalité, un leurre gigantesque. Et peut-être qu'un jour, il pourrait raconter.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9031899281444699341-5228500112989951311?l=crisdansunjardin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/feeds/5228500112989951311/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9031899281444699341&amp;postID=5228500112989951311&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/5228500112989951311'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/5228500112989951311'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/2008/09/la-chute.html' title='9 - Relève-toi, je t&apos;en prie, relève-toi...'/><author><name>Salvia</name><uri>http://www.blogger.com/profile/09212169517391202046</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9031899281444699341.post-515545075292258602</id><published>2009-01-10T12:16:00.000-08:00</published><updated>2009-03-09T14:11:46.899-07:00</updated><title type='text'>10 - Les ailes en sang, le coeur hébété, l'alouette...</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;L'agrandissement de la maison, décidé durant l'hiver, commença en mars 2003. Dès le début des travaux, et devant l'architecte, je perçus que je n'avais pas d'avis à donner. Cette construction allait coûter très cher, j'étais dans l'angoisse des représailles. Il serait préférable d'attendre, redis-je maintes fois, cet agrandissement n'avait rien d'urgent, l'avenir de "Mixor" n'était pas sûr. Je reçus des insultes en retour, n'avais aucun droit de paroles. Hubert Botal attendait la mort de son père et l'héritage qu'il percevrait, Jean, son frère, souffrit de son attitude odieuse durant cette période : il refusait de rendre visite à son père mourant qui le réclamait, il attendait l'héritage et s'impatientait.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La société "Mixor" se portait mal, il parlait beaucoup de l'argent qu'il perdrait si elle venait à s'effondrer ; j'étais angoissée, il ne supporterait pas de voir anéantis ses espoirs de richesse, j'imaginais avec terreur la façon dont il s'abattrait alors sur moi. Je tendais le dos, baissais la tête, me conformais à la "chose" que j'étais, m'excusais beaucoup, me soumettais totalement pour pouvoir, grâce à cette attitude, être un peu écoutée.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Car parmi les règles non écrites mais très présentes était celle ci : pour tenter d'exprimer jusqu'au bout une idée ou une demande, et avoir une chance d'être écoutée, par miracle approuvée, il fallait d'abord s'excuser longuement d'avoir osé la formuler, s'accuser d'avoir toujours mauvais jugement, montrer sa honte d'oser quand même cette fois encore...&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'émis enfin l'idée : nous pouvions diminuer ou supprimer nombre de dépenses. Je les énumérai, lui démontrai qu'il était possible de bien vivre avec moins de revenus, il dirigeait toujours sa première société "Alimex", nous étions loin d'être pauvres.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il m'écouta, sembla aller dans mon sens. Le jardin pouvait survivre avec peu d'argent, pourrait ne plus rien coûter et devenir une source de revenus en le faisant visiter.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Un espoir fou me tenaillait : pouvoir gagner ma vie avec mon jardin, récolter enfin les fruits de mon travail. Hubert Botal promettait cela de loin en loin, depuis des années, je n'osais y croire mais peut-être... Fébrile, j'avançais lentement vers cette idée, la chute de "Mixor" pouvait fournir l'occasion d'un nouvel essor du jardin, il pourrait peut-être accepter.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'allais alors subir une humiliation formidable. Je fus à ses pieds pendant des jours, je demandais, il me laissait venir avec tout mon espoir, il me laissait approcher, il savait ce que j'espérais avec ferveur, il me laissait croire que c'était possible, qu'il pouvait accepter, me laissait miroiter une autre vie... (mais traîne toi un peu plus à genoux, accuse toi, admets que le maître a tous pouvoirs, baisse la tête, remercie, implore !) Pauvre, pauvre...&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Après deux semaines, il entra dans une rage inouïe, il piétina, il tua : Jamais ! Le jardin ne se visitera jamais ! Il préférerait le détruire ! Il hurlait, ses poings passaient à deux centimètres de mon visage mais cela ne m'effrayait pas, ce sont ses mots qui me tuaient, je savais qu'ils étaient inexorables, il hurlait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu espérais gagner quoi ? Ta vie ? Mais tu n'as pas de vie ! Tu n'as rien ! Le jardin est à moi, je le détruis si je veux. Tu es nulle pauvre connasse, tu es nulle ! Tu ne sais rien foutre ! Tu es Zéro !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Ce fut une période d'immenses humiliations, je ne relevais plus la tête, je travaillais au jardin jusque très tard dans la nuit à la lueur d'une lampe torche. Si "Mixor" devait s'écrouler, il m'abattrait à coup sûr, je ne resterais pas en vie. Mais cela ne m'inquiétait pas, j'y pensais avec calme, cette éventualité n'était ni mieux ni pire qu'une autre. J'avais perdu tout réflexe de survie.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Mickaël, l'aide jardinier, montrait du mépris, avec sarcasmes et ricanements. Il avait l'âge de ma fille, travaillait depuis des années sur le terrain, taillait les haies, s'occupait des clôtures ; je lui avais beaucoup appris sur le jardin, il en était content, nous nous entendions bien. Mais en début d'année, après une série d'abattages d'arbres avec le patron Hubert Botal, Mickaël changea d'attitude à mon égard. Il devint nerveux, agressif, il ne comprenait plus le sens de la beauté ni mon travail, supportait mal d'être dirigé par une femme, la sienne l'ayant quitté "pour une petite claque de rien du tout". Un homme donc, un vrai ! Il se rangea aux côtés d'Hubert Botal, tous deux me firent des démonstrations flamboyantes de puissance, d'autorité et de mépris absolu. Mickaël ne disait plus bonjour le matin, il passait devant moi en ricanant. Hubert Botal jubilait :&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Mickaël a raison, répétait-il, il sait comment tu es !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je suffoquais sous cette coalition.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Un jour où je retirai des mains de Mickaël la roue neuve de brouette qu'il s'apprêtait à crever pour démontrer qu'il avait raison, il me lança, menaçant :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je vais le dire à votre mari !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'avais fixé Mickaël, la roue de brouette entre les mains, je m'agrippais à cette roue qui n'allait nulle part ; puis j'avais hurlé, du plus fort que je pouvais, sans retenue, les yeux clos. Ma gorge faisait mal, le souffle me manquait, je hurlais toujours. Je devenais la folle qu'Hubert Botal m'accusait d'être.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Quand je cessai, Mickaël avait disparu, les chiens me regardaient, interloqués. Je m'assis dans l'herbe mouillée, ils vinrent tout contre moi, nous étions seuls au monde.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;En juin&lt;/span&gt; je réussis quand-même, au prix de bien des tourments, à montrer mon jardin. J'invitai des personnes qui le demandaient depuis l'hiver, des professionnels, pépiniéristes et paysagistes, une école d'horticulture. Le jardin était inouï de beauté, je reçus les compliments des visiteurs, je savais que j'existais, mon travail était réel et n'avait pas été vain.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cependant, après ces trois après-midi de visites, terminées avant dix huit heures de peur qu'il ne rentre tôt et me surprenne, je sombrai à nouveau.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Parfois, en plein travail dans le jardin, je sortais, sans savoir comment cela était venu, d'un état de prostration qui m'avait surprise au milieu d'un geste et dont je ne savais pas combien de temps il avait duré. J'émergeais d'un néant désagréable mais sans réelle pensée, du gris, du gouffre, du danger à venir. J'étais immobile, crispée, je guettais le moment où il allait rentrer, où j'allais l'entendre ou l'apercevoir. Vu de loin, même de dos, je savais quand il tordait sa bouche.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La société "Mixor" fut mise en liquidation. Hubert Botal se plaignait beaucoup, il était victime, j'étais coupable. Il déformait les faits et le moindre de mes propos, j'étais responsable de tout. Si je ne répondais plus, la violence se déchaînait davantage. Le stress me provoquait des nausées. Le seul moyen, toujours, de protéger ma santé physique et mentale, était le travail, je m'activais dans le jardin de l'aube à la nuit, ne cessais de faire des projets, des multiplications de plantes, des agrandissements à la bêche, du travail encore et encore, je ne voulais ni ne pouvais penser à rien d'autre. Je rentrais le plus tard possible, mon ventre se tordait dès que j'atteignais la maison.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Mon sommeil était profond, entretenu par mon travail physique intense ; je sautais hors du lit dès que mes yeux s'ouvraient, j'avais la sensation de sortir du vide absolu, sans rêve.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Fin juin 2003, je notai dans mon carnet :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;Voilà longtemps que je ne rêve plus, ou n'ai absolument aucun souvenir de rêves. J'entre dans le sommeil soudainement, comme dans la mort, j'en sors de la même façon. Comme si j'étais presque morte et qu'on m'octroyât, chaque matin, un jour supplémentaire. De même je n'écris plus de poésie, ne pense pas pouvoir en écrire ou en penser. Je n'essaie même plus. Quelque chose en moi, bien précieux, que j'avais depuis toujours, est en train de disparaître.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Hubert Botal pervertissait, je n'écrivais plus, quelque chose en moi, mon âme, ma chair, périssait sous les coups maléfiques. Le jardin était la seule oeuvre possible, autorisée ; seule la terre résistait, concrète, solide, lourde. L'écriture, plus fragile, succombait année après année sous la violence et les actes pervers. Face au monstre, pour survivre, on ne pouvait rester assise, tranquille, à écrire. Il fallait se battre contre les éléments, la terre, les glaises, les tempêtes. Pour durer, je me battais seule, et pour me sauver, il n'était pas possible d'avoir à protéger quelque chose.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je n'ai pas protégé l'écriture, je l'ai abandonnée. J'y pensais souvent, me rappelais ce que j'avais écrit, la poésie, les nouvelles, les orchidées volantes et Fiona laissée dans ses blessures, en souffrance. J'y pensais comme à une autre saison de ma vie, avec peine et douleur, et regret infini. J'y pensais comme, paralysé, on pense à ces jambes que l'on avait avant, et comme on pouvait marcher et courir, et comme c'était simple et heureux, avant l'accident.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Début juillet, Elise vint passer une semaine. Ce fut pour moi une période de relative accalmie, Hubert Botal ne proférant pas d'injures devant l'enfant. Elise retrouva les petits voisins devenus des amis, je la conduisis au stage de poneys, nous fîmes du jardinage et des promenades, passâmes ensemble les soirées dans la petite chambre. Hubert Botal se taisait.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Durant le séjour d'Elise, mes maux de ventre disparurent progressivement, ma peau fut plus calme, démangea moins, je me sentis mieux. Je réalisai soudain cette évidence, vécue pourtant depuis des années : la présence de cet homme me rendait malade, au sens propre du mot. Maux de ventre, d'estomac, oppressions folles, douleurs dans la poitrine, impression que mon coeur allait cesser de battre, que l'air n'atteignait plus mes poumons, douleurs bizarres et généralisées qui n'apparaissaient qu'en sa présence, rougeurs de peau, démangeaisons suivies de grattages frénétiques jusqu'à l'écorchure.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les travaux d'agrandissement de la maison se poursuivaient, Hubert Botal voulait pour lui seul cette nouvelle partie de la maison. Il m'interdit de donner mon avis aux ouvriers, même s'ils le demandaient, répétait sans cesse qu'il était chez lui, que tout lui appartenait, voulait chaque jour, chaque heure, assurer son absolue propriété, la vérifier. Je ressentais un malaise vis à vis de cette construction, il utilisait pour m'en éloigner les mêmes mots et réflexions dont il s'était servi pour définitivement m'interdire la grande pièce à vivre. Notre chambre, ainsi que la salle de bain, devaient être transférées dans l'agrandissement, je ne pouvais malgré tout imaginer qu'il m'en interdise l'accès. Pauvre, pauvre...&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les insultes pleuvaient, les dénigrements étaient permanents, chaque mot prononcé était retourné contre moi, ponctué de mensonges aberrants que je ne pouvais contrer. Si je cessais de répondre, il hurlait, m'injuriait et menaçait. Je parlais cependant de moins en moins, je le fuyais, mangeais le plus souvent seule, debout dans la cuisine. J'étais à terre mais il continuait à abattre. C'est sous terre qu'il voulait me mettre, sans marque visible, dans l'impunité absolue.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Je ne pensais plus clairement, ne cherchais qu'à me protéger, passais le plus de temps possible au jardin ; rejetée de la maison, je ne parcourais plus les pièces que pour y faire le ménage. Je devais expier la chute de "Mixor", je devais être écrasée, anéantie afin que lui, en toute gloire, puisse se relever et bondir plus haut.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Enfin il reçut les meubles de l'héritage de son père, notamment des meubles Empire qu'il convoitait depuis toujours, ce qui occasionna une légère accalmie. Il était content, s'installait déjà en pensée dans l'agrandissement.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Tout va bien, l'entendais-je dire à ses copains au téléphone, il s'était beaucoup amusé avec "Mixor" et ne regrettait rien. Que les investisseurs aient perdu de l'argent n'était pas grave car ils en avaient beaucoup. Quant aux employés qui n'avaient pas retrouvé de travail, c'étaient ceux "qui n'avaient jamais rien foutu, des bons à rien !" Tout allait pour le mieux, il allait reprendre "Alimex" avec brio, il avait des idées qu'il développait longuement... Il riait beaucoup au téléphone.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Le 11 juillet 2003, nous déjeunions sur la terrasse ; les couverts étaient soi-disant mal disposés, Hubert Botal s'emballa une fois de plus contre ma nullité. Depuis le départ d'Elise, trois jours auparavant, la violence était revenue avec force, la haine qu'il déployait, palpable, se muait en agressivité physique, les poings se rapprochaient. Je ne répondis pas, j'avais mal dans la poitrine, une sorte d'oppression qui revenait sans cesse depuis que Elise était partie. Nous mangeâmes en silence, Hubert Botal se balançait sur sa chaise.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;A la fin du repas, il se leva avec calme. Debout, il pointa son doigt vers moi, le doigt de Dieu, et lança d'une voix forte et glaciale :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je te préviens, la-haut c'est ma chambre ! Je t'interdis d'y monter ! Tu pues ! Tu me dégoûtes ! Tu n'es qu'une sale pute ! Une puanteur ! Je t'interdis d'entrer dans ma chambre !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Tranquillement il se dirigea vers la cuisine, revint avec sa pipe. Je n'avais pas bougé ; il me fixa encore et répéta :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je t'interdis de rentrer dans ma chambre ! Tu pues !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il appela les chiens en lançant d'un ton joyeux :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Les chiens ! Promenade !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les chiens s'élançèrent, contents que cessât la violence. Il les flatta et s'éloigna avec eux en chantonnant.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'étais restée immobile un long moment tandis qu'il descendait vers notre paradis, les chiens bondissant autour de lui, sans vraie pensée, sans vraie réaction. J'avais débarrassé la table, rangé la cuisine puis m'étais assise dans l'herbe, au pied du prunus. Un grand calme était sur moi, mon oppression avait disparu. Je n'avais ni pensé ni réfléchi ; Je suivais des yeux les insectes et les oiseaux, je détaillais des brins d'herbe, humais le vent. Et pourtant c'est à ce moment, je le sais, qu'au tréfonds de mon cerveau la chose était apparue, une chose très simple en quelque sorte qu'il était inutile de détailler et que je savais depuis très longtemps : il allait me faire mourir, ma vie était en danger, il fallait que je me sauve.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;L'agrandissement n'était pas terminé, les ouvriers travaillaient tous les jours, la future chambre conjugale était interdite avant même que son plancher ne soit posé ; en attendant notre chambre était toujours en bas.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ce que je pressentais avec angoisse se produisait. Ces travaux effectués dans ma maison (je pouvais dire et penser "ma maison" car c'est là que nous devions vieillir ensemble) ces travaux, démontrait-il, ne me concernaient pas, il m'interdisait d'en parler. Hubert Botal était de toutes façons omniprésent, les ouvriers pouvaient le joindre à tous moments, j'avais interdiction absolue de donner un avis quelconque. J'étais humiliée devant les ouvriers, me faufilais le matin pour sortir travailler dans le jardin sans être vue, emmenais de quoi me nourrir le midi et mangeais à la rivière de crainte de les croiser. J'avais honte.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Il voulait la maison pour lui seul (et pourquoi ? que pouvais-je lui prendre ?) mais il refusait que je m'éloigne, il n'imaginait pas de séparation. Il ne s'agissait pas d'une interdiction absolue de la chambre conjugale, non, sa manoeuvre était plus subtile, tendant à l'humiliation pernicieuse, au mépris méphitique dont on ne se relève pas, à l'esclavagisme dans la terreur et l'impunité totale. Il voulait me garder comme chose servante, travailleuse, qui ferait bonne figure devant ses amis, qu'il pouvait torturer à merci et avoir dans sa chambre et dans son lit quand il voulait, rejeter, reprendre, en maître absolu. Ce plan préparé depuis des années, depuis notre rencontre, m'apparut enfin clairement. Il aboutissait à ma destruction.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je passai les nuits qui suivirent l'interdiction dans la petite chambre du fond ; mes livres et mes cahiers, tout mon travail sur le jardin s'entassait là mais pour la première fois je ne travaillai pas. Je classai et empilai, cessai toutes mes recherches, les plans commencés furent laissés et rangés. Sur le papier, j'arrêtai le jardin. Je ne pensais pas, je ne savais plus rien, une seule chose me paraissait évidente : ne rien faire, éviter tout conflit, car Elise arrivait fin juillet pour une semaine. Je retournai donc dormir avec lui, seul moyen de le calmer un peu (il menaçait de plus en plus pour me faire revenir, m'avait traînée dans le couloir et lâchée avec dégoût), je retournai donc, Elise allant de toutes façons occuper la petite chambre.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ma peau se révoltait, je refusai d'être touchée, il me jeta hors du lit, leva les poings en proférant d'inimaginables insultes. La violence fut telle que je me tus et acceptai l'inacceptable lorsque Elise fut à la maison. Sans rien montrer, je vécus ces jours comme un cauchemar. Hubert Botal était glorieux, débordait de suffisance, assuré de sa dominance totale puisque, malgré les insultes précises sur ma puanteur et le dégoût que je lui inspirais, j'étais revenue dormir avec lui.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Chosifiée à l'extrême, j'acceptais de l'être ; la jouissance du maître était à la mesure du mépris et de la haine qu'il lançait dans mon ventre.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Submergée de honte, terrorisée, je me répétais (j'essayais de me dire) que je ne revenais qu'en apparence, le temps du séjour d'Elise.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Durant cette semaine, je tentai de réfléchir et constatai mon incapacité totale à organiser, à préparer quoi que ce soit pour moi, pour ma vie propre. Je ne percevais plus ma vie, entièrement envahie par les ordres d'Hubert Botal, ses injures, ses interdictions, ses actes pervers. Ma vie était lui, mon sang, ma chair, mon cerveau étaient lui, je ne pouvais rien décider pour moi, n'essayais même pas, me trompant, me répétant de faire, comme une automate et sans le croire possible, le deuil de mon jardin.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;On entrait dans la canicule, les massifs étaient propres, l'herbe ne poussait pas. Il fallait néanmoins arroser les plus fragiles, je ne pouvais les abandonner, je ramenais de la rivière de l'eau dans des bidons. J'étais loin, très loin, de pouvoir laisser mon jardin.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Je n'avais de solution pour quitter Hubert Botal, je savais ma vie en danger mais n'étais guère intéressée par cette vie qui n'était plus que lui. Ne m'appartenant plus, je pris la place de mon personnage voyeur et là, extérieure, je me regardai, constatai en suffoquant combien j'avais changé. Là, j'eus un désir pour moi : prendre ma pauvre Vie entre mes mains, la réveiller, l'emmener loin, ainsi, me rappelant Nabokov "saisir mon pauvre Moi, le serrer contre ma poitrine et aller le déposer en lieu sûr."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Elise fut gentille et tendre avec moi durant cette semaine. Hubert Botal manipulait, flattant l'enfant, la félicitant lors de discours pendant lesquel il me laissait de côté. Cependant, sa mauvaise foi pour pouvoir m'abaisser était telle qu'un soir, peu avant son départ, Elise avait réagi. Nous dînions sur la terrasse. A propos d'une planche à pain oubliée, Hubert Botal s'adressa à moi d'une façon méprisante : je ne savais rien faire, n'était bonne à rien... réflexions habituelles, rarement énoncées aussi clairement devant témoin. Je répondis, tentant de me justifier, il répliqua violemment. Je me levai alors pour aller chercher la planche à pain et faire cesser la discussion. De la cuisine, j'entendis Hubert Botal dire à Elise :&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu vois bien, elle est comme ça, elle fait toujours des histoires.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Contre toute attente, j'entendis Elise lui répondre :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- C'est toi qui fais les histoires.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je m'immobilisai à la porte de la cuisine, mon coeur battait follement, j'avais peur. Je le voyais lui, de dos, raidi, penché en arrière et se balançant sur sa chaise tandis que les chiens, affolés, me bousculaient contre la porte et s'aplatissaient dans leurs paniers, tremblants. Elise me faisait face mais ne me regardait pas, elle était immobile, le nez dans son assiette. Jamais elle ne l'avait contredit, elle avait huit ans. Il se leva à demi de sa chaise et lança, comme si la petite avait fait de l'humour :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu plaisantes j'espère ! Toi, Elise, une taureau comme moi, tu ne peux pas dire ça ! On est pareil tous les deux, tu as oublié ? Tu vois bien que c'est elle qui fait les histoires ! Réponds !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Silence. Il retomba sur sa chaise. Je revins vers la table et repris ma place. Elise leva la tête, le regarda dans les yeux et répéta :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- C'est toi qui fait les histoires.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je voyais son regard froid, ses bras raides, il se balançait. Quiconque osait se dresser contre lui serait abattu, je le savais. Il reprit tout cela sur le ton de la plaisanterie, eut un rire glacial. Elise demanda la permission de sortir de table et courut chez les petits voisins. Leur mère dira plus tard qu'Elise s'était souvent réfugiée chez eux, disant qu'Hubert criait. Je ne l'ai jamais entendu crier en présence d'Elise, il se contrôlait parfaitement. Elise était assez grande pour être témoin, il se comportait devant elle comme devant quiconque venant de l'extérieur. Cependant, Elise percevait la violence ; ne sachant pas la nommer, elle disait qu'il criait.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'appelai Jeanne, lui demandai de venir chercher Elise au plus tôt, avant la fin du séjour. Elle vint le lendemain. Je fis un énorme effort (jamais je ne l'avais accusé de la sorte) pour dire la scène de la veille, ainsi que la chambre interdite :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- C'est un malade, répétait Jeanne, il te détruit.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Depuis quelques jours, Hubert Botal avaient décidé que, par mesure d'économie, nous peindrions nous-mêmes la chambre qu'il voulait aménager au plus vite. Plus exactement, que je peindrais, car depuis toujours les travaux de la maison m'incombaient. Refusant tout éclat devant Elise, j'avais tergiversé. Mais Elise allait partir, et il ordonnait les travaux de peinture plusieurs fois par jour.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Jeanne, voyant ma peur et mon désarroi, décida de rester jusqu'au lendemain. L'après-midi, la chaleur était étouffante, nous lisions sur la terrasse à l'ombre du prunus. Me voir lire l'après-midi au lieu de travailler lui était insupportable, je le voyais à sa façon de se mouvoir autour de moi, raide, poings et bouche se serrant par instants, puis relâchés en beau sourire et visage avenant devant Jeanne.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Soudain il s'approcha, posa tendrement sa main sur mon épaule et me redemanda avec grande gentillesse, le ton amoureux, de peindre la chambre, expliquant à Jeanne qu'il fallait économiser depuis la chute de "Mixor". Bien sûr il regrettait d'avoir à me demander cela mais il voulait emménager très vite et d'ailleurs, avec la chaleur, je n'avais plus grand chose à faire dans le jardin. Il attendait l'approbation de Jeanne, son aide, mais elle ne dit rien, poursuivant sa lecture.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il tourna en rond dans une rage impuissante puis descendit en plein soleil vers le jardin, les pieds claquant au sol. Les chiens, oreilles couchées, inquiets, ne me quittaient pas des yeux. Je les rassurai :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Rien ne se passera devant Jeanne et Elise, nous sommes à l'abri jusqu'à leur départ. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Un peu plus tard, se plaignant, il réitéra sa demande. Je n'avais pas osé refuser clairement de peindre, de toute notre vie ensemble, je n'avais jamais contré un de ses ordres. La présence de ma fille, son approbation implicite, m'encouragèrent. Je me levai, serrai le livre contre ma poitrine, tel un pauvre Moi, et répondis en buttant sur les mots, bégayant presque, cherchant mon souffle dans l'oppression soudaine et le chaos de mon sang :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je ne peindrai pas cette chambre qui m'a été interdite. Tu dis que je pue, que je te dégoûte et pire encore. Tu as décrété que c'était ta chambre et tu m'as interdit d'y entrer. Soit, je n'y entrerai pas, tu la peindras toi même.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il se raidit et tourna les talons sans dire un seul mot, reconnaissant ainsi les faits devant Jeanne, faits qu'il niera ensuite avec force. Mais il n'avait que faire de tout cela, ce que nous pensions ne l'intéressait pas, son objectif du moment était de me faire peindre la chambre. Pendant des années, j'avais toujours accompli les travaux ordonnés par lui, même lorsqu'ils étaient pénibles, même lorsque j'étais désespérée ; il ne comprenait pas pourquoi cette fois je refusais, il enrageait.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Dès le départ des enfants, je m'installai pour dormir dans la petite chambre du fond et très vite y pris aussi mes repas sur un plateau. Il reprochait sans cesse ce que je lui coûtais en nourriture, il hurlait en me poussant :&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- On doit gagner ce qu'on bouffe ! Putasse faignasse !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je refusais toujours de peindre la chambre, je n'eus plus le droit à la nourriture. Il n'acheta plus de viande pour moi le Week-end et élargit bientôt cela à toute la nourriture achetée au marché du samedi : fromages, légumes et fruits, pain...&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il revenait avec des paniers pleins, étalait les aliments et m'interdisait d'y toucher. Il éclata en crise terrible avec insultes ordurières et menaces de mort pour un morceau de fromage desséché, une bouchée, que j'avais cru oublié dans le frigidaire.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;Vendredi 8 août 2003&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je suis en enfer. Dans la fournaise (la chaleur ne cède pas), terrassée par les insultes et les menaces de H. je suis hébétée, mon désespoir plane sur le jardin immobile. Que dois-je donc faire pour qu'il cesse de me harceler de la sorte ? Qu'ai-je fait pour mériter cela ? Qui pourrait me croire si je racontais ? Je poursuis la préparation de la pelouse devant l'agrandissement, j'ai encore ratissé aujourd'hui et retiré des brouettes de cailloux dans une chaleur torride. Je suis en enfer. Il crie si fort pour que je fasse ce travail, je cède, il me fait peur. Je refuse de peindre la chambre et s'il me voit inactive, il me tuera. Alors j'enlève des cailloux et sème du gazon, je ratisse ; en pleine canicule, l'arroseur tourne matin et soir pour faire pousser cette pelouse qu'il veut immédiatement. Dans le même temps il m'interdit l'usage des tuyaux pour arroser les plantes fragiles. Jusque très tard dans la nuit je ramène des bidons de la rivière et j'arrose les assoiffés. Je n'en peux plus. Je tombe à genoux. Il faudrait fuir mais je ne sais comment, je ne peux pas, je ne peux pas quitter mon jardin.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je suis en enfer. J'appelle au secours. J'appelle au secours.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Il menaçait de m'étrangler, crochait ses doigts, serrait à l'extrême à quelques centimètres de mon cou. Sa bouche était tordue, il bavait. Il levait les poings, les abattait contre ma tête qu'il repoussait à l'instant de frapper, me rattrapait aux épaules et me secouai très fort, je ne savais plus où était le ciel, il voulait me tuer, je le voyais dans son regard, il jouissait de ma peur.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je ressentais des douleurs persistantes dans le cou, les bras, mais aucune marque n'était visible. Il me lançait du café au visage en vociférant :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Plains-toi ! Il n'est pas bouillant ! Mais ça viendra !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je devais savoir qui était le maître. Je désobéissais, refusais toujours de peindre la chambre interdite, il l'ordonnait pourtant tous les jours, avec menaces et insultes. Il annonçait clairement :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je t'entretiens ! Je te nourris ! La nourriture c'est quand on travaille ! Et tu ne veux rien foutre ! Putasse faignasse, tu n'as jamais rien foutu de ta vie ! Tu es Zéro !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je ne peignais pas, c'était la première fois que je résistais de cette façon. Devant la violence déployée, et celle que je pressentais dans ses bras raidis et ses poings, je faillis céder plusieurs fois. " Prends un pinceau, me disais-je, et tu auras un répit, tu auras moins peur, les insultes diminueront d'un cran, tant que tu peindras..."&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je refusais de peindre, au fond de mon cerveau délabré, quelque chose voulait vivre, résistait. Pour la première fois je disais non.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je voyais (je m'autorisais à voir) l'avenir si je prenais un pinceau et si, en quelque sorte, nous reprenions le "cours habituel" de notre vie : la partie agrandie de la maison, tout comme la salle à vivre, me serait définitivement interdite. Cette situation ne m'effrayait pas, j'étais habituée depuis des années à n'occuper qu'une petite partie de la maison. Par contre, l'interdiction de la chambre conjugale m'angoissait car je voyais poindre la plus monstrueuse des humiliations, renouvelable à perpétuité.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Très vite il se sentirait un peu seul dans cette chambre interdite. Il m'obligerait à venir dormir avec lui et ensuite, quand il le voudrait, me chasserait en hurlant :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Qu'est-ce que tu fous ici ? Je t'ai interdit d'entrer dans cette chambre ! Fous le camps, tu pues !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Puis il m'obligerait à revenir pour me chasser à nouveau selon son gré; ceci à perpétuité.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cette nouvelle humiliation, qu'il saurait peaufiner avec le temps, allait s'ajouter aux autres, quotidiennes et déjà nombreuses. Terrifiée par cet avenir entrevu, à bout de souffle, je ne pris pas le pinceau. Il ne fallait pas rentrer dans cette chambre, jamais, même pour peindre. Je résistai et aujourd'hui encore m'étonne d'avoir pu le faire. Où ai-je trouvé la force, le courage ? Je n'en avais plus en moi.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Je l'ignorais alors mais ce refus fut mon premier pas vers la sortie de l'enfer. Je ne savais pas vers quoi me diriger mais j'avais fait un pas pour m'échapper.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;J'avais osé résister. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Il saisit alors que je ne me faisais plus d'illusions sur sa personne, l'alouette était sortie du miroir ; dans un état psychique délabré, soit, les coeur hébété, les ailes en sang, mais sortie.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;J'allais peut-être faire un pas et mourir.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Car je le voyais tel qu'il était, un monstre aux deux visages, le Mal à l'état pur qui jouissait de me voir souffrir et dont le seul but depuis toujours, était ma destruction.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;i&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;ii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9031899281444699341-515545075292258602?l=crisdansunjardin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/feeds/515545075292258602/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9031899281444699341&amp;postID=515545075292258602&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/515545075292258602'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/515545075292258602'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/2009/02/10-lalouette-le-coeur-hebete-les-ailes.html' title='10 - Les ailes en sang, le coeur hébété, l&apos;alouette...'/><author><name>Salvia</name><uri>http://www.blogger.com/profile/09212169517391202046</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9031899281444699341.post-7024881343588935803</id><published>2009-01-09T14:01:00.000-08:00</published><updated>2009-03-28T13:34:47.260-07:00</updated><title type='text'>11 - Qui me croira ?</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Mercredi 20 août 2003&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;La canicule ne cède pas, mon jardin souffre, silencieux, immobile, blanchi. HB-Le danger se déplace, court, hurle. Ne craint pas la chaleur, l'acclame car elle tue.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je me relève la nuit pour arroser à son insu les fragiles assoiffés. Il m'interdit de le faire alors que l'arroseur tourne matin et soir, des heures, pour faire pousser le gazon devant l'agrandissement. Je refuse toujours de peindre malgré des menaces d'étranglement de plus en plus précises. La violence ordurière qu'il déploie, tant en actes qu'en paroles, est effroyable, impensable, prend un caractère de démence. Je vois le mal, la haine, il veut me tuer. Comment fuir ? Où aller ? Jardin mon amour tu ne bouges plus, aide-moi, resplendis, donne-moi de la beauté, de la vie.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;La pluie reviendra , tu l'attends sans bruit, sans mouvement superflu, dans ta grande sagesse. &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je refuse de peindre, HB craint-il une révolte ? Craint-il que je brise le silence, que je parle ?&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;J'ai crié moi aussi, il venait de me lancer du café au visage une fois de plus sans raison, sans un mot, juste pour le faire rire. J'ai crié dans les larmes et le café qui coulait sur mes joues :&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;- Je vais le dire ! Je vais tout raconter !&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Nous étions sur la terrasse, face au paradis. Lui, debout, son mètre quatre-vingt bien planté, droit, avait pointé son doigt vers moi, le doigt de Dieu, avait dit dans un rictus :&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;- Qui te croira ?&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Et je pensai, écrasée par sa hauteur et le ton employé : C'est vrai, qui me croira ?&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'avais dit non et j'étais toujours vivante, assommée d'insultes, menacée de mort, secouée jusqu'à briser, mais vivante. Je n'ai pas peint, il a dû payer l'aide-jardinier pour le faire.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je sus alors qu'il voulait m'abattre, physiquement cette fois, qu'il y pensait avec froideur et calcul. Il n'irait pas en prison, depuis toujours il veillait bien à me brutaliser sans laisser de marques visibles.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Si je résistais je ne lui servais plus. J'allais parler et faire voler en éclats la belle image qu'il voulait donner de lui-même. Il pensait fort à se débarrasser de moi, me suicider, me tuer et m'enterrer, m'ensevelir quelque part où on ne me retrouverait jamais. Il aurait affirmé avec son air d'ange et grande douleur que j'avais disparu. Ne disait-il pas déjà à tous propos que j'étais folle et en pleine dépression nerveuse ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'ai alors cherché à me protéger. J'envoyai une lettre à son frère ainsi qu'au maire de notre commune disant qu'en cas de disparition ou de suicide de ma part, je demandais qu'il y eût une enquête approfondie ; je déposai fin août une main courante à la gendarmerie. Le premier gendarme haussa les épaules et demanda si j'avais un certificat médical. Le second m'écouta, fut surpris de la façon dont je vivais, notamment les pièces interdites dans la maison, la peur d'être tuée ou suicidée, il enregistra ma déclaration.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'avertis Hubert Botal de ces démarches : il ne pouvait plus me faire disparaître sans être inquiété. Je sus que j'avais vu juste à la haine absolue qu'il me lança avec sa réponse :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Salope !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;A la suite de cela, quand je me sentais en danger lors de gestes ou de paroles, je le menaçais de la police. Ce fut relativement efficace et j'en fus surprise. Je le croyais invincible (il s'affichait comme tel avec un aplomb démesuré), au-dessus des lois, tout puissant, invulnérable. Il avait tant de fois exterminé, torturé et liquidé les "flics" et les juges lors de ses discours, que jamais je n'aurais pu imaginer qu'il les craigne à ce point, sur les simples menaces de la "sous crotte" que j'étais à ces yeux.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;J'étais déstabilisée. Quand je voyais éclater sa peur de la justice, je doutais, ne sachant plus où se situait la normalité. Je me sentais coupable de provoquer cette peur, responsable de tout, perdue, prête à me jeter à ses pieds en demandant pardon. Cette émotion très forte, incontrôlable, ce dégoût de moi-même, je les ressentais à chaque révolte ou attaque contre lui. L'accuser me mettait dans une grande détresse. Et ce tourment, cette honte, je les ressens encore aujourd'hui.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Il ne me lança plus de café au visage, il le lança sur le mur, à côté de ma tête. Il cessa de me secouer mais il continua à me bousculer, à lancer ses poings à quelques centimètres de mon visage et à serrer ses doigts contre mon cou en menace d'étranglement. Il ricanait :&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Vas-y ! Vas voir les flics ! Tu leur montreras quoi !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'étais habituée à cette violence perverse qui ne laissait pas de traces mais je constatai qu'il prenait des précautions plus évidentes. Je n'en avais pas moins peur car cette obligation supplémentaire de contrôle à mon égard, et le fait que j'aie osé écrire de telles lettres d'accusations contre lui, le mettaient dans un état de haine furieuse véritablement effrayante. Ces lettres m'ont sans doute sauvé la vie.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;A l'extérieur il se plaignait beaucoup. Je faisais une grosse dépression nerveuse, racontait-il, il ne savait plus quoi faire, il avait beau être très gentil avec moi, je ne voulais rien entendre. Pourtant, insistait-il, après la chute de "Mixor", il aurait été en droit d'attendre du soutien de la part de sa femme, il m'aimait tant. Au lieu de ça je faisais chambre à part, il ne comprenait pas pourquoi. Il me suppliait avec tout son amour, il était perdu.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dès la fin des travaux de peinture effectués par Mickaël, l'aide jardinier, Hubert Botal s'installa gaiement dans la nouvelle chambre, transforma l'autre en dressing (pour lui), transporta notre lit là-haut. Ma chambre, précisa-t-il à Armelle, la jeune femme qui faisait son ménage.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;En son absence, je montai voir, la peur au ventre, cette chambre interdite. Je fus atterrée :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il avait installé là tous les meubles qui constituaient le salon de ses parents. Les beaux meubles Empire étaient disposés comme dans un salon d'exposition. La pièce était grande : murs blancs, moquette blanche très épaisse. Je n'osais avancer, je craignais de souiller, me rappelais que je puais. Les murs étaient vides, je fis quelques pas, les armoires et les tiroirs étaient vides, l'ensemble dégageait une intense impression de froideur.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je ne savais pas ce que signifiait cette immense pièce blanche et vide de tout signe de vie. J'avais l'impression de voir une chambre mortuaire, ressentis, littéralement, un grand vide d'humanité et fus effrayée.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le soir, il montait nu dans cette chambre, laissait ses pantoufles au bas de l'escalier. Il n'admettait pas la moindre trace et faisait sans cesse nettoyer par Armelle ; lui-même passait aussi l'aspirateur.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dans la petite pièce du fond que j'occupais, un des murs s'était partiellement effondré au début des travaux d'agrandissement. Elise avait dormi dans cette chambre avec le mur dans cet état, le torchis apparent, creusé, s'effondrant un peu plus tous les jours. Il y avait des trous sur l'extérieur que j'avais bourré de papier journal remplacé lorsqu'il pleuvait. Quand je demandais de faire réparer (les ouvriers étaient là tous les jours) Hubert Botal répondait d'un ton glacial que sa chambre dans l'agrandissement était prioritaire. A Jeanne qui fit la même demande lorsqu'elle amena Elise en Juillet (elle craignait que la petite ait peur de ce mur, des bêtes qui auraient pu rentrer par les trous visibles malgré le papier journal) il répondit qu'il allait faire réparer sans aucun doute... mais il ne le fit pas. De même, le radiateur de cette chambre ne fonctionnait plus depuis des années. Lorsque Elise y dormait, l'hiver, je doublais les couvertures et lui donnais une bouillotte ; j'utilisais la même bouillotte lors des soirées que je passais là, à écrire mes carnets, à travailler sur mes livres et cahiers de jardin, assez loin de la musique ravageuse, mais je ne pouvais rien demander à ce propos sans entendre :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu n'es même pas fichue de purger un radiateur !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'avais beau répéter que j'avais bien sûr purgé, que le problème était autre, d'hiver en hiver, j'eus toujours la même réponse.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Hubert Botal se désintéressais totalement de cette pièce de trois mètres sur quatre qui servait de chambre à Elise lorsqu'elle venait et qui constituait mon unique refuge dans la maison.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Comme moi, cet endroit n'existait pas.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#ff0000;"&gt;&lt;strong&gt;HB-Le danger&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il était installé définitivement dans la chambre interdite. Je pouvais disposer de l'ancienne salle de bain, il utilisait la neuve et superbe de l'agrandissement. Seule la cuisine restait commune. Je devais préparer mes repas rapidement, en dehors de sa présence, sous peine de bousculades et d'insultes. Je cessai de me faire la cuisine et réchauffai des plats préparés que j'emmenais dans la petite chambre sur un plateau. Je débarrassais la minuscule table de bridge (seule table possible dans l'étroitesse de cette pièce) des carnets et cahiers de jardin et installais mon plateau, face au mur écroulé. Néanmoins je mangeais mieux, au calme, sans le stress de l'heure donnée à la seconde près, changée, dépassée, stress devenu avec les années un véritable tourment, et dans une relative sécurité (je m'enfermais à clé) n'ayant plus sur ma chair, planant avec lui, les poings menaçants et l'exécrable musique servante de terreur et de mort.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;Dimanche 24 août 2003&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je tourne, folle de douleur. Il faudrait m'enfuir loin, je ne peux pas. Jeanne m'a laissé les clés de son appartement parisien, en cas de fuite, mais je ne peux pas partir. J'ai si mal à cette idée, je me vide, je hurle en moi, je ne peux pas. Je ne peux pas laisser mon jardin à sa merci, il menace de le broyer. Mon amour, ma beauté, je ne peux te quitter.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;La canicule ne cède pas, HB ne craint pas la chaleur, il l'acclame. Je l'entends chaque jour se réjouir du nombre de "vieux qui crèvent". Je ne peux plus l'entendre. Il annonce en se frottant les mains :&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;- Ah, il va en crever combien aujourd'hui ? Pourvu que ça dure et qu'ils y passent tous ! Ca fera du bien à la Sécu !&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je tourne, je tourne, folle de douleur...&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Après de grandes hésitations, des essais avortés, des reprises tremblantes, noyée de culpabilité, enfin je commençai à parler, à dire comment je vivais depuis des années.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je dis pour la première fois à mes amies jardinières choisies en 2001 et gardées cachées de lui. Je n'avais pas encore de mots pour la violence et la perversité, je bredouillais. Je voulais dire mais n'avais aucune force pour quitter Hubert Botal, persuadée ne rien pouvoir faire sans lui, pas un seul mouvement vers l'extérieur, attachée à mon jardin (à ma prison) par des liens infinis, inexprimables, et dont j'avais honte. Mes premiers mots furent difficiles, incohérents.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Parler de ma souffrance, de ma peur, fut un intense soulagement ; bientôt, aidée par mes amies, je trouvai les mots. Enfin exprimés, la violence, l'asservissement, la maltraitance, me parurent impossibles à croire. Pourtant mes amies m'ont crue et m'ont aussitôt aidée.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Si elles ne m'avaient pas crue, alors que j'avais fait cet énorme effort de dire, dans la terreur et la perdition, que serais-je devenue ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'avais parlé mais ne voyais pas d'avenir, un mur était là, infranchissable. Je me sentais incapable de faire autre chose que mon jardin et (je l'ai dit et redit tant de fois) je ne pouvais envisager de le perdre. Il s'agissait de mon oeuvre, dix ans de travail insensé, une merveilleuse création faite et conçue dans la durée, pour la durée. Il était exclu de l'abandonner. Mais pour garder mon jardin, il fallait rester avec Hubert Botal et continuer comme avant. Ma vie, dans ce cas, était en très grand danger. Je me trouvais dans une impasse de hautes murailles.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Avec Marianne, mon amie jardinière, nous imaginâmes une multitude de solutions qui toutes, ressemblaient à des miracles. Une association "Loi 1901" qui permettrait de faire visiter le jardin en semaine, pendant l'absence d'Hubert Botal, faire un petit commerce de plantes et remettre l'argent dans l'entretien du jardin. Avec mon travail permanent, le jardin aurait pu ne plus rien coûter. Ou créer une "Société à Personne Unique", moi, et exploiter le jardin. Mais tout ce que j'imaginais pour sauver mon jardin était immédiatement contré par lui. Il surprit un message de la Chambre de Commerce auprès de laquelle je m'étais renseignée et entra dans une rage démente, me menaçant de la police, hurlant :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Le jardin est à moi ! Tu n'as jamais rien foutu tu n'as rien ! Aucun droit, rien ! Jamais il ne sera visité ! Jamais !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Pendant des années il avait fait miroiter le contraire pour m'y faire travailler. Il disait que le jardin était un investissement pour notre avenir, et je me sentais si fière lorsqu'il disait cela, toujours devant témoins bien sûr, pour expliquer mon travail et aussi pour montrer combien nous nous entendions, combien nous étions amoureux, avec un magnifique projet commun. Les témoins s'extasiaient. Je le croyais et dans les pires moments cela me soutenait : récolter un jour les fruits de mon travail, imaginer mon avenir avec mon jardin, pour toujours avec lui, mon merveilleux.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Une fois de plus, et sur le fondement même de notre vie, Hubert Botal avait manipulé et menti.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Soudain je voyais la réalité, je voyais enfin.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La seule réalité est que je travaillais pour lui, sans aucune reconnaissance et dans la plus grande misère. Il m'a enfermée dans le jardin, isolée, m'a fait travailler comme une bête de somme à coups de subtils chantages, manipulations, menaces de toutes natures égrenées jour après jour. J'étais heureuse, répétait-il, j'avais une vie merveilleuse, toutes les femmes m'enviaient ; et moi, décervelée, je le croyais, je le suivais. Il profitait de mon mental, de mon absolu besoin de création, mon goût du travail, mon sens de la perfection. Il m'a utilisée avec une démoniaque habileté, a planifié mon devenir et ma destruction.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Je n'étais qu'une chose dont il se servait. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Il répétait sans cesse que tout lui appartenait, surtout le jardin dans lequel je travaillais de l'aube à la nuit tous les jours, il le répétait et cela devait se vérifier quoiqu'il arrive : soit je mourais à force de maltraitance et il restait maître des lieux, soit je me sauvais mais ne pouvais emporter mon jardin, ni le garder, la terre lui appartenant. Il restait maître des lieux.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Dans tous les cas, année après année, je travaillais pour lui. Il en ressentait une infinie satisfaction, certains de ses propos me revenaient soudain. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Je voyais enfin. Comment il s'appropriait mon énergie, mon élan vital d'espérance et d'enthousiasme, comment il vidait mon corps, ma vie, comment il attirait mon air dans ses poumons.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Il était donc "hors question !", hurlait-il, que je fasse un travail reconnu et gagne quelqu'argent avec le jardin. Cela aurait brisé son plan et lui aurait fait perdre, tout en me laissant vivante dans mon jardin, le pouvoir absolu qu'il avait sur moi.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Lorsqu'il comprit que je voulais subvenir seule aux besoins du jardin et aux miens (pour moi je n'avais pas besoin de beaucoup, je vivais depuis des années avec très peu) il entra dans une rage démentielle, me cogna contre le mur de la cuisine plusieurs fois avec force en me tenant les cheveux pour épargner ma tête, il était toujours prudent, et j'eus les épaules meurtries pendant des jours.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le déferlement de haine fut tel que je n'insistai pas, je ne pouvais rien entreprendre sans son accord, ne pouvais pas lutter, une fois de plus, il avait tous les pouvoirs, je n'existais pas.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Comment avais-je pu imaginer possibles de telles solutions puisque depuis toujours il menaçait de détruire le jardin en cas de non-soumission ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il refusait avec fureur mais ne donnait pas de raison à ce refus, aucune discussion n'était possible. Je voulais qu'il dise pourquoi il refusait que je fasse visiter mon jardin, je voulais qu'il le dise. Je n'eus aucune réponse et, pour anéantir toute velléité de discussion, il hurla et répéta, et asséna, afin que jamais je ne puisse en douter, ni l'oublier :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu es nulle ! Incapable de travailler ! Tu ne sais rien foutre ! Pétasse-faignasse ! Tu n'as jamais rien foutu de ta vie ! Tu es Zéro !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Face à cette vague de violence et de haine, je faillis reculer. Je regrettai même de n'avoir pas peint la chambre, je me sentais coupable et responsable de sa violence, voulais me jeter à ses pieds en demandant pardon. Il décela cela (il sait fouiller dans les cerveaux) et me fit une proposition : malgré ma folie et la grosse dépression nerveuse dans laquelle je sombrais, précisa-t-il, il proposa que je poursuive mon jardin comme avant, que tout redevienne comme avant. Alors il oubliera, me pardonnera, et nous poursuivrons ensemble, comme avant.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Mais "comme avant" je refusai. Je demandais une discussion, une explication de son refus ; pourquoi me refuser toute raison de vivre avec mon jardin ? &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il ne reconnut rien, aucune discussion ne fut possible, lui avait toujours été parfait et c'était moi l'abominable. Je détruisais tout, j'étais coupable de tout.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;S'il avait émis le moindre regret, la moindre excuse quant à son comportement, s'il avait seulement un tant soit peu, même très peu, même à peine, reconnu la façon ignoble dont il me traitait depuis des années, j'aurais peut-être pu tenter de poursuivre avec lui. Mais je n'obtins rien. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Après qu'il m'eût injuriée, frappée et menacée de mort, assommée d'accusations mensongères, alors que je lui demandais de simplement s'excuser, au moins une fois, ne serait-ce qu'une fois en quatorze ans de vie commune remplie de milliers d'insultes, de violences, d'humiliations, de cruautés, il cria en brandissant le poing :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- JAMAIS !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je ne reçus jamais d'excuse de lui. J'étais une chose, on ne s'excuse pas devant une chose. On la casse, on la jette si elle ne va plus, on veut qu'elle serve. Ce qu'il voulait, c'était que je serve, comme avant.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je dis une fois encore, en désespoir :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Sais-tu que je suis un être humain ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il me lança un regard vide, froid, et répéta :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu es Zéro.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:130%;color:#ffffff;"&gt;ii&lt;span style="font-size:100%;"&gt;i&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Fin &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;août il savait que j'avais commencé à parler ; même s'il pensait que personne ne me croirait, j'avais rompu le pacte, j'osais casser la belle image qu'il veut donner de lui-même et qui lui est indispensable. Il devint fou de haine, j'eus peur pour ma vie.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je le gênais, il pensait à me faire disparaître. Je cachai les balles du fusil, m'enfermais à clé dans la petite chambre. Il essayait de me mater, de provoquer de la terreur en moi, de me remettre en état de soumission totale.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je résistais, je n'obéissais plus aussi vite, ou n'obéissais plus, je répondais, même si mes paroles n'avaient aucune valeur.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La canicule limitant le travail du jardin, je sortis un peu l'après-midi pour visiter jardineries et jardins avec Christine ou Marianne, mes amies jardinières. Cela faisait plus de dix ans que je n'étais pas sortie de la sorte, j'en éprouvai un étrange sentiment d'irréalité et de peur intense à l'instant de rentrer.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;En septembre, Christine m'emmena dans les bois cueillir des champignons ; je rentrai avec un panier rempli de cèpes. HB était absent, je décidai de les préparer et d'en congeler une partie. Alors que je les épluchais il entra dans la cuisine, je ne l'avais pas entendu arriver, je m'immobilisai, prête à m'enfuir vers la petite chambre. Il avait à la main, lui aussi, un panier rempli de champignons divers, une bonne récolte qu'il étala près de l'évier sans dire un seul mot, sans me bousculer, le visage avenant comme s'il préparait une accalmie. En moi, des clignotants s'allumèrent. Il sortit et je poursuivis mon épluchage. Il revint peu après avec d'autres champignons qu'il étala avec soin avant de sortir à nouveau. Je regardai alors sa nouvelle récolte et vit, un peu à l'écart sur un papier blanc, une amanite phalloïde. Il plaçait ainsi les champignons lorsqu'il avait un doute sur leur identité et voulait recueillir les spores. Il connaissait bien les champignons et je fus simplement surprise qu'il voulût étudier celui-là qui avait toutes les caractéristiques de l'amanite phalloïde, on ne pouvait guère se tromper. Je ne m'interrogeai pas longtemps ; ne répétait-il pas régulièrement que j'étais nulle en ce domaine comme dans bien d'autres.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je mis mes champignons à cuire, sortis chercher du persil dans le potager, nettoyai un peu les fraisiers au passage, puis me hâtai pour revenir surveiller ma cuisson.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;En entrant dans la cuisine, je vis immédiatement deux choses : d'une part on avait touché à mon plat, la cuillère en bois qui soutenait le couvercle n'était plus tout à fait à la même place, et près de l'évier, près des champignons étalés d'HB, l'amanite phalloïde avait disparu. A sa place, sur le papier blanc, était un autre champignon, qui semblait être une golmotte qui est aussi une amanite, mais comestible.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je ne réfléchis pas, saisis la grande poêle à deux mains et vidai mes champignons dans la poubelle.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je le gênais, il voulait me supprimer, m'anéantir. J'allais tout perdre, vociférait-il, mon jardin, ma maison, il ne me donnera pas un centime, se mettra au besoin en faillite, mais ne me donnera rien. Je serai à la rue bien sûr, puisque incapable de travailler. Si je continuais de résister j'étais perdue, allais-je enfin le comprendre et redevenir comme avant ? Il ne comprenait pas, j'étais très bien avant, une épouse comblée, toutes les femmes m'enviaient. Que s'était-il passé pour que je devienne folle ?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il menaçait de m'étrangler, les doigts serrés à quelques centimètres de mon cou. Il me jetait, me rattrapait, me poussait, me retenait, montrant qu'il faisait ce qu'il voulait de moi. Il criait des mots de haine, un langage ordurier inimaginable sortait de sa bouche tordue. J'avais peur, le menaçais de la police ou de me réfugier chez le maire dont la maison était proche. Cela le calmait toujours immédiatement, pour un temps.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Jeanne était au Chili, j'avais les clés de son appartement, je pouvais m'y réfugier, et les maisons de Marianne et Christine m'étaient ouvertes jour et nuit mais je ne voulais pas partir, ne le pouvais pas. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je tournais, oppressée, incapable de quitter mon jardin.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;En rentrant du Chili, Jeanne découvrit une dizaine de messages d'Hubert Botal sur son répondeur, tous semblables :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;" Jeanne, je ne comprends rien. Ta mère fait une grave dépression nerveuse. Elle raconte n'importe quoi. Je te jure, je te le jure Jeanne, il ne s'est rien passé depuis ton départ. Nous ne nous sommes même pas disputés. Je ne comprends pas, je l'aime tant, je suis perdu. Rappelle-moi dès ton retour, je ne sais plus quoi faire..."&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Jeanne, cette fois, ne répondit pas à ces messages déchirants. Elle décida de ne plus avoir de contacts avec Hubert Botal, seule façon d'échapper à la manipulation.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ma fausse amie Joëlle, appelée par lui une multitude de fois, croira réellement que j'étais devenue folle au fond de mon jardin.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;En septembre 2003 je ne voyais pas d'avenir, j'accrochais un jour après l'autre, survivante, le cerveau embrouillé dans l'épouvante et l'excessive nervosité dès que l'idée de perdre mon jardin se présentait. Fébrile, éperdue, je ne pouvais admettre que mon oeuvre me fût enlevée. J'étais incapable de travailler à autre chose. L'image de nullité qu'Hubert Botal me renvoyait depuis plus de treize ans me paralysait "Si je le quitte, que vais-je devenir ? Je ne saurai gagner ma vie, je ne suis capable de rien, personne ne peut m'aimer..."&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Sans réaliser qu'avant lui j'avais été une femme indépendante, libre de mes choix et de mes pensées, courtisée. Que je gagnais ma vie, avais écrit des livres...&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Il dit que... Il ne supporte pas que... Il veut que... Il refuse que... Il interdit... Il dit...&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Voilà de quoi ma tête était remplie. Florence G, animatrice du Groupe de Paroles que j'allais bientôt intégrer, lors de notre première rencontre, m'interrompit soudain :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Il dit, il veut, il refuse, il dit, il dit ! Mais vous, vous existez, alors vous, que dites-vous ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je ne sus quoi répondre. Qu'avais-je à dire ? Je ne voulais plus. Il allait me faire mourir.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;J'essayais toujours de sauver mon jardin, tout en prenant conscience, par à coups déchirants, que j'allais le perdre. Je m'y accrochais à la folie, je binais, tondais, taillais, désherbais encore, et plus que jamais. Envisager mon avenir me plongeait dans la plus noire des angoisses.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je n'imaginais pas revivre comme avant, redevenir la "sous-merde" que j'étais. Je me campais dans une résistance, faible c'est certain, mais existante. Je tentais, épuisée, de résister aux multiples manipulations, à la peur et à l'angoisse qui avaient pour but de me faire revenir dans le lit d'Hubert Botal, dans la chambre interdite (il s'y sentait un peu seul, jamais je n'avais fui aussi longtemps) ce qui signerait ma reddition absolue, sans conditions, et nous ferait repartir comme avant, lui plus glorieux que jamais, et moi plus écrasée encore, et sans plus aucune velléité de réagir.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;Samedi 27 septembre 2003&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je nettoie les massifs de la rivière, la pluie a redonné des volumes, avivé des couleurs, les vagues sont dominées par des asters de toute beauté, dans des bleus incomparables. Je bine le massif des roses galliques et assagis la bordure de népétas avec la sensation aigüe, et j'ai mal ( oh, j'ai si mal ) que c'est la dernière fois.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Puis je laisse binette et sécateur et fais un grand tour avec des larmes dans les yeux. Mon jardin, ma beauté, mon unique, se peut-il que nous soyons séparés pour toujours ?&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Tu es si beau, dans la sauvagerie des premiers souffles d'automne.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Tu es trop beau à chaque détour, c'est trop difficile. Vivement l'hiver, que tu perdes tes couleurs et tes douces vagues avec naturel, ce sera moins pénible pour moi.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;J'enlève quelques dahlias fanés, puis je me calme. &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Tout doux, me dis-je, laisse tout cela, il n'a besoin (le jardin) de rien, en urgence. &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#3366ff;"&gt;J'étais incapable de prendre une décision, depuis trop longtemps je n'existais plus. Je savais que cette situation (si je persistais dans mon refus de poursuivre comme avant), cette situation ne pouvait durer et que ma seule issue était le travail à l'extérieur ; mais tout, à l'extérieur, me faisait peur.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#3366ff;"&gt;J'avais été trop longtemps enfermée dans mon jardin, n'ayant des nouvelles du monde que par Hubert Botal, pliée sous ses ordres et ses interdictions, soûlée de mensonges, de visions du monde que je ne pouvais réfuter sous peine de violences.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#3366ff;"&gt;Comment alors poser un pied dans ce monde que je connaissais plus ?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Malgré tout je fis un pas et cherchai du travail dans le domaine des jardins, persuadée ne plus savoir faire autre chose, et toujours accrochée à mon oeuvre, ma beauté, dont je ne pouvais pas m'éloigner. J'avais la compétence et le savoir faire mais aucun diplôme, il fut bientôt évident que je ne pourrais gagner ma vie dans ce secteur déjà encombré.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Dans les petites annonces, je cherchai un emploi simple, employée dans une librairie ou autre. J'étais trop nulle, trop "zéro", cela était inscrit dans ma chair et mon esprit, pour assurer un emploi à responsabilités, et absolument incapable de reprendre mon métier de sage-femme. Cela était inimaginable.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je n'étais plus celle j'avais été, n'étais plus capable de rien. Je sombrais dans un désespoir dense et sale, glauque. Il répétait que je puais. Où pouvais-je aller, ainsi puante ? Que pouvais-je faire, ainsi engluée ? Où pourrais-je me montrer ? Comment sortir dans le monde sans être rejetée par tous avec dégoût ?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;C'est alors que Christine, mon amie jardinière, me parla d'un endroit dans la ville, un centre ouvert au sein duquel des personnes aidaient les femmes victimes de violences. Je m'y rendis comme une automate, en plein désespoir, imaginant que là aussi on allait me demander un certificat médical. "&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Je n'ai pas été battue à mort, mais je meurs. Je ne suis pas couverte de bleus et de blessures, mais je meurs. Comment le dire ? Et qui va me croire ?"&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;em&gt;iii&lt;/em&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9031899281444699341-7024881343588935803?l=crisdansunjardin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/feeds/7024881343588935803/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9031899281444699341&amp;postID=7024881343588935803&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/7024881343588935803'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/7024881343588935803'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/2009/01/11-qui-me-croira.html' title='11 - Qui me croira ?'/><author><name>Salvia</name><uri>http://www.blogger.com/profile/09212169517391202046</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9031899281444699341.post-5100804244001345255</id><published>2009-01-08T13:29:00.000-08:00</published><updated>2009-05-24T13:05:40.847-07:00</updated><title type='text'>12- Qu'allons-nous devenir mon merveilleux, ma douleur...</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Au centre des femmes et des familles, Florence G. juriste et victimologue dirigeait l'antenne qui aidait les femme victimes de violence. Elle me crut dès mes premières paroles ; elle décrivit Hubert Botal comme si elle le connaissait, un prédateur qui voulait ma destruction. J'appris qu'il n'était pas original. Florence G. confirma qu'aucune amélioration n'était possible, que la violence continuerait son escalade, et que j'allais en mourir.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ces premiers entretiens avec Florence furent pour moi comme une main tendue au-dessus du gouffre, je m'y accrochai, muette et désespérée. Peu à peu je vis plus clair en moi, des pans entiers de mon cerveau, effrités, prêts à s'écrouler, se relevèrent.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Florence ne dirigea jamais mes décisions, elle parlait de mon existence, du respect de soi qu'il ne faut jamais perdre, elle répétait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Vous existez, vous, et quelle est la chose la plus importante pour vous ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le plus important était mon jardin, je refusais de le perdre. Florence disait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Votre jardin est votre cimetière.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Lorsque j'insistais sur la beauté du jardin, quand je disais l'impossibilité d'abandonner ces merveilles qui étaient nées de mes mains, de mon travail, de ma ferveur, et comment j'aimais ce jardin d'un amour inouï, quand je racontais encore la beauté infinie, florence m'interrompait :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- C'est vrai, disait-elle, il y a de très beaux cimetières.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Au fil des entretiens m'apparurent des lumières bien précises : redevenir un être humain à part entière, retrouver le respect de moi-même, prendre soin de moi, retrouver de simples libertés, pouvoir aller et venir, me refaire des amis, manger et dormir sans crainte, pouvoir montrer du bonheur, aussi menu soit-il, sans être aussitôt attaquée et mise à terre. Pouvoir donner mon opinion, faire des choix, sans que pleuvent les insultes. Faire cesser le stress dans lequel je baignais depuis des années. Redevenir celle que j'avais été et dont je ne me souvenais que par à coups de douleur.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Grâce à Florence, après m'être inscrite à l'ANPE, prête à accepter n'importe quel travail qui ne nécessiterait pas ou peu de responsabilités, sur le chemin du retour après un entretien, il m'apparut clairement (et de manière foudroyante, j'étais en voiture et dus me garer pour réaliser ce que j'étais en train de décider) que j'avais un diplôme de sage-femme et que j'allais reprendre ce métier. Aussitôt rentrée, j'appelai toutes les maternités de la région et commençai à rédiger des lettres.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Puis, fin octobre, un après-midi, en grande simplicité, j'abandonnai mon jardin.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je ne le quittai pas, je ne le pouvais pas, ne pouvais même en supporter l'idée, mais je décidai de ne plus y travailler ; et je percevais bien au fond de moi-même, dans une région obscure et douloureuse de mon cerveau, que j'amorçais là le début de notre séparation. Je l'abandonnai.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Après une nouvelle "absence" (j'ai déjà évoqué ces moments durant lesquels je perdais conscience tout en restant éveillée, j'étais ailleurs, debout, interrompue dans mon geste, raidie de la tête aux pieds, tous mes muscles tendus à l'extrême à tel point qu'ils en devenaient ensuite douloureux pendant des heures ; cela se produisait lorsque je le voyais au loin, quand je reconnaissais sa démarche de colère et craignais qu'il se dirigeât vers moi) après une "absence", je ramassai lentement seaux, binette et sécateur, rangeai pour toujours brouette et bâche, levai les yeux vers le haut de l'amphithéâtre, sûre que le voyeur, sorti de mon roman, m'observait. Il fallait qu'il me voie, il fallait qu'il y eût un témoin.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'abandonnai mon jardin. Cela se fit en quelques minutes avec une facilité dont je m'étonne encore aujourd'hui, après toutes ces années de combat et de douleur pour le garder.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;Vendredi 24 octobre 2003&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Cette fois je te quitte. C'est dit, c'est juré haut la main vers le nid de l'écureuil là-haut dans les aulnes. Cette fois je te quitte, je le dois pour sauver ma vie mais j'ai si mal, aide-moi, fais un geste de jardin, ne me laisse pas seule à nous séparer, c'est trop lourd.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Toi, tu es posé comme un pacha, que suis-je pour toi ? Un gargouillis sur ton ventre, là, ici, là-bas, depuis le début de ton temps de jardin ? Rêves-tu encore de ta terre en friche, ta terre d'avant moi, tes enchevêtrements de ronces et d'orties géantes, ta terre d'avant mon désir de toi ?&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Songes-tu parfois, dans le secret, à cette ancienne liberté ?&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Tu es là, étalé comme un pacha, avec ton est, ton sud, ton nord, ton ouest, et moi qui te parcours, une redresseuse, ma brouette est pleine de tuteurs. A peine sur ton sud, je reviens vers ton ouest. Où ai-je laissé mon sécateur ? Et cette bâche pleine de fleurs fanées, pétales et feuilles alourdies par la pluie, si lourde à traîner, je te quitte j'ai dit, inutile de tirer cette bâche dégoulinante jusqu'au feu, d'autres s'en chargeront, mais qui ?&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Et toi, que deviendras-tu ? Il menace de te broyer... Il menace... Mon jardin, mon beau, mon merveilleux...&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Le jardin, en choeur :&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;"Qu'a-t-elle perdu ? Qu'a-t-elle encore oublié ? Elle nous serine son refrain, qu'a-t-elle ? Elle veut encore nous quitter. Sommes-nous capables de vivre sans elle ?&lt;/span&gt;&lt;/em&gt; &lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Nous lançons nos branches vers le ciel ou la terre, c'est selon notre courage, elle connait nos lois, elle sait tout de nous, notre ardeur, nos plaintes, nos soifs et nos faims souterraines, notre entêtement, elle sait tout de nous, elle nous a fait naître.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Nous l'entendons parfois dans la nuit, elle court, elle dit : "Tu peux vivre sans moi, mais moi le puis-je, mon beau, mon unique ?&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;i&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;Qu'a-t-elle encore&lt;/em&gt;&lt;/span&gt; &lt;/span&gt;&lt;em&gt;avec sa beauté ? Le gris bleu des népétas en volutes de bordures sous nos lourdeurs, le peuple des asters se soulevant en aquarelles inouïes au-dessus du rouge allongé des euphorbes. C'est de notre beauté qu'elle parle.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;"Je te quitte mon merveilleux..." Nous connaissons sa litanie, elle est emmêlée dans nos racines, et ses prières.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Ses larmes aussi certains jours. Ceux d'entre nous qui y ont puisé des forces le savent pour toujours, elle a pleuré en nous plantant.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Et penchent nos branches sous la pluie, la bonne eau, la bonne heure, nos épines sont étales et nos fruits rouges allongés, cynorrhodons disent-ils dans les livres, s'égouttent comme une vaisselle. &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Un poste de sage-femme me fut proposé à la Polyclinique du Rondeau à Orléans. Par chance, je retrouvai Brigitte C. devenue surveillante de la maternité, nous étions dans les mêmes promotions lors de nos études. Je demandai à effectuer quelques gardes en "doublure" de sage-femme, non rémunérées, pour me remettre à niveau, brigitte C. accepta. Nous étions septiques sur mes possibilités d'exercer en salle de naissances après tant d'années d'arrêt, mais Brigitte cherchait une sage-femme depuis des mois et j'avais besoin de travailler ; sans trop anticiper, nous joignîmes nos espoirs.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'annonçai à Hubert Botal que j'envisageais de reprendre mon métier, qu'un poste était à pourvoir à Orléans. Il se déchaîna, gronda des insultes, me rabaissa avec une rage décuplée.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu es Zéro ! hurlait-il.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Quand il apprit que je me rendais au Centre des Femmes victimes de violence, il répéta que j'avais intégré "une secte" qui m'influençait d'abominable manière. Il savait de quoi il parlait, vérifiait ce qu'il avait fait de moi, une chose, une loque sans avenir, un zombi incapable de prendre une décision. Et comment cette loque, écrasée depuis si longtemps, qui n'avait plus aucune confiance en elle, comment avait-elle pu se redresser seule au point de vouloir reprendre son métier ? Voilà ! Il comprenait ! j'avais rejoint une secte ! &lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;Il ne pouvait se tromper, maître d'un pouvoir absolu, il en connaissait le langage, les fonctions, le but.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il hurlait, les poings serrés vers moi :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Une secte qui détruit les couples ! Ils sont contre la famille ! Pauvre conne ! Tu ne vois donc pas qu'ils te lavent le cerveau !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Il avait raison, il savait de quoi il parlait, seule, je n'aurais jamais pu me relever.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Ma secte avait un nom : Florence. D'autres noms aussi, Christine et Marianne, mes amies cachées, puis tous les noms de femmes du Groupe de Paroles que j'allais bientôt rejoindre.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Novembre 2003&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je regarde mon jardin, n'y touche plus. Je le parcours, les mains dans les poches (les poings serrés dans les poches) des larmes dans les yeux, et j'ai honte de laisser les branches torturées ou cassées par le vent, de ne pas tuteurer ce qui penche dangereusement, de laisser les mauvaises herbes de l'automne envahir le pied des rosiers. Je me répète : que vais-je devenir ? Qu'allons-nous devenir mon merveilleux ?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;je ne comprends plus le sens de ma vie et me sens coupable de tout.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'attends avec angoisse mon premier jour à la maternité, relisant mes livres d'obstétrique, mes cours et mes dossiers conservés et retrouvés dans des cartons. Je m'enferme dans la petite chambre du fond, je fuis ; il me bouscule plus que jamais et me cogne contre le mur s'il me croise dans le couloir. Je n'ose plus dîner le soir de peur de le voir entrer dans la cuisine et me relève dans la nuit pour manger sans bruit sous l'oeil affectueux des chiens couchés dans leur panier.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La veille du jour attendu, HB Le Danger m'immobilisa contre le mur de la cuisine, un bras appuyé contre ma gorge, et répéta sept ou huit fois, d'une voix puissante et glacée :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu es incapable de travailler... Tu es incapable de travailler... Tu es incapable de travailler... Tu es..&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il espérait que ces mots allaient se ficher dans mon cerveau et détruire mes fragiles et neuves velléités de redevenir un être libre ; quand il parlait de secte, il savait de quoi il parlait.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;C'est dans ces conditions que je me rendis à Orléans (je ne savais plus me diriger, ne reconnaissais pas la route, zombi j'étais) et pénétrai à nouveau dans une maternité.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Ma première journée fut effroyable. Je ne discernais rien, ne reconnaissais rien, pas même le plaisant jargon des transmissions dans le bureau des sages-femmes. Je n'étais plus habituée à voir tant de monde, ni à entendre tant de paroles, j'écrivais follement sur un carnet tout ce que j'entendais, phonétiquement, sans comprendre ni interpréter, pour pouvoir plus tard retrouver et étudier tous ces mots.&lt;/span&gt; &lt;span style="color:#000000;"&gt;Les noms des médicaments, des solutés, des injectables avaient changé, les protocoles s'étaient multipliés et n'étaient plus les mêmes, le nombre d'examens de laboratoire avaient décuplé. Je vis quantité de nouveaux appareils, de mots affichés incompréhensibles, tout avait changé, seules les tables d'accouchement me parurent encore familières.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je n'avais plus d'automatisme ni aucune confiance en moi, j'avais peur, même à distance, des actes à effectuer, voulait m'enfuir, m'enfuir et rejoindre le calme de mon jardin. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La voix d'Hubert Botal était dans mon cerveau, très claire, inéluctable : "Tu es incapable de travailler".&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Après quelques heures je dis à Brigitte C. que j'étais incapable de prendre le poste en salle de naissance, ce que la surveillante avait elle aussi constaté. C'était impossible. La nuit, la sage-femme était seule et devait tout gérer sans droit à l'erreur. Il fallait que j'apprenne tous les nouveaux protocoles, les nouveaux instruments, les nouveaux appareils électroniques, les nouveaux noms de médicaments ; il fallait que je recrée des automatismes, un langage, des attitudes, des gestes, qu'enfin, dans ma tête, je pousse des milliers de noms de plantes pour y remettre de l'obstétrique.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je le fis, ma vie était en jeu, je persistai malgré les milliers de difficultés qui se dressaient de toutes parts. Je comprenais que jamais je ne pourrais retravailler dans des grandes maternités. Je pouvais acquérir toutes les nouvelles connaissances mais la confiance et la rapidité ( je devais tout vérifier plusieurs fois ) me manqueraient pour longtemps.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Brigitte C., par amitié, m'accepta quelques temps dans le service en doublure de sage-femme, non rémunérée, et peu à peu je m'affirmai. Je réappris à agir médicalement, à conseiller, à rassurer. Puis Brigitte C. me proposa des gardes dans le service des accouchées, en remplacement. Je gagnai mon premier argent, m'émerveillai devant mon numéro de sécurité sociale retrouvé. Je ne lésinais pas sur mon temps, restais après mon travail pour assister aux accouchements et à tous les actes nouveaux pour moi. Grâce à Brigitte C., connue trente ans auparavant à l'école de sage-femme, je pus réaborder mon métier, l'exercer à nouveau. Par ailleurs j'achetai des livres récents et fis pendant deux mois de l'obstétrique à temps plein.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Puis il se passa quelque chose d'extraordinaire.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Quand Hubert Botal constata ma persévérance dans le travail il commença à tenir un discours qui me sidéra. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Enfin, déclarait-il avec satisfaction, enfin je me décidais à faire ce qu'il demandait depuis toujours : travailler, avoir une vie normale.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'en restais pantoise, ahurie.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Si tu m'avais écouté, répétait-il, tu n'aurais jamais arrêté de travailler et tu ne serais pas la loque que tu es, en pleine dépression nerveuse, absolument bonne à rien. Mais voilà, tu n'écoutes pas !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Face à de tels mensonges, face au délire de ce discours, mes mots, essayant de rétablir la vérité, n'avaient aucun sens. Ils tombaient dans le vide. Comme toujours je ne pouvais pas lutter.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il énonçait sa fausse vérité avec un tel calme, une telle assurance, une telle satisfaction glorieuse qu'une fois encore je doutais, je perdais pied ; où était la vérité ? n'étais-je pas responsable de tout ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Hubert Botal entreprit ensuite une tentative de rapprochement. Tout en continuant à clamer son ravissement de me voir reprendre le travail, il m'invita à revenir manger avec lui dans la grande salle, ce que je fis pendant quelques jours ; j'amenais alors sur la table ma nourriture personnelle car il était toujours "hors question!" que je touche aux bonnes choses qu'il ramenait du marché et étalait devant moi.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il répétait combien j'étais jolie, combien je sentais bon. J'acceptai cette accalmie, je n'en pouvais plus, les insultes permanentes et les menaces m'épuisaient, me minaient, la peur et le stress nuisaient à mon projet de travail. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Tout était si difficile pour moi à l'extérieur. Je n'étais pas sûre de pouvoir exercer à nouveau mon métier, des obstacles se dressaient partout, je devais déployer une énergie démesurée, une volonté acharnée de poursuivre. Je me sentais fragile, toujours prête à chavirer, sans cesse perdue dans ce monde extérieur qui avait bien changé tandis que j'étais dans mon jardin, et que je ne connaissais plus.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je percevais jour après jour à quel point j'avais été isolée, comme en prison, durant ces dix dernières années. Toute la journée j'entendais parler de choses que je ne connaissais pas. Tout m'inquiétait follement, de la machine à café aux perfusions qu'il fallait poser. J'évitais de penser à mon jardin sous peine de sombrer immédiatement.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il fallait que cette accalmie durât un peu, il était trop difficile d'avoir l'enfer dedans et l'enfer dehors.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'acceptai donc de monter dans la chambre interdite.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;pendant des années j'étais revenue de cette manière pour faire cesser la violence, ce n'était qu'une fois de plus, mais cette fois j'avais un but : mon métier à reprendre, seul moyen pour sortir de l'enfer. Espérais-je ? Espérais-je encore un changement chez cet être qui me torturait depuis si longtemps ? N'allait-il pas enfin prendre conscience de son comportement cruel et destructeur, comprendre à quel point je l'aimais ?&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#3366ff;"&gt;J'espérais encore, m'en défendais mais espérais quand-même. Dès qu'il se montrait gentil avec moi, disait des mots d'amour, j'oubliais les poings, même, aurais voulu me jeter à ses pieds en demandant pardon. Dans un brouillard j'entendais les paroles de Florence, des clignotants s'allumaient, je percevais le danger d'une reddition, mais voulais ses bras pour m'y mettre à l'abri ; l'extérieur était terrifiant. N'était-il pas encore mon mari ? Ne m'avait-il pas toujours protégée de l'extérieur ? &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#3366ff;"&gt;L'aimais-je encore ? Allais-je mourir de l'aimer ?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Je ne réussissais pas à penser clairement, j'étais "égarée".&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il voulut que j'y monte nue, comme lui. Rien ne devait "traîner" là-haut, même les tiroirs étaient vides. Je gardai néanmoins mon peignoir mais je dus le mettre à terre, tout contre le lit, il était "hors question !" de le poser sur un fauteuil. Cette chambre était comme un salon mortuaire, vide d'humanité, vide de présence, de vie. J'étais effrayée, angoissée, glacée. Je dus à nouveau supporter la fenêtre ouverte, le vent froid qui s'engouffrait et l'interdiction de me couvrir. Il était toujours le maître absolu et le faisait savoir.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Au matin, il défit entièrement le lit, aéra longuement les draps et la chambre comme si j'avais souillé quelque chose.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cette accalmie dura trois jours et trois nuits, exactement.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le dimanche, il devait recevoir Etienne, "son pianiste". Il me proposa de déjeuner avec eux, j'acceptai. Il déclara qu'il achèterait donc à manger pour moi aussi, exceptionnellement.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Des choses que tu aimes, précisa-t-il.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cela se passait le samedi matin, deuxième jour de période d'accalmie. Depuis quarante huit heures je n'avais plus d'insultes, je n'étais plus menacée. Il avait fallu passer par la chambre interdite mais soit, j'étais à fond dans l'obstétrique et j'avançais. Le lundi, je devais commencer ma première semaine de vrai travail à Orléans, seule dans le service des accouchées, je voulais du calme pour m'y préparer. Cette première semaine était extrêmement importante, elle était comme une renaissance et engagerait mon avenir dans le travail. Ma vie même était en jeu. Seul le travail pouvait me sauver de lui, je n'avais pas droit à l'erreur.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il ramena du marché quantité de fromages, d'olives, jambons, terrines, différents pains... Le samedi midi, tout fut étalé sur la table, plutôt de son côté. La musique, trop forte, m'angoissait, mais je voulais faire bonne figure, ne laissai rien paraître. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'avançai la main vers une olive, dans le bol le plus proche (il y avait cinq bols d'olives différentes, des oignons et de l'ail confit), je vis le regard d'Hubert Botal suivre ma main, glacial. Fallait-il demander la permission ? J'hésitai, pris l'olive quand-même, pensai qu'il ne fallait pas y revenir. Il ramena alors le bol vers lui. Je ne fus pas surprise, ce n'était pas la première fois qu'il m'empêchait de manger, il l'avait déjà fait de toutes les manières possibles.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je lui demandai alors un peu de pain. Il répondit brièvement que cela l'ennuyait car il n'en resterait pas assez pour Etienne. Je l'observais, incrédule. Deux autres pains étaient dans la cuisine, là aussi, il avait prévu très large.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je ne demandai plus rien, n'avais plus faim, le regardai manger. Satisfait, il raconta alors ses courses sur le marché, s'étendit sur la reprise, grandiose, de sa première société, cita des anecdotes à propos de ses copains physiciens et mathématiciens. La supériorité absolue de ce beau monde dont il faisait partie coulait de tous ses pores.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le soir, je m'apprêtais à mettre le couvert lorsque je découvris, stupéfaite, la table qu'il avait préparée. La totalité des aliments, fromages, légumes et fruits frais, terrines, olives... étaient regroupés, tous empilés les uns sur les autres, en carré bien délimité autour de son assiette. Il y avait là aussi, serrée avec la nourriture, une bouteille de bon vin. Le reste de la table était désert jusqu'à mon assiette, esseulée, à l'extrême bord opposé.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je me préparai un bol de café au lait et des biscottes que je déposai sur mon assiette, sans la bouger du bord ; il mangeait tranquillement en veillant bien à ne rien écarter de lui, à ne pas briser le carré parfait de nourriture. La musique était très forte, on opérait dans une messe infernale, mon oppression s'amplifiait de seconde en seconde, je me raidissais, clouée, en état de catatonie.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il n'avait nulle crainte à avoir, je n'avancerais pas une main dans sa cage, j'aurais voulu lui dire mais je me taisais, désirant éviter toute violence avant mon premier jour de travail. En fait, j'étais incapable de prononcer une parole, j'étais abasourdie. Mon voyeur était là, sorti de mon roman, je l'imaginais et le voulais, il observait la scène. Qui d'autre aurait pu me croire ? &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je regardais Hubert Botal manger et boire. C'était tout. Puis la messe devint noire, porteuse de mort. Enfin, d'un bond, je sortis de table. J'ouvris la porte malgré l'interdiction, la refermai. Il continuait à manger, sans un regard, sans un mot ; je n'existais pas.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ce fut le dernier repas que je pris seule avec lui.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Etienne arriva le lendemain comme prévu ; peu après je compris la raison de la mise en scène de la veille. Hubert Botal se montra amoureux et charmant à l'extrême devant son pianiste, il m'invita à table après avoir tout préparé. Les plats s'étalaient sur toute la surface de la table, les choses que j'aimais à portée de ma main, très proches, bien choisies. Etienne souriait en face de moi, Hubert Botal et lui plaisantaient, ils étaient très gais.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'avais fait de l'obstétrique jusque tard dans la nuit et toute la matinée, me sentais fatiguée, désespérée de n'être encore qu'une chose dont on disposait dans cette nouvelle mise en scène, de ne pouvoir être à ma place, normalement à table, dans ma maison. La gentillesse d'Hubert Botal devant témoin m'expulsait davantage encore de la normalité, de quelque chose que j'aurais pu appeler ma vie et qui ne correspondait plus à rien. Une immense tristesse tomba sur moi, je ressentis très fort le désir de mourir, comme, malgré tout, je l'avais peu ressenti jusqu'alors. Des larmes me vinrent aux yeux. Hubert Botal me proposa et me tendit les bols d'olives, les plats, les uns après les autres. Je refusai doucement en disant merci.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Il s'étonnait, insistait :&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- C'est dommage, je sais que tu aimes ça, je l'ai acheté spécialement pour toi.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je faisais non de la tête, incapables d'avaler ces mensonges et ces cruautés. Il continuait, avec grande douceur et beaucoup de peine dans la voix, prenant Etienne à témoin :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je ne comprends pas. J'essaie de te faire plaisir de toutes les manières, j'achète tout ce que tu aimes mais tu ne veux jamais manger ce que je ramène pour toi. Je ne sais plus quoi faire.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il voulait provoquer de la violence en moi, désirait que j'éclate de colère devant Etienne, devant un témoin qui lui était tout acquis, que je me montre telle une folle difficile à maîtriser laquelle aurait raconté des choses impossibles à croire. Qui en effet aurait pu le soupçonner d'une telle perversité ? Certainement pas Etienne, préservé par Hubert Botal et le craignant, lui-même assez manipulateur, qui aimait les week-ends de bonne table à la campagne au cours desquels il pouvait faire de la musique à loisir et profiter des jeunes femmes qui l'accompagnaient, rarement les mêmes. Cette fois il était seul. Si j'avais éclaté de colère, Hubert Botal aurait pu amener Etienne à témoigner de ma folie et de ma violence.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cependant, il est possible qu'il ait pu agir de la sorte uniquement par cruauté. Tout au long de notre vie, de semblables scénarios furent montés au cours de différents dîners. Les amis d'Hubert Botal avaient alors constaté combien il était gentil avec moi, combien il m'aimait malgré mon caractère capricieux et désagréable.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je refusai tout ce midi-là, ne pris aucune des olives offertes avec tant d'amour. Etienne put constater l'ampleur de mon caractère désobligeant.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Puis je sortis, définitivement et à tout jamais, de cette table.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le soir, après le départ d'Etienne, je voulus lui dire ce que je pensais de son attitude mais il prit les devants et entra dans une rage démentielle. Il monta chercher mon oreiller dans son lit, le jeta sur moi en hurlant :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je suppose que tu ne dormiras pas là-haut !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Jamais plus ! répondis-je.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tant mieux ! Parce que tu pues !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Plus tard, enfermée à clé dans la petite chambre au mur effondré, je m'écoulai sur mes derniers espoirs. J'eus honte d'avoir encore espéré, j'étais salie une fois de plus, souillée, avilie, méprisable. Je me répétais : "Quand comprendras-tu ? Il n'y a pas d'espoir, ne l'écoute plus quand il est gentil, il ne fait que préparer d'autres cruautés ! Quand comprendras-tu ! Il ne changera jamais ! Ecoute Florence, écoute-la, elle sait son comportement, il veut te faire mourir ! Sauve-toi !"&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dans la nuit, après avoir longtemps pleuré, longtemps hurlé en silence, je m'apaisai. Pour la première fois je pensai vraiment à moi, à mon travail, à une vie sans lui.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je ne savais comment le quitter, il pouvait encore me tuer, mais il ne pourrait plus atteindre cet espoir de vie.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Restait encore à réussir ma première semaine de travail.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#6666cc;"&gt;Ces trois nuits dans la chambre interdite ne furent pas, comme je l'avais d'abord pensé, trois nuits de trop. Elle avaient été nécessaires à un début de libération. J'osais encore à peine penser à quitter Hubert Botal, à vivre loin de mon jardin, dans un état de privation absolue (dès que j'abordais cette pensée ma poitrine se serrait au point de m'étouffer ) mais j'allais néanmoins, bravement ou non, vers un début de libération.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Cette première semaine de travail ne fut pas grandiose, mais elle s'effectua sans erreur notable. Quelques autres gardes suivirent, toujours dans le service des accouchées. Je reprenais peu à peu confiance mais n'étais pas capable d'assurer des gardes de nuit seule en salle de naissances.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je cherchai une petite structure et la trouvai. La clinique des Acacias ressemblait à celle de Lorient où j'avais travaillé pendant quinze ans. J'y découvris des repères et une très bonne ambiance, je fus aussitôt surprotégée par les sages-femmes et tout le personnel de la maternité. Je n'apparus pas aussi "perdue" qu'à mon arrivée dans la clinique du Rondeau, mais il me fallait toujours de l'aide ; toutes m'offrirent cette aide sans compter.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je reprenais confiance, consultais beaucoup les livres ; la pratique des soins me revint totalement, j'appris à me servir des nouveaux appareils. Je refis des accouchements, émue, les larmes aux yeux.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Jeanne me donna un ordinateur qui fonctionnait, je l'installai dans la petite chambre au mur écroulé, sur mon bureau que je ramenai de la petite maison. La pièce était pleine, je m'y mouvais à peine (il fallait enjamber un coin de lit pour atteindre la minuscule table de bridge sur laquelle je mangeais sur un plateau et replier cette table pour pouvoir m'asseoir à mon bureau) mais je m'y trouvais bien. Hubert Botal ignorait cet endroit, le reste de la maison était pour lui, il voulait cela depuis des années.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Là, je pouvais lire, écrire, manger, dormir, m'enfermer à clé, ce qui me donnait un semblant de sécurité, de liberté aussi. D'autre part j'effectuais des gardes de vingt quatre heures en temps plein à la clinique des Acacias et quelques gardes à la Polyclinique du Rondeau, dans le service des accouchées, lorsque Brigitte C. avait des problèmes de planning.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;J'étais à l'étroit mais pouvais vivre au chaud, partir travailler et revenir le lendemain, faire de grandes promenades avec les chiens dans mon jardin. Chaque jour je m'étonnais (je m'émerveillais) d'avoir réussi à exercer de nouveau mon métier, chaque jour j'en éprouvais une réelle joie. Je m'appliquais, continuais à approfondir l'obstétrique, rien ne me rebutait. J'écrivais aussi, m'émerveillais du traitement de textes et de l'ordinateur qui fonctionnait.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Après avoir repris et poursuivi "Fiona" mon roman laissé en souffrance plus de dix ans auparavant, je commençai à écrire le jardin, découvris le ton qui convenait, le gardais ainsi mon unique, le chérissais en l'écrivant. Là, sur le papier, nul ne pouvait l'éloigner de moi, nul ne pouvait me le prendre. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;C'est mon jardin qui parle, et j'aime qu'il parle de moi, qu'il dise comment il me voit, son amoureuse ou cette folle qui l'a fait naître :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;&lt;em&gt;Décembre 2003&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Elle est heureuse ce matin, tenons-nous coi, cela lui donne de l'ardeur. Ses chiens sont autour d'elle et lui lèchent les mains. Puis s'éloignent tous deux côte à côte, vont chasser nos mulots et nos lapins, la queue souple et le nez à terre.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Elle tire sa bâche jusqu'au feu, nos fleurs fanées n'ont pas séché, le feu est loin et elle peine mais sourit en voyant sur le compost - oh, les pauvrettes ! - les pieds de courgettes qui lancent encore des fleurs. Elle aime notre rage, notre ténacité à durer, à vouloir encore malgré les nuits froides, le vent et l'hiver qui vient.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Nous la ravissons, elle nous sourit partout.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;- "Oh, mon beau, mon enchanteur, mon unique entre tous les jardins de la terre, mon herbe à frémir, ma belle épopée. Cette brume, oh, qui s'effiloche sur les magnolias...&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;C'est certain, elle nous aime. Parfois abusivement. Elle nous parcourt, rien ne lui échappe, elle perçoit nos soupirs d'aise et nos cris, notre plénitude. Vérifie les petits, les malingres, ceux qui ont poussé trop vite, les délurés et les transplantés qui pointent un museau douloureux : "N'approche pas avec ta bêche..."&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Elle est ainsi, elle nous change de place. C'est pour la beauté, dit-elle, ou pour notre bien. Elle soigne notre béatitude.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;Elle est en verve ce matin, elle nous émeut ; elle pose ses mains sur le tronc du Capitaine, notre poirier deux fois centenaire qui aime le chant des humains. Les boutons de sa vareuse ont été creusés par des pics. Bien alignés ils semblent dire : "Cela n'a l'air de rien ce matin dans la brume, mais pour cela il faut des siècles..."&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Elle appuie son front contre le tronc bosselé du Capitaine. Elle marque sa rugosité, ses veines profondes, elle sent la sève battre, elle bat aussi.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Elle dit : "Donne un peu de ton élan, de ta force..."&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;Elle nous fait un triste sourire, reprend sa binette et entreprend de désherber les pentes de la rivière, admire les fougères qu'elle a planté l'automne dernier, les visite l'une après l'autre, s'inquiète : "Il vous faudra passer l'hiver sans vous pencher, prendre garde aux éboulements, vous accrocher... Allez, poussez vite vos racines, tachez de vous tenir dans les crues... Vite, profitez de l'automne, allongez des chevelus autour des pierres, agrippez-vous...&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;Elle revient vers la beauté, ici, une seconde, entre les bouleaux blancs et les desmoniums aux longs cheveux, bleus encore malgré le vent. " Oh, mon jardin, qu'as-tu à faire de la beauté ? Tu pousses vaille que vaille, tu verses et te relèves, tu cries, tu t'essouffles, tu t'ébroues puis te reposes en plénitude, épanoui, bienheureux, étalé comme une grande accouchée. Qu'as-tu à faire de moi ? &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;Et creuse.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;Elle creuse de toutes parts, sauve heureusement nos vers de terre, bouscule nos glaises, nos humus, nos repères, enlève la terre grise, ajoute la noire qu'elle traîne dans des sacs, étale la rouge des anciens chemins damés de briques en morceaux et d'éclats de poteries. Ces chemins qui serpentaient vers la rivière quand nous n'étions pas encore nous. Bien avant qu'elle nous plante, qu'elle nous façonne, avant que nous devenions un jardin. Ces chemins sont toujours dans nos entrailles.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Elle dévaste les sépultures, veut planter là, à tous prix. Et creuse comme une damnée qui veut approfondir son enfer, et pioche dans les briques, et étale la terre rouge. Pour faire joli, nous n'en serions pas étonnés.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Elle fouille, taraude encore ce chemin tassé par des siècles de charrettes et qui dort dans notre ventre. Le massif, elle le veut là, rien ne la fera changer d'avis. Et creuse, enlève les pierres qu'elle met en tas sur les côtés. Et plante son premier rosier gallique. Remplace la terre rouge par de la noire, bien bonne dit-elle. "Là tes racines... Là tiens-toi... Là tout doux..."&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;La nuit vient et la lune nous éclaire.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Nous sommes seuls au monde, elle et nous.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Elle relève des mèches de cheveux, coince sa sueur dans son écharpe, dit : "Si tout le massif est aussi difficile à creuser, je n'ai pas fini..."&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Mais elle sait que l'ancien chemin descend vers le pont de pierre, le dessin du massif le croise, puis s'en éloigne. Elle voit jusqu'où elle creusera dans les briques et les déchets de poteries. Elle marque l'endroit et se rassure tandis que nous nous recueillons autour du nouvel arrivant.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Elle ramasse son terreau, rassemble ses outils et ses seaux, brouette contre le vent qu'elle range dans un coin de nous. Elle regarde son rosier, l'imagine l'été prochain croulant sous les fleurs, pique à son pied son étiquette : &lt;strong&gt;"Aimable Amie. Rosa Gallica. Ascendance inconnue. Introduction : Pays Bas vers 1800",&lt;/strong&gt; l'entoure d'un filet bleu pour le protéger des dents des lapins qui, la nuit, nous envahissent.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Nous sommes heureux elle et nous, levons le nez vers la grosse lune immobile. Que sait-elle, là haut, des Aimables Amies plantées sur la terre ?&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Et se réveillent en nous des souvenirs de vieilles collines, le bruit des sabots des bêtes sauvages, des grottes habitées, des hurlements et des feux.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Mais elle, à quoi pense-t-elle en remontant vers la maison d'un pas lent et fatigué, les bras chargés des choses qui nous secourent ? Elle pense encore à nous.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;Ce matin elle crie, elle tempête, nous ne lui plaisons pas. Elle râle et apostrophe Graham Thomas qui ne sait pas tenir ses branches, grogne contre les nandinas trop serrés à notre sol et contre les capucines qui les envahissent. "Protégez-vous, crie-t-elle, repoussez-les ! Je ne serai pas toujours là pour vous défendre !"&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Elle tire les tiges de capucines qui résistent, se tordent, en appellent au ciel en agrippant le bruissant feuillage des nandinas colonisés. Elle en extrait un gros paquet lourd de graines et de fleurs qu'elle pose sur le sol sans pouvoir le démêler. "Débrouillez-vous !"&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Elle crie, elle a oublié sa binette, retourne, revient, les chiens sur ses talons comme s'ils voulaient veiller sur elle. Et marmonne qu'elle n'en peut plus, toutes ces injures et ces violences ce n'est plus possible, il faut qu'elle se sauve. Mais comment? Elle s'assoit dans l'herbe, elle pleure, les chiens se couchent au plus près de ses genoux.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;" Si je me sauve je t'abandonne, oh ! mon jardin, mon doux, laisse-moi partir, laisse-moi te quitter, ne me retiens pas... Oh ! mon merveilleux, aurons-nous la force ... ?&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Elle pleure, elle n'a plus d'amour. Elle n'a plus que nous.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Elle se relève, nous faisons le beau. Elle nous parcourt en claquant ses bottes, répète qu'elle est à bout, qu'elle ne peut plus. Elle n'en peut plus. Nous voulons resplendir pour elle, aviver nos couleurs d'automne et notre sagesse. &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;On sait qu'elle va se calmer en nous regardant.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Elle nous dévisage d'un oeil mauvais. Le sédum planté il y a deux jours s'est penché ; elle s'agenouille à ses côtés "qu'est-ce que tu as toi ?" Elle relève ses feuilles, tasse la terre à son pied, reste à genoux, soupire, se relève doucement, ça y est, elle nous regarde... Elle nous regarde !&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Nous n'avons pas eu peur, nous n'avons jamais peur d'elle, mais parfois elle nous tracasse.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#000000;"&gt;Lui descend, ses bottes cognent, ne nous font pas trembler. Il va vers ses arbres, au-delà de la rivière. Mes arbres, dit-il.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Elle a sauvé ses arbres un jour de grande tempête, était montée là-haut avec la barre à mine, avait replacé les tuteurs et remplacé les liens cassés dans un vent si féroce, une pluie si sauvage que les chiens s'étaient aplatis à mi-pente, tremblants, arrêtés par de vieux instincts, souvenirs de déluge. Elle était seule là-haut à redresser les jeunes troncs, à lutter contre le ciel déchaîné.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Puis était revenue vers nous, corps penché sous le vent, cheveux fous, bouche ouverte, nous avait vérifiés tous, et redressés, et attachés. Ne se décidait pas à rentrer, nous voyant ainsi pliés, abattus et hurlants dans la tempête. Le lendemain, après la tornade, dès l'aube, courant vers nous.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Lui descend, ses bottes cognent.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;- " Ce n'est pas ton jardin, hurle-t-il, la terre est à moi, ce n'est pas ton jardin !"&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Nous ne sommes pas impressionnés par ces détails, nous tentons de lui dire, faisons notre beau visage lisse et chuchotons : toi et nous, c'est une autre histoire.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Mais elle est une humaine, et elle pleure.&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;iii&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9031899281444699341-5100804244001345255?l=crisdansunjardin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/feeds/5100804244001345255/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9031899281444699341&amp;postID=5100804244001345255&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/5100804244001345255'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/5100804244001345255'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/2009/01/12-je-te-quitte-mon-merveilleux-ma.html' title='12- Qu&apos;allons-nous devenir mon merveilleux, ma douleur...'/><author><name>Salvia</name><uri>http://www.blogger.com/profile/09212169517391202046</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9031899281444699341.post-2150406626655297359</id><published>2009-01-07T12:53:00.000-08:00</published><updated>2011-10-22T05:42:15.628-07:00</updated><title type='text'>13 - Cris perdus dans un jardin perdu</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Je rencontrais toujours Florence au Centre des Femmes victimes de violence. En janvier, j'intégrai le Groupe de Paroles que Florence menait avec Jacques, psychologue et seul homme du Groupe. Je trouvai là une famille, de la chaleur, de l'écoute, toutes choses dont j'étais privée depuis des années. Ces femmes du Groupe étaient mes soeurs, nous nous serrions les coudes, les mains, les genoux, nous enfouissions nos têtes dans les poitrines et dans les bras, nous avions subi et accepté trop longtemps les mêmes violences. Les monstres étaient présents, ils planaient autour de nous, les poings, les insultes, la haine et la brutalité déployés en guise d'amour. Lorsque Mady entra dans le groupe, le visage couvert de bleus, Zabeth et moi nous lui dîmes :&lt;br /&gt;- Toi au moins, ça se voit.&lt;br /&gt;On la croit, elle a aussi des photos. L'énorme hématome sur ma hanche ne fera pas le même effet : "Oui, oui... mais votre mari dit que vous êtes tombée ". Les coups portés au visage sont les plus crédibles, ils se voient. Mais beaucoup d'hommes se gardent bien de signer ainsi leurs violences. Ils évitent le visage.&lt;br /&gt;Mady, boulangère, devait manger les gâteaux qu'elle n'avait pas vendus, elle grossissait. Elle s'efforçait de les manger car ceux qui restaient lui étaient écrasés sur le visage. Il lui était interdit de se rendre aux toilettes de sept heures le matin jusqu'à quatorze heures, pour des raisons d'hygiène avait décrété Monsieur. Elle n'avalait rien, ni ne buvait, pour pouvoir tenir. " Tolérance zéro !" hurlait-il à tous propos. Mady l'aimait, excusait tout. Quand il s'enferma avec la vendeuse dans le fournil, disant qu'il n'y pouvait rien car " il l'avait dans la peau ", Mady refusa d'accepter. Il l'a alors battue longtemps, et cette fois sans préserver le visage. Je l'aimais, dit Mady, elle pleure. L'aime-t-elle encore ?&lt;br /&gt;Il a voulu te tuer Mady ! Réveille-toi ! Ne l'écoute plus au téléphone te parler encore d'amour ! Il veut que tu retires ta plainte ! Mais il recommencera ! Raccroche ! Ne réponds plus !&lt;br /&gt;Elle pleure. C'est vrai, dit-elle, il m'aurait tuée, je n'ai pas pu accepter, la vendeuse et lui, sous mes yeux, c'était trop.&lt;br /&gt;Sans l'adultère, Mady supporterait sans doute encore les gifles, les insultes et les gâteaux écrasés sur le visage. Raccroche ! Ne l'écoute plus ! Tu as bien maigri, tu redeviens jolie ! Mady, raccroche !&lt;br /&gt;Antoinette ne dit rien pendant plusieurs séances, tord ses mains, est assise de guingois sur sa chaise, puis commence à parler, on ne l'arrête plus. Elle dit la brutalité, les coups, les copains de Monsieur qu'elle est obligée d'accepter, l'un d'eux ira jusqu'au viol, elle raconte. Antoinette est comme moi, inapte à partir.&lt;br /&gt;Zabeth recommence, hésite, elle tremble, a été battue pendant trente ans, se débat dans les cicatrices, ses enfants, ses enfants, quand on est ainsi détruite, tout est si difficile avec les enfants. Eux aussi ont subi. Son fils, son fils ne veut plus la regarder. Lui écrire une lettre, nous sommes toutes d'accord, oui une lettre, nous racontons la lettre, oui dis-lui que tu l'aimes, c'est tout.&lt;br /&gt;Mona, la belle et douce, et "le problème d'alcool de Monsieur". C'est de ta faute, Mona, a dit la mère de Monsieur, tu n'as pas su l'aimer. Elle a raison peut-être dit Mona, je n'ai pas su l'aimer. Nous crions toutes, nous crions : C'est un pervers, en plus il boit, il a cassé des choses dans ta tête, il t'a humiliée au-delà de tout, tu as tout fait pour le sauver, pour sauver ton couple et les enfants ; mes enfants, mes enfants répètes-tu, Mona tu ne pouvais pas faire plus, tu serais morte, Mona tu sais bien. Mona est fatiguée, les enfants, le travail, lui se pavane dans des belles voitures, toujours beau, impeccable, qui pourrait croire ? Il a tout et je n'ai rien, c'est vrai Mona, c'est pareil pour moi. Les larmes ; la boîte de mouchoirs en papier circule.&lt;br /&gt;Laure, le beau couple, la jolie famille dans son cadre, tout le monde sourit sur la photo, tous paraissent heureux ; préserver, préserver à tous prix la belle image, on souffre, on ne dit rien, on supporte. Un jour on ne peut plus, Laure en chemise de nuit sur le palier, les cris, la police, les enfants à protéger, le beau cadre est brisé au sol, piétinée la belle image, pardon, pardon, Maman n'en pouvait plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toutes, nous nous regardons. Prendre soin de soi dit Florence. Se poser devant la glace, se regarder, faire le tour des dégâts : la peau, les cheveux, les ongles, les vêtements, le coeur, l'âme. L'estime de soi qu'il ne faut jamais perdre.&lt;br /&gt;Je retire enfin mes bottes de jardin. " Viens, on t'emmène regarder les chaussures, si, si, des chaussures !" Il faut se réhabituer à marcher avec des chaussures. Et une jupe aussi, mon Dieu une jupe, depuis tant d'années.&lt;br /&gt;Florence, au prochain Groupe, remarquera aussitôt la jupe et les chaussures.&lt;br /&gt;- C'est bien, ça vous va bien, dira-t-elle simplement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Lundi 23 février 2004&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Cette nuit j'ai pensé, peut-être rêvé, que j'emmenais mon jardin. Je m'accroupissais au plus bas sur sa terre, le prenais dans mes bras en resserrant bien ses extrémités, haies, grillages, rivière et berges, tout bien rassemblé entre mes bras... et là, enfin je le soulevais, il était lourd mais si doux, et nous partions, nous partions ! Enfin, avec lui endormi entre mes bras, enfin je pouvais partir...&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt; &lt;/em&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;A la maison, j'évitais Hubert Botal, maître absolu des lieux. Il verrouillait les portes, dirigeait Isabelle qu'il avait engagée pour le ménage, comme si je n'existais plus. Je m'enfermais dans la petite pièce du fond. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;Parfois, ainsi enfermée, je l'entendais descendre l'escalier de l'agrandissement, il passait contre ma porte pour se rendre dans le reste de la maison. Au claquement de ses pieds, je savais sa bouche tordue et ses poings serrés. J'avais peur, vérifiais sans cesse la tournure de la clé dans la serrure.&lt;br /&gt;Avec Florence et dans le Groupe, j'apprenais à me protéger. Mon bureau et l'ordinateur étaient placés devant la fenêtre mais j'avais tout disposé pour pouvoir, en deux bonds et trois gestes, m'enfuir par cette fenêtre. Je m'étais exercée à le faire. Mon sac et mes papiers étaient toujours prêts. En cas d'agression, je ne devais pas tenter d'atteindre ma voiture car il pouvait me rattraper, fermer la barrière du parking avant que je puisse sortir et je serais alors prise au piège. Il fallait courir me réfugier chez nos voisins. Ils étaient au courant, connaissaient le personnage, le craignait. Ils avaient néanmoins accepté de m'aider en cas d'urgence. &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Mais ce jour-là, le 13 avril 2004, je ne pus atteindre la fenêtre. J'étais au sol, je ne pouvais plus bouger la hanche droite.&lt;br /&gt;Il était rentré tôt, j'étais en train d'écrire ; je pensai qu'il allait sortir dans le jardin et ne me levai pas pour fermer à clé. J'entendis soudain ses pieds claquer dans l'escalier et aussitôt la porte s'ouvrit ; il était là, sur le seuil de ma pièce, haineux. Il lança d'une voix forte et glacée :&lt;br /&gt;- Tu as pris les balles du fusil ! Rends-les moi !&lt;br /&gt;Je réfléchis très vite et préférai nier. J'avais effectivement caché les balles et le chargeur à la fin de l'année précédente car je craignais qu'il me tue et me fasse disparaître, qu'il m'enfouisse quelque part où on ne me retrouverait jamais. Si je les lui rendais à l'instant, qu'allait-il faire avec le fusil chargé ? Je niai donc, en tentant de le calmer.&lt;br /&gt;- Tu as dû les ranger autre part, je ne me sers jamais du fusil, tu sais bien...&lt;br /&gt;Il s'énervait, m'insultait. Je m'inquiétais, sachant à quelle fureur il pouvait aboutir lorsque l'on touchait à ses affaires ; la maison, ainsi que tout ce qu'elle contenait, le jardin aussi, étaient " ses affaires ".&lt;br /&gt;Soudain il s'élança vers mon bureau, jeta des papiers et des livres sur le sol, prit les tiroirs et les retourna en les jetant partout dans la pièce. Il hurlait :&lt;br /&gt;- Rends-les moi ou je démolis tout !&lt;br /&gt;Je sortis dans le couloir. Je me sentais très calme malgré l'angoisse, la même depuis toujours, qui m'étreignait lors des accès de violence. Cette fois je le bravais ; intérieurement, quelque chose en moi face à lui se dressait, n'était plus écrasé, répondait. Quelque chose, tête haute, avait de la dignité.&lt;br /&gt;Là, dans le couloir, je dis :&lt;br /&gt;- Si tu continues, je vais faire la même chose avec tes affaires.&lt;br /&gt;Et j'avançai vers la grande salle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne fis que quelques pas. Il bondit derrière moi et me poussa violemment. Je perdis l'équilibre mais ne tombai pas, atteignis la porte de la cuisine courbée sous l'effet de la poussée, et me redressai. Il était derrière moi, me saisit aux épaules, me souleva et me jeta à toutes forces sur les appareils ménagers.&lt;br /&gt;Mon pied accrocha le panier des chiens, ce qui me fit basculer et évita sans doute que je n'atterrisse sur l'arête blessante des appareils. Je m'écrasai à terre, en tombant ma tête cogna fortement contre la porte du lave-vaisselle.&lt;br /&gt;J'étais assommée, ma vue se brouilla. Je ressentais une folle douleur dans la hanche et pensais que celle-ci était brisée ; je voulais me relever pour m'enfuir mais ma jambe ne répondait pas. Je reprenais mes esprits sans pouvoir me sauver, je haletais en tentant l'effort de me soulever, je ne pouvais plus bouger, j'étais prise au piège.&lt;br /&gt;Hubert Botal, le prédateur, m'observait, debout au-dessus de moi, très calme. D'un geste de dégoût, il poussa du bout de sa chaussure mon épaule à terre.&lt;br /&gt;Il s'accroupit contre moi, bouche tordue il dit :&lt;br /&gt;- Je n'ai pas besoin des balles du fusil pour te tuer, je te tue avec ça !&lt;br /&gt;Il avança ses poings énormes devant mon visage, contre mes yeux. Je vis ses phalanges blanchies tant les poings étaient serrés. Je dis, dans un souffle :&lt;br /&gt;- Tu iras en prison.&lt;br /&gt;- Pas sûr, répondit-il. Il souriait...&lt;br /&gt;Il se mit à donner des coups de poing dans le vide, à quelques centimètres de ma tête. J'essayais de bouger ma jambe sous moi, n'y parvenais pas ; j'étais contre le lave-vaisselle, lui était devant, accroupi avec ses poings tendus. Je bougeai mon coude qui me maintenait, tentai de faire un mouvement de jambe et de hanche, mais la douleur fut fulgurante, " elle est cassée " pensai-je.&lt;br /&gt;Cela durait, certains poings lancés me frôlaient. Je pensais : "Qu'un seul poing me touche et il ne s'arrêtera plus, il m'achèvera ".&lt;br /&gt;Je pensais que j'allais mourir, et laissais aller ; je ne tentais plus de me relever, j'attendais. Ce que je craignais depuis des mois, depuis avoir dit non à l'asservissement et à la violence, se mettait en place : il allait me tuer à coups de poing.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Alors qu'il frappait dans le vide, si près de moi, je le voyais réfléchir. Il réfléchissait au risque qu'il prenait : me tuer ne lui posait aucun problème, mais que faire de moi, une fois morte et défigurée ?&lt;br /&gt;Je tentais à nouveau de bouger ma hanche, crispais toute ma jambe, bandais mes muscles, les tendais vers ce point qui ne répondait plus. La douleur me traversait, aiguë, mais j'en étais détournée par les poings qui passaient à toute force devant mes yeux ; c'était ma mort qui passait et soudain, toute ma poitrine se serra, j'avais peur. J'élevai la main vers le haut du lave-vaisselle, ne l'atteignis pas, retombai sur mon coude. Je me mis à trembler de tous mes membres. Hubert Botal frappait toujours dans le vide, réfléchissait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'avais une chance. Il savait que j'avais déposé une main courante, averti des personnes qui ne croiraient jamais à ma disparition ; mais je tremblais à cause de ma hanche qui ne répondait plus, si elle était cassée, si je ne pouvais plus me relever, jamais il n'appellerait une ambulance et risquerait des accusations, il me tuerait à coup sûr.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Soudain je sentis contre mes jambes Lilith, notre Bergère Allemande, qui se glissait en rampant, tremblante. Elle allongea son museau, le plaça devant ma tête, entre mon visage et les poings. Elle s'aplatit ainsi sur le sol et ne bougea plus.&lt;br /&gt;Hubert Botal retira ses poings, se leva d'un bond, resta debout, immobile.&lt;br /&gt;- relève-toi, dit-il d'une voix glacée, je te préviens, relève-toi tout de suite !&lt;br /&gt;J'agrippai la fourrure de la chienne et fis un immense effort pour me dresser sur ma jambe valide. Je ressentis une douleur aiguë dans le haut de ma jambe droite, me soutins sur Lilith et soudain fus debout. "Tu marches ou tu meurs" me répétais-je. Traînant la jambe, soutenue par ma chienne, je me dirigeai vers ma petite pièce. Lorsque je fus dans le couloir, il entra dans la grande salle ; quelques instants plus tard, alors que je me hissais sur mon lit, je l'entendis jouer du violon tout à fait normalement, comme si rien ne s'était passé. S'il m'avait tuée, je sais qu'il aurait ensuite joué de la même façon.&lt;br /&gt;Je ne pouvais cesser de trembler, je caressais Lilith qui tremblait aussi, je pleurais sur son museau ; elle m'avait peut-être sauvé la vie, m'avait aidée à me relever.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il avait attendu, aurait mis les chiens dehors et m'aurait tuée si j'avais été cassée, de cela j'étais sûre. Lilith avait glissé son museau entre mon visage et les poings, et il avait cessé. Je ne pouvais me défendre mais la chienne pouvait le mordre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Choquée, douloureuse, je pouvais à peine marcher. Le téléphone était dans la grande salle, près de lui qui jouait du violon ; j'abandonnais l'idée (mais l'avais-je eue ? ) d'un secours quelconque.&lt;br /&gt;J'avalai des antalgiques, puis deux somnifères puissants, le soir tombait. Je m'enfermai dans la petite chambre, sombrai très vite.&lt;br /&gt;Le lendemain, je bougeais difficilement la jambe, je ne pouvais penser clairement ; hébétée, j'étais simplement étonnée d'être encore en vie. Je l'entendis partir travailler, je ne bougeais pas. Je sortis peu à peu de ma prostration, pris des antalgiques et pus conduire, lentement, jusqu'au cabinet médical. Je dis au médecin l'origine de la blessure, il fit un certificat et un arrêt de travail de dix jours. Il me conseilla de porter plainte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A la gendarmerie, je ne me décidais pas. Les gendarmes précisèrent qu'une main courante ne servait pas dans ce genre d'agression, que l'auteur des violences ne serait pas inquiété et pourrait recommencer. Il fallait déposer plainte, seule façon de le calmer. Je me sentais soutenue par les gendarmes, cette fois, j'avais un certificat médical.&lt;br /&gt;Hubert Botal avait fait une erreur, un écart dans sa ligne de conduite, laquelle veillait à brutaliser sans jamais laisser de traces : l'hématome se collectait sur ma hanche et le haut de ma jambe. Je n'en souffrais pas autant que les insultes et les humiliations subies, loin s'en faut, mais grâce au certificat on me croyait, on voulait m'aider.&lt;br /&gt;J'hésitais, demandai à réfléchir, les gendarmes me laissèrent sur le banc de l'entrée. Quelques plaignants défilèrent, je les regardais en pensant à ma vie, toutes ces années passées à lutter pour aboutir sur ce banc. Allais-je porter plainte contre cet homme que j'avais tant aimé ? Etait-il possible que je porte plainte contre lui ? que je l'accuse ?&lt;br /&gt;Je le revoyais à l'entrée de la maison, en short et chaussettes blanches, avec son air innocent de petit garçon, si beau, si intelligent ; on ne pouvait que l'aimer, et tout lui pardonner. " Je vais le perdre me répétais-je, nous allons nous séparer, qu'ai-je fait, mon Dieu, qu'ai-je fait ?"&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'entendais Florence :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Faites quelque chose pour vous, pensez à vous. C'est vous la victime, vous n'êtes coupable de rien. Pensez à vous et prenez garde à vous : Ces hommes, ces hommes là, quand ils réalisent que leur " chose " va leur échapper, ils la tuent parfois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il m'avait menacée de mort, cela s'était déjà produit mais cette fois, il avait été très près de le faire ; j'avais vu dans ses yeux et tout son corps raidi, le désir de me tuer. Seule la peur de se faire prendre l'avait retenu. Il allait réfléchir et trouver le moyen de me tuer en toute impunité.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il fallait le quitter maintenant, porter plainte et le quitter. Je pleurais, je répétais : "c'est fini, c'est fini..."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Je fis une déposition, les gendarmes m'interrogèrent longtemps, tout fut consigné, les violences, les pièces interdites dans la maison, le harcèlement, les coups, les menaces de mort.&lt;br /&gt;- Votre mari sera convoqué, interrogé et mis en garde à vue s'il n'avoue pas. Cela le fera réfléchir.&lt;br /&gt;Je répondis, et j'étais sûre de cela :&lt;br /&gt;- Il n'avouera pas et vous ne le placerez pas en garde à vue.&lt;br /&gt;- Oh, ne vous inquiétez pas, ils avouent, la menace de la prison...&lt;br /&gt;- Pas lui.&lt;br /&gt;Le midi, après avoir vu le médecin, j'étais rentrée à la maison pour reposer ma jambe, prendre les médicaments et réfléchir avant de me rendre à la gendarmerie. Il était rentré. Quand il m'avait vu traîner difficilement la jambe, il s'était campé devant moi, avait pointé son doigt sur moi :&lt;br /&gt;- Je te préviens, avait-il lancé, menaçant, tu es tombée ! TU-ES-TOM-BEE !&lt;br /&gt;Je repensai alors à une scène qui avait eu lieu des années auparavant, nous habitions encore à Paris et passions les week-ends à Ludère. J'avais commencé le jardin autour de la maison et planté fleurs et arbustes que je voulais arroser avant de partir le dimanche soir. Or, une sécheresse sévissait et un arrêté préfectoral interdisait l'arrosage des jardins. J'en parlai à Hubert Botal.&lt;br /&gt;- Tu arroses, bien sûr, répondit-il, il ne peut rien se passer !&lt;br /&gt;- Et si des gendarmes viennent et me voient ?&lt;br /&gt;- Il ne se passera rien.&lt;br /&gt;- Mais comment ? S'ils me surprennent en train d'arroser ?&lt;br /&gt;- Tu nies, tu dis que tu n'arroses pas. N'avoue jamais, si tu avoues tu es fichue. Le tuyau à la main, en train d'arroser, tu nies ! Et plus c'est énorme, plus tu cries ton innocence. Au besoin, tu affirmeras ensuite qu'ils étaient saouls.&lt;br /&gt;- Mais je ne pourrai jamais faire une chose pareille !&lt;br /&gt;- Toi, non, ça c'est sûr... Mais moi si ! avait-il conclu en riant fort.&lt;br /&gt;Je repensais à cela en lisant sa déposition, je le savais, il n'avouerait jamais.&lt;br /&gt;Je déménageai dans la petite maison. Hubert Botal, averti par la gendarmerie de la plainte déposée contre lui, ne put refuser mon départ ; il se montra très coopérant avec les gendarmes, très sympathique. Durant quatre heures il nia tout, cria son innocence et bien sûr, ne fut pas placé en garde à vue. Il expliqua avec force détails comment j'étais tombée, fit des plans du couloir et de la cuisine pour prouver qu'il ne pouvait y avoir eu agression de sa part, enfin, il demanda une reconstitution des faits.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je m'installais donc à côté ; j'étais encore inapte à partir, à m'éloigner de mon jardin. L'idée même me mettait dans un état de stress et de tremblements incontrôlables. Je me sentais malade d'amour pour mon jardin. Je n'avais pas de remède pour me guérir, la nuit je me glissais jusqu'à la rivière et criais, criais...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les gendarmes m'avaient assurée de leur protection ; cependant, à présent soupçonné et niant tout, je savais qu'Hubert Botal ne se risquerait plus à une agression physique qui viendrait étayer mes accusations. Cette maison faisait partie de la communauté et était aussi la sienne. Ma chienne Lilith me suivit et s'y installa avec moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le partage se fit selon lui, il s'appropria ainsi une bonne partie de mes livres. Il avait toujours jalousé ma bibliothèque et, en mon absence, se servit largement. Lorsque, au retour de ma garde à la clinique je voulus réclamer, j'eus en réponse immédiate et définitive, les poings sous le nez.&lt;br /&gt;Il s'était heureusement attaché à l'aspect extérieur des livres et non pas à leur contenu ; je pus ainsi garder, grâce à leur allure "fatiguée", des livres auxquels je tenais. Il avait fait un tri en fonction des reliures. Sa bibliothèque est à son image, elle n'est que pour paraître, il n'a lu aucun de ces livres.&lt;br /&gt;Très vite, après l'ahurissement du début, ma nouvelle vie fut parsemée de petits bonheurs. Je faisais la cuisine que j'aimais, je pouvais manger sans être agressée, prendre mon bain tranquillement, écouter ma radio sans angoisse, lire le soir dans mon lit, au chaud, fenêtre fermée. J'achetai un téléviseur, pus m'informer, avoir mes propres opinions, ne plus subir les délires et visions terroristes d'Hubert Botal.&lt;br /&gt;Après la joie d'avoir obtenu à nouveau mon numéro de sécurité sociale, d'avoir vu mon nom figurer dans l'annuaire téléphonique, je connus la joie de recevoir la carte grise de ma voiture nouvellement achetée avec l'argent de mon travail, la carte grise à mon nom.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color:#3366ff;"&gt;Ces joies existaient, gonflaient mon coeur, mais venaient aussi des moments de grands regrets, de détresse ; mon jardin perdu, mes créations, l'oeuvre abandonnée. Et son amour, celui qu'il déployait lors des périodes d'accalmie, cet amour-là, même faux, même pervers, je le regrettais, me crispais au milieu d'un geste, le regard perdu, ou me mettais en boule dans mon lit, la nuit, et le regrettais. "Et pourquoi ? me demandais-je, me culpabilisant encore, pourquoi n'ai-je pas pu supporter ? J'aurais dû supporter ! J'aurais dû le comprendre ! Qu'ai-je fait ? Pourquoi suis-je partie ? Pourquoi n'ai-je pas pu accepter ? N'avions-nous pas tout pour être heureux ?"&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color:#3366ff;"&gt;Il fallait en parler dans le Groupe, tenter de pénétrer ce désespoir soudain, s'apaiser.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le monde extérieur, que je redécouvrais chaque jour davantage, le monde du travail, de la rue, des boutiques, se présentait à moi comme un alphabet auquel une lettre aurait manqué : rien n'était vraiment incompréhensible, mais tout me paraissait bizarre, surprenant. Tant de choses avaient changé en quatorze ans.&lt;br /&gt;Les douleurs que je ressentais dans la poitrine, les bras, le ventre, disparurent ; ma peau ne démangeait plus.&lt;br /&gt;Très vite, Hubert Botal contacta des personnes que j'aurais aimé cotoyer mais qu'il trouvait inintéressantes : " Je ne vais pas perdre mon temps avec des cons !" disait-il. Il les invita. Avant, disait-il, il ne pouvait les recevoir car sa femme ne voulait voir personne, elle était une sauvage, une folle en son jardin. Elle n'avait pas d'amis, cela le chagrinait mais comment faire ? Il avait eu tant de patience avec elle. Elle le harcelait, était sujette aux dépressions nerveuses. Il avait beaucoup souffert de son caractère et de sa folie.&lt;br /&gt;Il entra dans de nouveaux milieux, se recréa une cour devant laquelle il pouvait briller, des personnes qui ne m'ont pas connue et qui doivent m'imaginer en harpie, folle et dépressive. On le plaint sans doute.&lt;br /&gt;Je soigne le jardin que j'ai commencé à créer autour de la petite maison, je fais nombre de boutures que je garde là et visite souvent, des petits que j'emmènerai lorsque je partirai, après le jugement du divorce.&lt;br /&gt;"Tout doux, leur dis-je au passage, ne faites pas trop de racines, nous allons bientôt partir..."&lt;br /&gt;Aurai-je assez d'argent pour pouvoir m'acheter une maison, toute petite avec un jardin ? Un jardin que je garderai pour toujours.&lt;br /&gt;"Mes petits, qu'allons-nous devenir si je n'ai qu'un balcon ?" Je m'inquiète. Il a deux avocats, il nie tout avec force, m'attaque pour mensonges et calomnies, réclame des dommages et intérêts.&lt;br /&gt;Nous nous voyons, les maisons sont très proches, parfois je vois sa bouche qui se tord et son regard rempli de haine tourné vers ma maison. Il ne veut rien me donner, rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un matin, penchée sur mes fleurs, j'entendis soudain une machine qui toussait et ne démarrait pas. Je m'immobilisais, ressentis en réflexe incontrôlable une oppression dans la poitrine, un affolement. Il me fallut quelques instants pour réaliser que jamais plus il ne viendrait m'insulter et se venger sur moi du désagrément occasionné par la panne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me penchai sur mes fleurs, me sentis heureuse, délivrée, tranquille. La machine crachotait mais le soleil était doux, je me répétais : " C'est fini tout ça, c'est fini. "&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En septembre, il commença à détruire mon jardin. Il broya les massifs de plantes vivaces, encore belles en ce début d'automne, et les rosiers en fleurs. Il broyait le soir, au coucher du soleil pour que je ne puisse prendre de photos et l'accuser. Il laissa arbres et arbustes mais saccagea l'harmonie, toutes mes réalisations qui, liées entre elles, enchevêtrées en plénitude, allaient vers la beauté. Il broya mon oeuvre et ma pensée, palpitante, dans cette oeuvre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cachée dans le chèvrefeuille, mon dos contre le nid des pinsons, je le voyais détruire, inexorable et puissant. Je sentais les bois craquer dans mes veines, mon coeur éclatait, j'avais crié, crié.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Puis, assise à ma table, le jardin serré contre moi, sa lumière et sa beauté à jamais dans mes bras, j'avais écrit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;St Victor, septembre 2010&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;St&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9031899281444699341-2150406626655297359?l=crisdansunjardin.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/feeds/2150406626655297359/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9031899281444699341&amp;postID=2150406626655297359&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/2150406626655297359'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9031899281444699341/posts/default/2150406626655297359'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://crisdansunjardin.blogspot.com/2009/05/13-cris-dans-un-jardin-perdu.html' title='13 - Cris perdus dans un jardin perdu'/><author><name>Salvia</name><uri>http://www.blogger.com/profile/09212169517391202046</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry></feed>
